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La Mère Michel a lu (12) - L'an dernier à Jérusalem de Myriam Sâr

Ecrit par Michel Host le 11.10.12 dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

La Mère Michel a lu (12) - L'an dernier à Jérusalem de Myriam Sâr

 

 

« La Mère Michel n’a jamais perdu son chat. Elle le tient attaché, ne le lâche pas de l’œil. Le félin est un livre, il n’a pas d’âge. D’hier, d’aujourd’hui, de toujours, il miaule derrière la porte ».

 

L’An dernier à Jérusalem

par Myriam Sâr / Sarah Vajda

160 pages

Prix : 16 €

CŒUR D’ISRAËL

ou le songe de Myriam


 

« Mais vous voyez, pour confondre notre folie,

de quelle sorte il nous accable par des maux encore

plus extraordinaires que nos espérances n’étaient

ridicules et extravagantes… »

Éléazar aux siens, dans la forteresse de Massada

Flavius Josèphe, Guerre des Juifs… Livre VII, ch.XXXIV


 

L’histoire du peuple juif, mais celle aussi de l’État d’Israël né après la Seconde guerre mondiale, sont si complexes, si brouillées parfois, si clairement lumineuses ici, et là obscures, et sanglantes ô combien, que de se mettre à parler, à écrire, et rien n’est jamais assuré ni indiscutable… Je voudrais parler d’un livre « difficile », d’un livre en forme de roman s’avançant dans le temps, au-delà du nôtre parce qu’il n’est pas d’autre moyen pour se faire comprendre et se déplacer dans le labyrinthe où toujours rôde le minotaure. On n’écrit que pour apprendre ce que l’on écrit, Valéry et bien d’autres l’ont observé. La matière est bourrée des chausse-trapes de la glose infinie, évolutive, des commentaires rabbiniques et des surprises divines ou non. Je ne veux donc dire que d’un livre « confidentiel », par la force des choses d’aujourd’hui. Aujourd’hui où toute illustration de quelque fait que ce soit est une sorte de vitrail (foin de l’image qui n’est que la fixation de la lumière traversant le verre coloré entre les sertissures de plomb, nullement une allusion au monothéisme de deuxième génération, laquelle s’entendrait fort bien d’ailleurs et n’aurait rien de scandaleux si l’on considérait que Jésus, le Crucifié, et l’Église qui s’éleva sur son tombeau n’eurent bien souvent qu’un lien formel entre eux). Myriam Sâr est l’hétéronyme de Sarah Vajda, qui lui donne la parole – narratrice et personnage à la fois, jeune scénographe travaillant dans un théâtre de Jaffa. Elle est l’oreille, la voix et la pensée d’une jeune israélienne de notre temps. Peut-être cette double identité témoigne-t-elle aussi de la grande difficulté du chemin parcouru, lequel monte d’abord à la montagne de Massada, dont le nom signifie forteresse, et y revient après qu’on a revécu le songe encore à atteindre, le cauchemar mille fois traversé : lumières dans les verres colorés, obscurité du plomb. On aura observé que parfois, dans les vitraux des vieilles églises, des pierres sont jetées par des voyous moins iconoclastes que stupides.

C’est d’une téléologie que nous entretient Myriam Sâr, de la dernière porte fermée sur une possible espérance. Pas de survie. L’an dernier à Jérusalem ? La dernière année avant l’arrêt du temps ? L’ultime étape ? C’est du moins ainsi que je l’ai entendu. Le film se termine. Après la chute de Jérusalem, les maigres troupes d’Eléazar s’enferment dans Massada puis s’entre-égorgent pour ne pas tomber au pouvoir des Romains de Lucius Flavius Sylva. C’est la fin, oui, et la question est maintenant : renaîtra-t-on de ce total désastre ? Et de tous les désastres qui s’ensuivront par toute la terre, le dernier en date s’étant appelé Shoah si j’ai bonne et amère mémoire.

Le roman, qui est d’anticipation, prévoit qu’on ne se relèvera plus et que l’État d’Israël, né en 1948, est voué lui aussi à la destruction, parfois avec l’assentiment ou la résignation de ses habitants. Son « péché originel » est connu. Ce serait la Palestine. Il serait mortel ce péché-là ? Qu’on me pardonne, sans l’avoir souhaité j’ai reçu une éducation catholique. Suis-je d’accord quant au péché et à ses conséquences inéluctables ? Comment le savoir ? Je ne le sais donc pas. Le roman prendra-t-il valeur de prophétie ? Mais qui croit encore aux prophéties ? L’auteure y croit-elle elle-même ? Veut-elle conjurer ses propres craintes ? Je la suis pas à pas. Je veux savoir et comprendre.

Prenons les pièces dans l’ordre où elle les déplace sur l’échiquier.

