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Les Livres

Ce qu'aimer veut dire, Mathieu Lindon

Ecrit par Didier Bazy , le Mardi, 19 Avril 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Biographie, P.O.L

Ce qu'aimer veut dire. 2011, 310 p. 18 € . Ecrivain(s): Mathieu Lindon Edition: P.O.L

Qui aime bien châtie bien. Et Beckett et Barthes en prennent un peu tout de même pour leur grade posthume dans le dernier Mathieu Lindon, comme on dit chez les fans. Rendez-vous p 241 pour Roland et rendez-vous p 271 pour Sam. Ne citons pas pour ne pas extraire les piques de leur contexte qui existe aussi pour laisser passer les traits.

Ceci n'est pas un Foucault. Plutôt un pied de nez aux moralistes. Si ce récit est un roman, vérité romanesque, le héros n'est Michel Foucault que pour la cause et le personnage principal s'appelle Matthieu Lindon. Un bel hommage à des modes de vie. Car il y a plusieurs façons d'aborder un livre de ML. On peut y voir la mise en scène d'un anticonformisme ; mais cela suppose un conformisme qui serait la norme : fausse route, même si le chemin est toujours possible. On peut le prendre du dedans, avec le parti pris d'une certaine marginalité, convenue ou pas, drogue et homo-mode-de-vie devenant les paramètres d'une identité revendiquée, pause d'un devenir soi-même. On peut encore lire ML par le milieu, singularité oblique – genre – qui oblige au respect. C'est cette ligne, plutôt que cette direction, qui dessine la réception d'une œuvre à reconnaître une liberté assumée, mode d'existence. Pousser la subjectivité à un point tel qu'elle devient objective, écrit quelque part Michel Leiris. Ici vie et œuvre, œuvre et vie, ne font qu'un. P.O.L, qui œuvre pour ses auteurs, l'a bien senti.

Villa des hommes, Denis Guedj

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Dimanche, 17 Avril 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Points

Villa des hommes, Ed. Robert Laffont 2007. Réédition Points 2011. 312 p. 7 € . Ecrivain(s): Denis Guedj Edition: Points

« - Emmerdez-les le plus possible, Monsieur Matthias. Foutez-leur une belle merde ! Ne laissez pas le monde tourner rond. Quand il tourne rond, on perd la boule. »


C’est Herr Singer qui parle. C’est la fin du livre de Denis GUEDJ « Villa des Hommes ». C’est la fin de l’histoire d’une amitié improbable entre un jeune soldat français blessé dans les combats douteux de la Première Guerre Mondiale et un vieux mathématicien allemand, génial, soigné dans le même hôpital parce qu’il souffre de dépression périodique. Entre eux s’est tissé un lien de plusieurs longs mois, lien fait de silences, de discussions interminables, lien indissoluble tressé dans les mêmes rêves, les mêmes dégoûts. La haine de la guerre, le refus des cécités nationalistes, le rêve partagé d’un monde plus fraternel et plus juste.

Herr Singer c’est, dans une libre inspiration, la figure de Georg CANTOR, mathématicien célèbre, père des « mathématiques modernes », père de la « théorie des ensembles » et des « nombres transfinis ». Monsieur Matthias, c’est un cheminot français qui se retrouve transformé en « chair à canon » dans la "grande boucherie" de 14/18. Rien ne les unit quand le directeur de l’hôpital entre dans la chambre de Herr Singer et lui dit :

La quête infinie de l'autre rive, Sylvie Kandé

Ecrit par Theo Ananissoh , le Dimanche, 17 Avril 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Poésie, Gallimard

La quête infinie de l’autre rive, Ed. Gallimard Continents noirs, 2011, 107 p., 13,90 € . Ecrivain(s): Sylvie Kandé Edition: Gallimard

C’est sous-titré « épopée en trois chants » ; une manière juste de décrire cette œuvre vibrante de sensibilité et tout en rythme. La quête infinie de l’autre rive est pour ainsi dire un récit sans cesse sur mer. Quand les hommes sont décrits les pieds sur la terre ferme, c’est qu’ils sont au bord de l’océan, dans la fièvre des préparatifs du départ, ou à l’arrivée, au terme d’une immense expédition, débarqués sur une terre inconnue.

