Identification

Recensions

Hot Stuff, Les Rolling Stones en 18 leçons, Milan Dargent (par Guy Donikian)

Ecrit par Guy Donikian , le Jeudi, 07 Juillet 2022. , dans Recensions, Les Livres, Essais, La Une Livres, Arts, Le Mot et le Reste

Hot Stuff, Les Rolling Stones en 18 leçons, Milan Dargent, mai 2022, 134 pages, 15 € Edition: Le Mot et le Reste


Ce petit ouvrage n’est pas un énième livre sur les Stones, sur lesquels tout a été dit ou presque, il y a là des réflexions qui tentent de comprendre pourquoi tant d’années après, les vieux ados adulent toujours « the greatest rock’n’roll band in the world », pourquoi aussi ce groupe est toujours là, comme hors du temps, pourquoi les « glimmer twins » fascinent encore, pourquoi…

Les réponses sont faites de rappels de certains faits, de certains gestes ou comportements des Stones, mais aussi, avec une dose d’autodérision des raisons plus personnelles que l’auteur esquisse, invoquant la façon dont les mots et les gestes des cinq gaillards entrent en résonance avec nos attentes, nos espérances, notre avidité aussi de se saisir pour un temps, (celui d’une chanson, ou simplement d’un solo, ou d’un refrain) de ce que les musiciens vivent, ne serait-ce que sur scène, puisque c’est là que tout se joue, que tout se montre, que les excellences mais aussi les carences se font jour.

Éloge de la baleine, Camille Brunel (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Lundi, 04 Juillet 2022. , dans Recensions, Les Livres, Essais, La Une Livres, Histoire, Rivages

Éloge de la baleine, Camille Brunel, avril 2022, 208 pages, 17 € Edition: Rivages

 

Moby Dick ne commence ni par une épître dédicatoire adressée à un maître ou à un ami de l’auteur, ni par la traditionnelle préface, où Melville expliquerait ses intentions, mais par deux sections avec lesquelles l’auteur prend ses distances, les attribuant à « un pion de collège » et à « un très obscur bibliothécaire ». La première est étymologique et vaguement linguistique, qui se réduit à douze langues (dix en réalité, puisque l’hébreu et le grec pourtant annoncés sont absents) ; la seconde consiste en un relevé (évidemment non exhaustif) de citations, allant de la Genèse aux chansons de marins que Melville avait pu entendre dans les ports américains, en passant par Rabelais, Shakespeare ou Cuvier. Ces pages érudites et borgésiennes avant l’heure rappellent le long compagnonnage de l’être humain avec les cétacés, particulièrement les plus grands d’entre eux, et la fascination qu’ils exercent (Camille Brunel ajoute dans son livre un hommage mérité à Jules Verne, p.153). Mais cette fascination à la fois est récente (il y a moins de trois siècles encore, la mer faisait peur) et n’est plus aussi « innocente » (au sens originel) que celle éprouvée par les écrivains de la Bible ou de l’Antiquité grecque, car l’humanité a fini par se rendre compte du profit économique qu’elle pouvait retirer de ces immenses créatures.

Précis de Foutriquet, Pierre Boutang (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Lundi, 27 Juin 2022. , dans Recensions, Les Livres, Essais, La Une Livres

Précis de Foutriquet, Pierre Boutang, éditions Les Provinciales, mars 2022, 190 pages, 18 €

 

La campagne présidentielle de 1981 opposa, le tri étant fait des candidats plus ou moins fantaisistes dont personne, pas même eux, ne pensait qu’ils pussent atteindre le second tour (Huguette Bouchardeau, Arlette Laguiller, Marie-France Garaud, Michel Crépeau, Brice Lalonde, etc.), le président de la République sortant, Valéry Giscard d’Estaing, à son adversaire socialiste, François Mitterrand. Dire que l’un était de droite et l’autre de gauche eût été aller vite en besogne tant, à cette époque déjà, ces repères idéologiques a priori simples avaient commencé à se brouiller. Mitterrand était parvenu à s’imposer comme le champion des socialistes, en faisant oublier qu’il n’était pas issu de leurs rangs et en jetant le voile de l’oubli (qui se déchirera plus tard) sur les amitiés et les engagements de sa jeunesse. Quant à Giscard, aucun droitard digne de ce nom ne pouvait le considérer comme un des siens. Droitard, maurrassien, monarchiste, Pierre Boutang le fut autant qu’on pouvait l’être, qui dirigea jusqu’en 1967 un hebdomadaire, La Nation française, où s’exprimèrent des écrivains aussi doués qu’Antoine Blondin, Roger Nimier, Philippe Ariès ou Louis Pauwels.

Le Serpent majuscule, Pierre Lemaitre (par Jean-Jacques Bretou)

Ecrit par Jean-Jacques Bretou , le Lundi, 20 Juin 2022. , dans Recensions, Les Livres, Polars, La Une Livres, Roman, Le Livre de Poche

Le Serpent majuscule, 305 pages, 7,90 € . Ecrivain(s): Pierre Lemaitre Edition: Le Livre de Poche

 

Comme il l’écrit dans son avant-propos, c’est un livre jamais confié à un éditeur, datant de 1985, que Pierre Lemaitre offre ici à ses lecteurs. Pressé par ces derniers de faire paraître un nouveau roman noir alors qu’il en est sorti, il a retrouvé celui-ci qui présente déjà la plupart des thèmes développés par la suite dans ses livres mais à une époque sans téléphone portables, ni GPS, ni ADN, fichiers centralisés. Ce livre est une rareté, prenez-en soin, dégustez-le.

Mathilde, soixante trois ans, 78 kg sur la balance, file sur l’autoroute de Normandie, où elle a passé le week-end chez sa fille, en direction de Paris. Elle s’énerve des encombrements et de la difficulté à digérer les poireaux vinaigrette. Sur la banquette arrière, Ludo, son chien, un dalmatien, est plutôt calme ; pourtant, il n’est pas toujours en confiance avec sa maîtresse à cause de ses brusques sautes d’humeur.

L’enfant jaguar, Anne Sibran (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Vendredi, 17 Juin 2022. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Jeunesse, Gallimard Jeunesse

L’enfant jaguar, Anne Sibran, mars 2022, Illust. Benjamin Bachelier, 48 pages, 17,90 € Edition: Gallimard Jeunesse

 

Le génie du lieu

Anne Sibran a étudié l’ethnologie, la philosophie, et a appris le quechua à l’INALCO. Elle adapte dans ce livre-jeunesse de 48 pages, de 23x29 cm, L’enfant jaguar, l’histoire vraie d’un « vieux Sacha Runa d’Équateur ». Sur l’éclatante jaquette de couverture, un très jeune garçon émerge d’une frondaison touffue sous un croissant de lune, qui se tient prêt à nous embarquer dans sa quête. Benjamin Bachelier, diplômé des Beaux-arts d’Angoulême, accompagne le beau texte d’Anne Sibran par ses illustrations riches et de nature picturale.

La couleur, aquarellée dans un style sensible, produit souplesse et dynamisme. La fluidité des effets de fondus, des dégradés, ou des variations plus obscures, révèle et fait vibrer les teintes pétulantes. La technique mouillée des taches et des aplats rend idéalement l’atmosphère de la forêt amazonienne. Rien n’est vraiment totalement noir dans cet univers exotique et sylvestre, même la nuit est habitée. Des résurgences totémiques, des formes étranges animent de jour comme de nuit ce lieu secret.