 

PROLOGUE


L’auteure parle, bouche et main du joueur se déplaçant sur les pièces blanches et noires. Avril 73 de notre ère, Sylva fait s’écrouler les murailles de la forteresse. L’ultime défense. Déjà Jérusalem est arasée, le Temple détruit. Tout est raconté par le « traître Josèphe » (1). Selon moi, simple lecteur, traître moins par ralliement aux Romains que par un sens précoce de la realpolitk. Lui, qui embrassa la secte des Pharisiens, prétendait conseiller les Sicaires d’Éléazar et les autres, les exaltés, les insoumis. On ne l’écoutait pas de toute façon. En fait, je ne sais. Flavius Josèphe était d’une rare exactitude est-on en droit de penser quant aux faits (ceux qui vinrent à sa connaissance), même s’il exagère sans doute, ici ou là, le nombre des morts dans les batailles. L’auteure écrit : « Le judaïsme, dont les prêtres offraient quotidiennement un sacrifice au nom de l’empereur Auguste, avait fait long feu ».

Aussitôt, dans cette fin, elle réinscrit le précaire commencement suivant : « Longue vie aux Sicaires ! Leur sacrifice ne fut pas inutile. De la rouelle à l’étoile, le jaune cessa pour tout un peuple d’être de la couleur du soleil pour illuminer les nuits de leurs tombeaux. […] … nous survécûmes. […] Retour en diaspora ».

 

9 ab


Ce chiffre et ces lettres désignent le tisha beav, le jour de deuil pour le judaïsme mondial (n.1, p.15) : on y situe toutes les expulsions de Juifs, depuis les chutes du premier et du second Temples, jusqu’à celle des Juifs d’Espagne (1492), puis les exterminations qui s’ensuivirent : ghetto de Varsovie, massacres d’Ukraine, camps d’Auschwitz, de Treblinka… etc., et jusqu’au Vel’d’Hiv parisien et Drancy… Donc, le grand « roman » juif et le roman de Myriam Sâr enjambent tout le temps qui court de Massada à la création de l’État d’Israël, puis bondissent vers un futur perceptible, une catastrophe toujours à venir. C’est pour cela que l’éditeur du livre est en droit de parler de roman d’anticipation, et de défaite, non pas militaire, ni totalement politique, mais de « défaite au sein de la narration ». Formule qui fait mouche si l’on pense à ce que représente le « sionisme » pour les esprits forts comme pour les esprits faibles de notre temps. Sur tout récit, toute narration, pèsent et pèseront longtemps l’équivoque et le soupçon.

Pour l’auteure, le mal est fait. Nous sommes dans l’après : « Il faut avouer que les nouveaux Zélotes, antisionistes zélés ou furieux sionistes, leur violence toujours en planque derrière une théologie, avaient prêté main forte à la déroute ». Tsahal, « par le vieil homme-chimère, crinière et gueule de lion sur noble gueule de singe, David Ben Gourion, le plus grand de nos hommes d’État, a changé de visage. Arcadie, paradis, sous le masque utopie, ne reviendront plus. Perte de l’image. Bascule. Le pays semblable aux femmes n’existait que dans le regard de l’autre. Normalisation. Les chefs reçoivent des ordres tellement iniques qu’ils peinent à les expliquer et doivent être obéis par la force ». Bien que la forme et la cadence de l’auteure soient admirables de précision et d’élan, nous sommes au-delà de la mise en place d’un style, nous sommes dans le mouvement même de la pensée torrentueuse, fulminante, égarée parfois, brûlant à son propre feu. Nous sommes dans le souffle oppressé de la grande inquiétude. Une « image » se perd, et c’est donc l’âme qui s’est perdue. L’âme de Sion-l’espoir, brouillée dans les check-points partout semés, où nul ne tente « de deviner les âmes ». Et nous sommes entrés dans le temps de « la poursuite de visages effacés » car « le feu crépite sur les ruines de la citadelle ». Là interminablement, imparablement s’entrechoquent Shoah et Naqba.

Le ver est dans le fruit, vieux proverbe qui peut servir encore, nous rappelant que le fruit fut beau et d’apparence comestible, mais qu’il va pourrir de l’intérieur.

 

COMMENCEMENTS


Le cadre de cette pensée folle – je veux dire affolée-affolante – une fois tracé, nous entrons, je crois, dans le roman. Les personnages montent aux créneaux, emblèmes de chair et de sang. Sur Tel-Aviv et tout Israël s’étend « la rumeur comme un nuage toxique ». Rumeur ? Il en est tant ! Laquelle, donc ? Au théâtre Cameri de Jaffa, Lia Finkel, mère d’Orly (13 ans) et d’Ariel (4 ou 5 ans) adaptent La Cerisaie de Tchékhov. Nous sommes en Israël, la pièce se nommera L’Orangeraie. À la radio, les hurlements, les imprécations : « Des judéo-nazis, voilà ce que l’occupation des territoires a fait de nous ! ». Est délimité le dilemme infernal : rester au théâtre ? Voir la pièce tout entière ? Ou moi, juif paré de lin blanc, ou moi, juif, la tête couverte de cendre, quitter les lieux… partir ? Et moi, lecteur, à l’autre bout de l’Europe, les pieds dans l’écume de l’océan, je me dis qu’un peuple au moins s’interroge sur lui-même. Sa conscience, mauvaise ou bonne, le ronge. Un peuple qui s’interroge, ce n’est pas si courant. Et c’est même, je crois, exceptionnel. Sion-l’espérance peut devenir Sion-la-honte, ou demeurer dans l’espérance initiale.