L’ouvrage est dédié à Joseph Ki-Zerbo, un des grands historiens africains. L’auteur elle-même a fait des études de lettres classiques et d’histoire. Celle-ci fonde son récit. On ne peut en comprendre tout à fait la trame sans le rappel d’un fait semble-t-il historique. C’est un épisode de l’histoire de l’empire du Mali (XIIIè-XVè siècle) fondé par le fameux Soundiata Keïta ; empire extrêmement vaste qui s’étendait sur les territoires actuels du Mali, du Sénégal, de la Gambie, de la Guinée, de la Mauritanie et d’une bonne partie de la Côte d’Ivoire. L’un des descendants de Soundiata, Aboubakar II, vers 1310-1312, organise deux expéditions pour, dit-on, voir les limites de l’océan. La première disparaît sans laisser de trace ; la seconde qu’il dirige lui-même… C’est justement ce qu’entreprend de conter Sylvie Kandé dans La quête infinie de l’autre rive.

Saint-John Perse intime, Katherine Biddle

Ecrit par Didier Bazy , le Dimanche, 17 Avril 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Poésie, Biographie, Gallimard

Saint-John Perse intime. Journal inédit d’une amie américaine (1940-1970) Traduction : Carol Rigolot parution : 03/2011 19,50 €, 400 p. . Ecrivain(s): Katherine Biddle Edition: Gallimard

Saint-John Perse extime. Voici des morceaux choisis pour cause de mentions au poète, selon Katherine Biddle. Il n’y a pas de grand homme pour son valet de chambre, paraît-il. A plonger dans ces confessions pourtant, le diplomate en exil demeure un grand créateur. Alexis n’aurait sans doute pas goûté de telles livraisons au public, au moins de son vivant. Respectons-nous les morts ? Ici, oui. Oui parce qu’ils demeurent en vie par leur œuvre.

Selon l’égérie, elle aurait regretté n’avoir pas eu l’audace de céder à ses avances (Ah ? Oh ? Ha ! Ho !) ; il aurait jugé Sartre de petit prof de philo de province (rivalité des ego de normaliens ?) ; il aurait fabriqué certains de ses poèmes comme ci, comme ça (intéressant) etc.

A quoi bon les supputations extimes de seconde main, toute proche fût-elle. A quoi bon livrer du savant à partir du familier ? Les petits secrets de chacun ne nourrissent-ils pas les potins ? Et quelle cause littéraire pourraient-ils servir ? Le champ littéraire est vaste, comme un truisme. Il tourne ainsi en rond avec des allures de profondeur. Le chant littéraire tolère les couacs et les fausses notes des fouineurs, cousins germains des concierges, fort utiles pour juger et faire, et défaire, les opinions, ces sœurs de la rumeur et de l’impudeur.

Amour, Hanne Orstavik

Ecrit par Anne Morin , le Samedi, 16 Avril 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Pays nordiques, Roman, Les Allusifs

Amour, 2011, 134 pages, 14 € . Ecrivain(s): Hanne Orstavik Edition: Les Allusifs

 

Libéré de l’espoir… non, le petit Jon est trop jeune pour penser cela, penser que c’est cela qui s’installe dans sa tête quand il se couche, au seuil de sa porte, dans la nuit glaciale : il aura neuf ans le lendemain.

Il en a rêvé, de ce train électrique pour son anniversaire, ce train qui siffle dans son esprit et qui les emporte, Vibeke, sa mère et lui. Loin d’ici, dans cet endroit reculé de Norvège où l’on dirait que l’hiver et la nuit ne finiront jamais… Vibeke, sa mère, il ne l’appelle pas autrement, ne pense à elle que sous ce prénom. Une seule fois, vers la fin, il pensera « maman ». Ces deux-là ne se sont pas trouvés, ne se retrouvent pas. Leurs routes se croisent, à un moment, mais implacable, le destin les trace et les traque.

Le fil du récit passe de la mère au fils, enchevêtrant leur soirée d’abord légèrement, puis effroyablement. On assiste, impuissant, à l’inéluctable.