Identification

Les Chroniques

La mère Michel a lu (2)

Ecrit par Michel Host , le Vendredi, 30 Septembre 2011. , dans Les Chroniques, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED

(Photo Yves Marty)

 

L’ARGOT EST NÉ DE LA HAINE !

LOUIS-FERDINAND CÉLINE


Proposé par Raphaël Sorin. Notice biographique de Bernadette Dubois. André Versaille éditeur, Coll. À offrir en partage, n° 48, 2011, 95 pp., prix non indiqué.

__________________________________________

L’argot… quel argot ? Mis en jeu de quelle façon ? Dans quelle intention ? L’argot chez Céline, souvent prétexte à le lire avec passion, ou au contraire à ne pas vouloir le lire. - « Vulgaire ! » - Qualificatif disqualifiant le plus utilisé par les esprits superficiels ou guindés. À la vérité, dans ce recueil de lecture très plaisante il est assez brièvement question de l’argot et bien davantage du style, préoccupation centrale chez l’auteur du « Voyage ». En témoignent sa « petite musique », son « métro émotif », qu’il mettait bel et bien au-dessus du récit ou de l’intrigue. Qu’on relise à ce sujet ses « Entretiens avec le professeur Y ».

Souffles 8. Le temps où les jeunes filles rêvaient de l'instit

Ecrit par Amin Zaoui , le Mercredi, 21 Septembre 2011. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED, Maghreb

Souffles in Liberté


En hommage à Fouroulou et à son maître Mouloud Feraoun.


Nous tous, sans exception aucune, nous avions rêvé, un jour parmi d'autres, de devenir “maître” (mouâllim) du village ou du quartier ! D'où vient la force de ce rêve magique, excessivement cher aux yeux des enfants et des parents ? Un rêve, qui jadis, a hanté toutes les âmes et toutes les têtes ? Sur la place publique, tout le monde rêvait d'avoir un “mouâllim” parmi les siens. Honneur de la tribu !

Les filles, toutes les filles de tous les villages sans exception, ont rêvé, un jour, de se marier avec un “mouâllim” ! Il fut l'idéal et le prince charmant : il portait une cravate, une belle chemise blanche propre et bien repassée, un costume noir (sans la griffe) ! Et il chaussait une paire de souliers toujours hautement cirée ! Il disposait de tout ce qu'il fallait pour séduire et charmer les jeunes filles : la beauté (tous les instits étaient beaux !) de la “classe” ils en avaient ! Et de l'argent aussi (un petit salaire mensuel !).

Souffles 7. Les "mille et une nuits" et sidna Ramadhan : du temps plaisir au temps pervers

Ecrit par Amin Zaoui , le Lundi, 05 Septembre 2011. , dans Les Chroniques, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED

"Souffles" in "Liberté"

 

“Tout ce qui n’est pas donné est perdu”. Jadis, pendant le mois sacré du Ramadhan, après le Livre sacré le Coran, les Mille et Une Nuits fut le livre le plus lu, le plus raconté par les musulmans. De Baghdad à Nouakchott, d’Ispahan à Khartoum, de Samarkand à Fès, d’Istanbul à Tamanrasset, de Damas à Tlemcen les musulmans célébraient leurs nuits et leurs après-midis ramadhanesques  par la revisite annuelle du livre les Mille et Une Nuits. Dans  toutes les bibliothèques familiales, aux côtés du Coran et des livres des tafassir (les interprétations) notamment Sahih Al Boukhari et Sahih Muslim, les Mille et Une Nuits disposait d’une place magistrale. Il ne faisait jamais défaut. On le lisait, on le contait, on le re-contait sur les places publiques ou dans les cercles nocturnes.

Omniprésent, entre les mains des intellectuels comme chez les petites gens. Les Mille et Une Nuits restera le chef-d’œuvre des arabo-musulmans. Il n’est, enfin de compte, que le fruit du génie exceptionnel de l’oralité. Certes la marge de liberté offerte par l’oralité a contribué, à travers les siècles, à ciseler ce texte, le façonner à l’image d’une pièce rare. Par sa forte liberté d’imagination, par l’intelligence populaire et par la fascination artistique de la narration, nul autre livre n’égale ni n’égalera les Mille.

La Mère Michel a lu (1)

Ecrit par Michel Host , le Dimanche, 04 Septembre 2011. , dans Les Chroniques, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED

Chronique

DÉFENSE DU PAGANISME

« Contre les Galiléens »

de JULIEN L’APOSTAT


Traduction du Marquis d’Argens. Révision, postface (Le chant du cygne du Paganisme), annotations par Yannis Constantinidès. Éditions Mille.et.une.nuits, 2010, 100 pp., 3€50.


_____________________________________________.

 

Benoît, pape des catholiques apostoliques et romains, vient de nous rappeler que le triomphe de son Église est permanent. Madrid, cet été, a vu un million de jeunes vainqueurs de Julien l’Apostat camper dans ses murs. Peut-être certains d’entre eux ignoraient-ils qu’ils eussent pu ne jamais piétiner le sol de la plaza de Cíbeles, parce que des adorateurs de Zeus, d’Apollon, d’Héraclès et d’Aphrodite eussent pu danser en leur lieu et place sur l’asphalte madrilène.

Mystères sur Vienne (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Samedi, 30 Juillet 2011. , dans Les Chroniques, Chroniques Ecritures Dossiers, Chroniques régulières, La Une CED

Frank Tallis : mystères sur Vienne

Cinq livres et déjà un statut, une aura, une place incontestable pour Max Liebermann dans la lignée des grands détectives de fiction. L'écrivain anglais Frank Tallis, lui-même psychologue clinicien très renommé à Londres, a façonné un atypique et séduisant enquêteur en la personne d'un jeune psychanalyste juif, élève de Freud, dans la Vienne du début du XXème siècle. Sollicité par son ami, Oskar Rheinhardt, inspecteur de police, Max se plonge avec passion dans les noires affaires qui assombrissent encore les sombres rues de la Vienne impériale. A l'occasion, il n'hésite pas, il va prendre conseil auprès d'un « auxiliaire » de grand luxe : son professeur, le docteur Sigmund Freud ! Déviances sexuelles, drames familiaux, serial killers, notre psychanalyste apporte un regard perspicace et novateur sur la criminologie.

L'écrin de ces noires aventures, nous l'avons vu, c'est Vienne. Une cité mythique en ces temps : la patrie des poètes (Rilke), des musiciens (c'est la période glorieuse de Gustav Mahler, directeur artistique de l'Opéra de Vienne) , des grands écrivains (Stefan Zweig, Arthur Schnitzler), des peintres célèbres (Gustav Klimt). C'est aussi un « bouillon de culture » dont l'Unbewusste (l'inconscient) sera le joyau. C'est enfin la Vienne de la montée du pire : une agitation antisémite permanente, portée par une haine incoercible et dont on sait l'avenir effroyable.