C’est 1967, la guerre du Sinaï et des six jours. Slimane, comédien, originaire de Palestine, élevé en terre d’Israël, aime une jeune juive, Eva. Il s’apprête à entrer en scène. Vingt ans auparavant, il y eut le massacre du village de Deir Yassin, des paysans palestiniens se changeant en moudjahiddin, tous événements furieusement mêlés, empilés quoique successifs, écrasants… On tue. On tue. Représailles, reprise du terrain : « Bilan cent-dix morts ennemis dont vingt-cinq prisonniers exécutés sous la Porte d’Hérode… » C’est le 10 avril 1948. La machine propagande se met à tourner, les victimes se multiplient dans l’espace hertzien… viols, meurtres de vieillards et d’enfants : « Nous n’avons pas démenti, croyant habile de passer pour des monstres ».

Moi, lecteur à l’autre bout de l’Europe, je me dis que les hommes n’ont pas quitté la hache du néolithique ni les premiers réflexes de peur et de haine consécutive. Qu’il n’est pas d’élection à l’esprit et à l’humanité dans la peur et la haine. L’auteure écrit : « Au secours, Athéna, ô déesse Raison… ». Mais non, la vendetta de toujours est en marche. Je la suis, je la suis la romancière. Si elle pense « le crime de guerre inexcusable », elle ne voit non plus de légitime acceptation de la dhimmitude promise. Je la suis, je la suis. Au total, conclut-elle : « Nous avons perdu la partie de la narration ». Moi, lecteur, je pense qu’il n’est pas de narration historique entièrement pure de tout mensonge. Toute narration est idéologique, tri, choix destiné à… Fausse par conséquent. Il n’est que des interprétations et des modifications des faits dans les films qu’en proposent les historiens. L’auteure, avant d’ouvrir ses parenthèses « tardives » sur le « méchant rêve » israélien, sur sa « disparition programmée », prend toute la mesure du discours à tenir dans une question qui est sa propre réponse : « Tragédie de la narration. Le monde ne nous aura donc aimés qu’en pyjama rayé et admirés qu’en combattants de l’impossible, à Sobibor et à Varsovie, quand nous nous sommes, certains de perdre, insurgés ? »

 

LA SOURCE IMPURE


« Il commence par un mot “judéo-nazi”. […] … jusqu’au bout de la terre, il vole, ce mot. Terrible. Hégélien, il assène la nécessité organique, structurelle, pour la victime, de se faire bourreau. […] Judéo-nazi, le mot le plus désespérant jamais écrit en desesperanto ». Mais quel peuple, quelle nation vit sans aucune terre sous ses pieds ? La question est posée. Moi, lecteur, à l’autre bout de l’Europe, dans mon royaume-république-nation de près de 2000 ans, je me la pose aussi. La terre est une légitime nécessité. La terre une fois attribuée, le partage de la Palestine décidé (résolution 181, 29 novembre 1947), le dilemme se fait plus concret. Il faut « démêler le terrible écheveau », et la guerre de l’opinion fait rage tant à l’extérieur qu’à l’intérieur d’Israël.

Lia monte sa pièce. Elle veut « Hurler la contamination nazie ! La terrible aporie. La source impure ».

Moi, lecteur, je me dis que la difficulté n’est pas là exactement, mais dans la mise en échec indispensable des deux mauvaises consciences parallèles, dans la non-fabrication d’une solide table de bois d’olivier où l’on entamerait les négociations, où se mettraient en branle le cœur et l’intelligence. Lia, en son théâtre, a monté déjà Coriolan et Le songe d’une nuit d’été… Elle se meut, s’émeut, tente de proposer la survie dans l’immense métaphore filée du théâtre… Sera-ce suffisant ? Efficace surtout ?… dans l’Histoire, contre l’Histoire ? Et puis, y a-t-il tant de choix possibles ? Il faut « qu’aucune mère, aucun père ne doive plus conduire son fils ou sa fille à la chambre à gaz ». Moi, lecteur à l’autre bout de l’Europe, je me souviens de ces images que je découvris sur mes onze ans, celles que prirent les photographes de Paris-Match du camp d’Auschwitz lors de son ouverture-libération, images des fours crématoires, celles d’une autre absolue cruauté qui changea la nature de l’âme humaine. Images qui depuis lors peuplent ma narration intime. Le choix est entre les héros (il y en eut en tous temps, relire Flavius Josèphe !) et les nains. Allant des uns aux autres, Myriam Sâr retrace l’histoire point par point. S’arrête-t-elle à chaque point d’eau ou d’incendie, en saute-t-elle certains ? Je ne sais, ma connaissance des faits est obligatoirement insuffisante et c’est sans doute aussi une loi ou une fatalité de la lecture passionnée.

