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Cette semaine

Poèmes des jours terribles et des jours suivants, Eliaz Cohen (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Vendredi, 30 Novembre 2018. , dans Cette semaine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Israël

Poèmes des jours terribles et des jours suivants, Éditions du Levant, 4è trimestre 2018, trad. hébreu Michel Eckhard Elial, Peintures à l’huile Denis Zimmerman, 62 pages . Ecrivain(s): Eliaz Cohen

 

A la poésie, rien d’impossible, puisqu’aux problèmes insolubles, les poètes offrent des réponses insaisissables. Par exemple, comment survivre à la fin du monde ? Un vertige plus puissant que l’Apocalypse suffit !

 

« Flotter au-dessus du tourbillon

je sais

qu’après l’extinction du soleil

et la dernière étoile

je serai à nouveau emporté vers lui » (p.32)

Trois étages, Eshkol Nevo (par Anne Morin)

Ecrit par Anne Morin , le Vendredi, 30 Novembre 2018. , dans Cette semaine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Gallimard, Israël

Trois étages, octobre 2018, trad. hébreu Jean-Luc Allouche, 313 pages, 22 € . Ecrivain(s): Eshkol Nevo Edition: Gallimard

 

Trois étages d’un même immeuble, trois histoires personnelles qui reflètent la vie en condensé, d’un pays qui se cherche. Trois étages, et à chacun d’eux, un manque à vivre, entre ce qui s’est passé – et ce qui est passé –, et ce qui s’est – peut-être – accompli.

Aucun des personnages ne sait exactement où il en est – de son histoire, de sa vie –, ni où il va, ce qu’il cherche ou recherche.

Arnon, en quête d’une hypothétique preuve pour conforter son hypothèse ; Hani, au deuxième étage, la plupart du temps seule avec ses enfants écrit à une amie lointaine et longuement perdue de vue car elle se noie entre le réel et l’imaginé : a-t-elle inventé la visite de son beau-frère et ce qui en a découlé ? Deborah, à l’étage supérieur vit dans le souvenir de sa vie passée avec son mari défunt pour qui elle enregistre sur un répondeur téléphonique ses sentiments et ses errances. Vivant en vase clos, dans le souvenir de la rupture avec leur fils, elle décide soudain de se jeter dehors, à même la rue aux prises à des mouvements de protestation…

L’Été des charognes, Simon Johannin (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 29 Novembre 2018. , dans Cette semaine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Allia

L’Été des charognes, 2017, 140 pages, 10 € . Ecrivain(s): Simon Johannin Edition: Allia

 

Ce petit livre est tonitruant par l’histoire qu’il raconte et par l’écriture explosive et vitriolée de son auteur. C’est une ode à la pauvreté, à la ruralité profonde, à la putréfaction des choses, des animaux et des êtres. Ce petit livre défie toute complaisance à la nature, tout pathos bucolique. Ce petit livre PUE de beauté morbide.

Le jeune narrateur vit dans la ferme de ses parents, quelque part vers le sud de la France. Une ferme est un grand mot. Une bicoque avec trois bouts de terre, branlante, sale, misérable. L’été il passe ses vacances autour, avec ses copains, aussi pauvres que lui, aussi sales. Désœuvrés, ils inventent des jeux. D’étranges jeux qui ont pour décor et objets la pourriture. Au sens propre du terme. Des talus de fumier grouillant de vers, des petits monts d’animaux morts dont sortent, en rivières vivantes, des larves de mouches et autres insectes, les déjections animales et humaines qui se font n’importe où, partout autour de leur ferme.

Enfants des morts, Elfriede Jelinek (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mercredi, 28 Novembre 2018. , dans Cette semaine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Langue allemande, Roman, Points

Enfants des morts, trad. Olivier Le Lay, 704 pages, 8,60 € . Ecrivain(s): Elfriede Jelinek Edition: Points


Massacre à la plume

Calmez-vous, miss Jelinek, étouffez un peu votre fiel sans quoi vous ne décrocherez jamais le Nobel. Comment ?! Vous l’avez déjà obtenu ?! En 2004 ! Comme quoi on peut ouvertement désespérer sans que le jury s’exaspère. Monsieur Houellebecq peut garder espoir, faudrait juste qu’il clope un peu moins, le lascar. En attendant, Shadok Jelinek décape, décape toujours, de sa dystopie sémantique jamais ne désempare.

Nul ne l’ignore, l’écrivaine autrichienne née en 1946 et perpétratrice éhontée de romans corrosifs ne fait pas dans la dentelle. Une criminelle plumitive d’envergure internationale. Réfractaire aux minauderies, elle a coutume d’inciser la plaie à vif. Avec Enfants des morts (1995), elle ne déroge pas à son savoir-faire, elle respecte à la lettre sa mélanographie enclenchée dans les années 70. Dans le cadre enchanteur des Alpes autrichiennes, au gré d’un gracieux phrasé, Jelinek dézingue à toute berzingue.

Le Temps de l’art, Anthropologie de la création des Modernes, Michel Guérin (par Pierre Windecker)

Ecrit par Pierre Windecker , le Mardi, 27 Novembre 2018. , dans Cette semaine, Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Le Temps de l’art, Anthropologie de la création des Modernes, Michel Guérin, Actes Sud, octobre 2018, 432 pages, 27 €

Le titre indique simplement : Le Temps de l’art. Le sous-titre commente, il devance et récapitule : Anthropologie de la création des Modernes. Pour saisir toute la portée du livre, il est bon de le lire en faisant jouer à fond cette ambiguïté, en faisant vibrer cet accord, très légèrement dissonant, qu’il ménage en ouverture.

Ce que Le Temps de l’art prend pour cible de son enquête, c’est le destin historique de « l’art », celui qui va du Grand Art de la Renaissance florentine aux productions artistiques de notre époque, celle qui se désigne généralement comme « postmoderne ». Entendons-nous : ce livre n’est pas du tout un « livre d’histoire ». Il ne cherche pas à construire, pour nous la livrer, une narration continue qui articulerait ses questions à partir d’une chronologie unique. Son propos est de rendre intelligible un mouvement, un devenir, qui nous apparaît aussi fatal (nécessaire) que déconcertant. Il l’appréhende toujours sous des angles multiples, pour faire apparaître leur unité, en s’attardant électivement sur les moments de bascule ou de glissement. Il s’agit d’expliquer beaucoup de choses en effet, dont l’« évidence » ne nous éclaire ni sur leur nécessité, ni sur leurs rapports.