Le choix ?

Les haines suscitent les crimes. Les crimes sont de toutes parts. Il y eut la Haganah, l’Irgoun, qui engendrèrent Tsahal… Il y eut la légion arabe, les poseurs de bombes auxquels succéda le Hezbollah, le Parti de Dieu, dit-on… Où Dieu ne va-t-il pas se nicher ! Et moi, ne sachant où donner de la tête, dois-je me taper la tête contre les murs de la mosquée d’Al Aqsa ou contre le mur du Temple resté debout ? Golda Meir n’eut-elle pas un amant libanais nommé Albert Pharaon ? Quelle belle page s’écrit ici sur « l’amour contre nature qui, malgré elle, malgré lui, toujours unit les ennemis, l’éternel Chant des Chants, l’épouse du roi errant dans la nuit de Jérusalem pour y retrouver un berger… ».

 

L’ORDRE


Ordre d’évacuation. Retour à l’exil (Galouth, en hébreu). Imperfection d’Israël dûment constatée par Israël même. Déniaisement général. « Il n’y avait plus un seul Israélien qui ne se crût ou ne se sût “colon“ sur le modèle des Allemands en Pologne ». La partie est bien perdue, celle de la narration notamment. La hideur et la honte ont pénétré le cœur de la nation. Les esprits faibles et de primesaut y ont gravé le sceau « judéo-nazi ». Le roman familial que l’on aurait pu croire effacé refait surface. Le sang d’Auschwitz n’a plus de valeur. Quelle naïveté d’avoir pensé qu’il exonérerait de la violence nécessaire future : « La terre promise n’était pas un refuge contre nos ennemis mais la récompense d’une perfection recherchée, atteinte. Auschwitz, à ses yeux, constituait une épreuve sans signification. Un pogrom majeur ».

Le sang s’écoule de toutes parts. Sabra et Chatila, sous les yeux des troupes de Sharon qui ne bougent pas. Le temps des assassins. Le temps de Macbeth. Le vieux songe de Sion se ternit : Polonius est derrière son rideau. Hamlet-Éliacim perd l’innocence. Toujours quelqu’un doit frotter ses mains pour en effacer le sang.

Galouth, donc. Le torrent de l’histoire se précipite dans les pages du roman. De Moïse sur le Sinaï à Anne Frank dans le wagon qui roule vers l’Allemagne… Je cueille ces cris, ces pensées qui disent l’insoluble dilemme, l’aporie qu’est en soi la situation créée par l’Histoire :

« Une race nouvelle, certes, mais des cerveaux toujours reptiliens ».

« Les Israéliens se distinguaient des autres peuples et particulièrement des “juifs”, à supposer que ce groupe existât, par cette manière d’aller de l’avant, cette volonté d’oublier le passé, cette énergie à faire table rase, qui faisait de chaque Israélien une sorte de bulldozer impropre à l’habituel commerce humain. En comparaison, les Yankees faisaient figure de plénipotentiaires à la cour des Borgia ».

« Le plus terrible, ce serait la création d’un État palestinien, et la paix sur le pays livré à la stasis. Juifs contre juifs. Le plus terrible, ce serait de pas créer d’État palestinien et devenir à nouveau minoritaires, cette fois-ci sur notre terre ».

 

Force instantanée de l’image, de la formule ! Fragilité, fugacité de l’image. Exil, galouth, diaspora donc… L’histoire selon Nietzsche ?

 

LA MORT DE SLIMANE


Slimane meurt en scène, à Jaffa, théâtre Cameri. Non d’un arrêt du cœur (il possédait un cœur inarrêtable), mais d’un coup de revolver tiré depuis la centrale de la haine universelle. Tiré de la salle, et doublé d’un second coup dit de grâce. Sa bouche, venait de prononcer ces mots : « Je vous aime comme ma famille… » Il aimait Eva, une jeune israélienne. Dans la salle on entendit un instant l’Hatikvah (l’hymne national israélien) qui sonne tel le Horst-Wessel-Lied à l’oreille de la romancière. C’est l’histoire infiniment recommencée que nous raconte Myriam Sâr, l’amour entre les contraires comme preuve d’un Bien possible ? Intolérable ! Lia partira. La famille bien-aimée partira. Est-il d’autre solution face à « la terreur à balles réelles » ? La terreur n’admet pas la métaphore, la représentation cathartique. Elle se plaît dans l’horreur sans appel. Nul ne peut plus désormais « démêler les frontières entre théâtre et réalité ». Qu’importe, on n’a pas trop le temps d’y penser. L’Ordre est donné. Il faut partir.

 

BUDAPEST


La ville est le berceau de la famille de Lia. C’est plus tard. Dans l’après-communisme. Un jeune comédien, Yigal, amant de Lia, l’y suit sans doute. Elle-même est à la poursuite d’Orly, sa fille fugueuse de treize ans. Sur l’échiquier les pièces sont sans cesse en mouvement. Le temps des apatrides ne revient pas, il n’a jamais cessé de courir. Mer Rouge… Babylone… Un manège, est-ce que ça ne tourne pas en rond ? Un jour, toujours vient l’Ordre. Yigal ne montera pas Bérénice. Lui aussi cherche Orly, sur les places, dans les cafés, les bistrots… Mais à Racine nous reviendrons. Yigal retrouve la jeune fille. Il songe à Tchékhov. Il serait l’oncle Vania, et Orly serait Sonia… Suites de l’Ordre : on vit ici et là, à la manière des Tziganes peut-être, on est sur la branche… et le soir quelque part on se pose… On a eu si peur. On a déliré, on a eu foi en la légitimité de l’Ordre. Yigal « se sera souvenu devoir croupir dans un monde de média et de com. Le pitch ? La fin de l’État juif ». Oui, il y aura cru. Mais c’est l’exil, ou pour le moins son sentiment, paranoïa ou schizophrénie selon les tempéraments. L’Orangeraie n’est pas une vaine représentation : « Chacun, emmuré dans sa folie, son désir, comme les héros de Tchekhov errant dans la cerisaie, le merveilleux domaine promis à un avenir dont aucun ne serait ». Et sur cette folie, le silence de Dieu. Devant, ce vide, ce silence. Le Paradis entrevu et perdu. Derrière ce silence : Auschwitz, Birkenau… Étape suivante : Santa Barbara, l’Amérique. Pour Orly, le chemin à suivre.

 

RETROUVAILLES


Le petit Ariel Fisher, cinq ans, est soigné au General Hospital de Santa Barbara. Diagnostic : « syndrome post-traumatique de forme autistique ». Autour de lui, la famille. Famille pathogène, selon les médecins, les psys. Yigal pense au livre qui est « en filigrane… derrière chaque homme » et qui « fait toute la différence ». Le Procès, La Métamorphose, le Temps perdu… ici. Tom sawyer, Nuit d’août, Manhattan Transfert, Les Raisins de la Colère… là, non loin, afin de fonder, ici et là, « ce substrat, cette présence absence, cette différence non pas de qualité littéraire mais d’expérience ». Car « le roman d’un peuple prévaut sur l’histoire constituée par la somme des choses réellement arrivées… »

Ses livres sont l’âme d’un peuple. Étrangement la narratrice élude le Livre. Moi, lecteur, je m’interroge. Sur ce point, je ne la suis plus très bien. La raison en serait-elle que l’histoire ancienne du peuple juif se serait fondée dans les inexpiables combats des douze tribus entre elles, dans les vaines criailleries de Jérémie, d’Isaïe, de Daniel… dans des haines intestines non moins féroces alors qu’aujourd’hui ? Je comprends ce halètement de la phrase dans les pages du roman, cette fuite en avant dans le forcené tohu-bohu de l’Histoire. Toujours, dans l’oreille, le bruit des sirènes. La narratrice précise : « signal sonore de huit secondes, deux sons sinusoïdaux émis en même temps : de fréquence 853 Hz, entre le sol dièse et le la aigu, et 960 Hz, entre le si bémol et le si aigu… » Engendre la peur instantanée. Je confirme. J’avais l’âge d’entendre, en 1944. Nihil novum. Combien l’homme est semblable à lui-même.

Santa Barbara… On se remémore Israël, le petit Ariel sortira-t-il du silence ?

 

CE QUI ÉTAIT ARRIVÉ À ORLY FISHER


Je tente, ramassant et cueillant ce qui est dit, de rendre compte dans un récit, de ce que dit le récit. Je me vois contraint à d’abruptes ellipses, à des sauts qui n’ont rien d’élégant. Mais on s’en moque. C’est le fil qu’il faut suivre.

Orly pourrait parler à Yigal de « l’injustice de Dieu… de ses yeux qui rien ne voient, de ses mains qui du danger n’éloignent, de son hideux silence qu’indifférence habite, jusqu’à demain ». Orly grandit, mûrit.

Cela va si bien avec moi, mes obsessions, que je le pourrais aussi. Alors, à nouveau, je suis.

« La peur comme capital génétique et unique héritage… » Orly suit son chemin, le chemin. Elle plonge dans le « rêve américain », s’y immerge… La phrase de Myriam Sâr se fait incantation folle, dérive sur les eaux de l’immensité américaine… Diversité, dirait-on en France, de nos jours. Orly aime le jeune Rasta Shalom… Ils marchent du même pas dans le psaume 23,

« L’éternel est mon berger : je ne manquerai de rien

Il me fait reposer dans de verts pâturages… »,

 

et dans la pierraille de la Vallée de la Mort, dans la Jérusalem d’Alpha Blondie… I love you Jérusalem…Au bout du chemin « Israël redeviendra le mythe qu’il n’avait cessé d’être et Jérusalem, une province des songes, un ossuaire perdu dans un lambeau d’azur, abandonnée à qui voudra… »

Toujours et encore l’alliance des contraires, les unions impossibles qui semblent possibles dans le rêve américain… La jeune fille poursuit une errance très personnelle. Pas triste. Pas malheureuse. Elle pense à « faire l’armée ». Moi, lecteur, je la vois entrée dans un espace d’au-delà des apparences, dans un autre jeu d’images… Je m’interroge : qu’en sera-t-il d’elle ? De sa personne ? À quelle forme à la fin se verra-t-elle réduite, soumise ? Ou pourra-t-elle se choisir sa forme humaine d’existence ? Puis vient Durban, la semaine du 2 au 9 septembre 2001, le congrès, le sommet de l’exclusion… à nouveau l’intarissable haine. « … Tout le sel de la mer Morte ne pourra fortifier nos âmes ; nous aurons cessé d’être le sel de la terre ».

Lia est morte. Elle survit en sa fille.

Saddam gaze les Kurdes en masse. Qui repense à l’I.G. Farben ? Au Zyklon B ? Bientôt « les Scuds modifiés de Saddam Hussein faisaient à nouveau d’eux des insectes, des parasites ». Et dans ces Scuds tirés sur Israël, du gaz allemand… Ah ! Commerce international ouvert au libéralisme et à la libre circulation des marchandises, quand tu nous tiens… Et toi, mémoire, quand tu défailles !

Alors « Orly prit la juste mesure du délire collectif ». Je la vois livrée à elle-même et au minotaure. Ariel, peut-être guérira.

 

SEDER


La scène est à Providence (Rhode island, U.S.A.). Au théâtre. On y représente La Cène. Les douze ne sont pas les apôtres, mais douze tribus « modernes », dont les Falashas, quelques « résidus de pogrome », Polak, Russkoff… La représentation – le Seder – est dans le songe de Yigal, et une treizième place y est réservée au prophète Élie qui vainquit la reine Jézabel, comme Racine nous l’a fait savoir, à nous écoliers de France. Il  s’agit de traiter « de l’intéressante question de la représentation du religieux au théâtre ». C’est aussi l’Athalie de Racine. (Une tragédie que MM. Lagarde & Michard, si j’ai bonne souvenance, déclarent être la plus novatrice du dramaturge sans pour autant se mêler d’en proposer un début d’analyse. Bizarre autant qu’étrange. Que leur restait-il en travers de la gorge ? L’édition est de 1954. On devine. Mon professeur, bon religieux pourtant, par bonheur nous la fit étudier.) Le songe d’Athalie, certes, mais aussi l’opposition de ces oracles alternés du chœur :

 

« Une voix

Sion ne sera plus. Une flamme cruelle

Détruira tous ses ornements.

Une autre voix

Dieu protège Sion. Elle a pour fondements

Sa parole éternelle.

La première

Je vois tout son éclat disparaître à mes yeux.

La seconde

Je vois de toutes parts sa clarté répandue.

La première

Dans un gouffre profond Sion est descendue.

 

La seconde

Sion a son front dans les cieux ».

 

Racine avait tout compris. La romancière le dit bien mieux : « Racine avait saisi l’essence du judaïsme » (p. 130). Il était prophète lui aussi quoi qu’il l’ignorât, martelant le dilemme. Sur l’échiquier, cases noires, cases blanches, quel roi sera fait mat, le blanc ? le noir ? Moi, lecteur, à l’autre bout de l’Europe, je ne sais trop. Je me doute bien que ce sera extrêmement difficile quoi qu’il arrive. Racine sera donc changé en Seder. Naturel en somme : le Seder est aussi cette représentation théâtrale. Yigal est entré dans le travail obstétrical de son rêve. Myriam Sâr fait écho aux voix du chœur à travers le songe de Yigal : « Il avait un canevas. De quoi broder l’épopée de la Refondation.Iskor, souviens-toi… Irgoun, Haganah, la bataille de Latroun. Nous avons eu nos Patrocle, nos Achille, nos Hector et nos Ulysse, notre Énée et notre Turnus. […] En revanche, aussi nombreux que le sable du désert et les étoiles au ciel, les sophistes n’auront pas manqué au pays retrouvé et perdu guidant l’afikomen, le cortège des ivrognes rêvant de détruire l’État juif, le fondre dans un tiers-monde aux couleurs de la guérilla universelle, ou fervents partisans du Grand Israël sur les deux rives du Jourdain ». Nul besoin de lui poser la question « où penche ton cœur ? » Celui du lecteur penche du même côté. Le Seder est cependant le repas élargi, cérémonie et rituel, une fête pour soi et pour les hôtes venus d’ici et d’ailleurs, de partout. Une Cène. Et c’est ici que l’histoire d’Israël, il me semble, devait rejoindre celle de Jésus crucifié sous l’écriteau infamant : « Jésus de Nazareth, roi des Juifs ». Antiquité, modernité, contemporanéité. Chagall a peint cela. Tout cela, et L’Ordre en est invalidé : « Sur la toile de Chagall, éternelle, brûle l’échelle que jadis Jacob-Israël escalada en songe. Sans savoir s’il a rêvé de cette toile ou s’il y a seulement songé, éveillé, Yigal est à présent certain que cet exil est un exil parmi d’autres et non plus le terminus ad quem de l’histoire juive… » Puis, cela coule de source : « Yigal se reproche d’avoir péché contre l’espérance. Emporté dans le train du monde, prototype de l’Israélien moyen, Yigal découvre n’avoir laissé aucune chance au temps, à la vaillance des hommes et à la cité ».

Dès lors, Theodore Herzl, Ben Gourion, Dayan…, une ligne se dessine : « On n’emporte son pays à la semelle de ses souliers qu’en prenant la tête d’une unité combattante ». La ligne est dure, elle paraît implacable. L’est-elle ? Comme elle est curieuse cette image d’un départ (emporter son pays) liée à celle du combat (prendre la tête d’une unité combattante). C’est Tsahal, à la fin. Moi, lecteur, je la suis cette romancière de moins en moins anticipatrice… Je la comprends et l’approuve. Un autre lecteur ne comprendra ni n’approuvera. Sa liberté est entière. Qu’importe, il faudra bien l’assembler cette table en bois d’olivier où prendront place l’intelligence et les négociateurs, quand dans les deux camps on se sera décidé à l’intelligence et aux négociations réelles. En attendant, je comprends et approuve. Herzl ? « Longtemps, il fut Swann au Jockey Club, assimilationniste convaincu. Même prosélyte. Du club des juifs des lumières qui comprennent si bien la haine des Nations avant de se réveiller youtres, la botte de l’ennemi sur leur gueule ». Oui, je comprends et approuve, moi qui, sur mes onze ans, vis les photos des fours crématoires pas encore vidés, et, depuis, tant d’autres documents de sens indéniable, implacables eux aussi. C’est ce que partout on appelle un « cas de force majeure ». La romancière entre alors dans le songe de Yigal : « Les comédiens se lèvent. Serait-ce le prophète Élie qui arrive enfin ? Un vacarme. Un bruissement de plumes, des pépiements d’oiseau affolé : c’est la huppe fasciée, l’oiselle de Balkis qui fut reine de Saba, venue saluer nos jeunes Salomon ».

Ce chapitre aurait pu s’intituler « Le songe de Yigal ». Dans cette représentation paraissent, outre Ben Gourion, le général Sharon (que « personne n’aimait vivant »), et cette humaine fiction si humaine que fut Don Quichotte… On sait que Cervantès fut un converso des plus critiques (en témoigne précisément son Don Quichotte si on le lit entre les lignes) et qu’il connut bien le versant opposé de la lumière, celui de l’obscurité des hommes et des brutalités de l’Histoire. Yigal, à la fin du spectacle, nous offre ces vers extraits des Sonnets païens de Tchernichovsky chantant la mort des combattants avec la foi en la vie :

 

« Je m’agenouille devant la vie, la beauté et la force

Je m’agenouille devant tous les désirs passionnés… »

 

POST-SCRIPTUM


Le post-scriptum a pour fonction d’ajouter, de dire ce qui n’a pas été dit, a été oublié peut-être. Non, c’est ici autre chose, Myriam s’y met en scène un instant. Elle, Tel-Aviv, la plage, le bar de l’ami Barak, et Melki, l’enfant de cinq ans… Un songe toujours s’ajoute à un songe. Elle voit Barak égorgé. Lia morte. L’enfant mourra-t-il ? Elle, flottante : « Toute une nuit passée à se battre per et contra se ?Pour Israël. Contre Israël ». C’est le trouble de la pensée dans les matins de réveils difficiles. On ne sort pas des cauchemars le cœur léger, le cœur exempt du poids des angoisses. Tirons-en ceci, les lambeaux du combat interne, les soubresauts de la conscience :

L’espoir, le jour à venir, sa lumière : « Comme Melki, lové contre Myriam, s’enivre de son parfum, la jeunesse méprise les calculs égoïstes, l’épicerie du réel ».

La désespérance : « Réalisé, le rêve a fait long feu. Pétard mouillé, sapin de Noël jeté à la poubelle… »

 

Le combat, les combattants, dans leurs parallèles légitimités : « La Palestine à naître se souvient de Lawrence d’Arabie. Elle se souvient d’un jeune aède, d’Irlande et d’Écosse… » Lawrence et la Légion arabe. Israël de Charles Orde Wingate, le Lawrence de Judée, qui « avait appris aux juifs à marcher au pas, à armer leurs fusils ». Avec ces deux-là, glorieux emblèmes, quelques autres, dont l’âme est demeurée en terre d’Israël. En fait, Myriam forge le néologisme, à travers le temps il s’agit d’unehypnogonie, d’un combat des rêves, se traduisant aussi, au-delà des balles, des obus et des pierres, dans les « Combats des récits. Légendes contre légendes ». Mais c’est là aussi, « là que le verbe se fait chair. Chair martyrisée, brûlée, attentée, meurtrie. Avilie. Avilissant les âmes ». À moi, lecteur à l’autre bout de l’Europe, il me semble qu’il serait temps de l’assembler cette table de bois d’olivier.

 

Le post-scriptum est une redite, redite nécessaire, jusqu’à ce que les sourds entendent. La métaphore théâtrale nous le rappelle : « L’irrationnel est maître de la place ». Moi, lecteur : – Assemblons la table. Myriam : « Elle ne craint que la fin de la beauté des choses ». Moi, lecteur : – Ne les trouvez-vous pas assez hideuses, les choses, au point où elles ont été menées ? Faut-il attendre encore que le ver change le fruit en une immonde pourriture que personne ne pourra porter à la bouche ? Se pourrait-il que Myriam me désapprouve lorsqu’elle conclut ainsi : « Un instant, je te prie, lecteur. Suspends ton jugement, oublie l’évidence. “Tu sais qui tient le fusil… David contre Goliath. Les barbelés n’avancent jamais à rien” ».

Moi, alors : – Combat redoublé ? Ou la table ?

Myriam : « Lecteur, je te le demande en grâce : laisse à Yigal et à Myriam le temps d’une valse sur le sable brûlant de Jaffa ».

 

Michel Host. Le 3 / X / 2012

 

(1) Flavius Josèphe, juif et citoyen romain, auteur de Histoire ancienne des Juifs et de La guerre des Juifs contre les Romains. Citations extraites de l’admirable traduction d’Arnauld d’Andilly, adaptée en français moderne par J.A.C. Buchon.

 

Sarah Vajda : Docteur en littérature à l’EHESS,  auteur de deux « grandes biographies » publiées chez Flammarion : Maurice Barrès et Jean-Edern Hallier, d’une biographie non autorisée de Claire Chazal et d’un essai consacré à Romain Gary, Gary&Co (2008) In folio éditions. Elle a en outre commis  quatre romans : Amnésie (2006) et Contamination (2007), aux éditions du Rocher, Le Terminal des anges(2008), aux éditions du Mort qui trompe et L’An dernier à Jérusalem, paru aux Provinciales (2011).

 

Le Magazine des Livres consacrera dans son prochain numéro (n°33, novembre-décembre) une douzaine de pages à l’œuvre romanesque de Sarah Vajda, avec un grand entretien de Joseph Vebret et un article de Stéphane Gocanti sur L’An dernier à Jérusalem. En kiosques le 18 novembre.

Voir ci-contre, rubrique « presse », les articles parus dans France catholique, Causeur, Actualité Juive…

 


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A propos du rédacteur

Michel Host

 

(photo Martine Simon)


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Rédacteur. Président d'honneur du magazine.


Michel HOST, agrégé d’espagnol, professeur heureux dans une autre vie, poète, nouvelliste, romancier et traducteur à ses heures.

Enfance difficile, voire complexe, mais n’en a fait ni tout un plat littéraire, ni n’a encore assassiné personne.

Aime les dames, la vitesse, le rugby, les araignées, les chats. A fondé l’Ordre du Mistigri.


Derniers ouvrages parus :


Poème d’Hiroshima, Éd. Rhubarbe, 2005

Figuration de l’Amante, Poème, Éd. de l’Atlantique, 2010

Les Jardins d’Atalante, Poème, Éd. Rhubarbe, 2014

La Ville aux hommes, Poèmes, Éd. Encres vives, 2015

Mémoires du Serpent, roman, Éd. Hermann, 2010

Une vraie jeune fille, nouvelles, Éd. Weyrich, 2015

L’Arbre et le Béton (en collaboration avec Margo Ohayon), Dialogue, Éd.  Rhubarbe, 2016

 

Traductions :

 

Aristophane, Lysistrata ou la grève du sexe (2e éd.-2010),

Aristophane, Ploutos. (Aux éd. Les Mille & Une nuits)

Trente poèmes d’amour de la tradition mozarabe andalouse (XIIe

& XIIIe siècles)- 1ère traduction en français – à L’Escampette (2010)

Jorge Manrique, Stances pour le mort de son père (bilingue)- Éd.

De l’Atlantique (2011)

Federico García Lorca, Romances gitanes (Romancero gitano)  – Éd. Alcyone –

bilingue, 2e éd -  2016

Luis de Góngora, Les 167 Sonnets authentifiés, bilingue, Éd. B. Dumerchez, 2002

Luis de Góngora, La Fable de Polyphème et Galatée, Éd. de l’Escampette, 2005.

En préparation :

Lucien de Samosate, Philosophes à l’encan  /  L. de Góngora, Choix de poèmes  /  Une suite aux Attentions de l’enfance