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Les Livres

Comment gagner sa vie honnêtement, Jean Rouaud

Ecrit par Didier Bazy , le Lundi, 07 Mars 2011. , dans Les Livres, Recensions, Critiques, Gallimard

Comment gagner sa vie honnêtement. La Vie poétique 1. 2011. 335 P. 19 €, 50 . Ecrivain(s): Jean Rouaud Edition: Gallimard

Longtemps résonnera à nos tympans les mots et les sens, les lettres et les sons du finale des Champs d'Honneur : oh, arrêtez tout ! Ce cri arraché au silence imposant d'un livre si court et si fort. Il  parlera  longtemps, ce cri, il dira longtemps l'étouffement, si loin de l'indignation morale majoritaire, il fera vivre, ce cri, en nous des millions d'âmes mortes, pour de vrai, et pour sûr.

Inaugurant les futures livraisons de Vie poétique Jean Rouaud invoque Henry-David Thoreau : « Sur la question de savoir comment gagner sa vie honnêtement; on n'a presque rien écrit qui puisse retenir l'attention. » Saluons au passage la splendide nouvelle traduction de Walden chez Le Mot et le Reste éditeur.

Rouaud comble-t-il ce vide ? Oui, sur deux plans au moins : une époque et ses codes, un témoin et sa poésie.

Quitter Dakar, Sophie-Anne Delhomme

Ecrit par Theo Ananissoh , le Lundi, 07 Mars 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Le Rouergue

Quitter Dakar. 2010. 13,50 € . Ecrivain(s): Sophie-Anne Delhomme Edition: Le Rouergue

Quitter Dakar, c’est en fait y revenir. Quitter, revenir, ces mots qui s’imposent ainsi d’entrée de jeu indiquent ce qui caractérise le roman de Sophie-Anne Delhomme : le mouvement. De bout en bout, c’est un va-et-vient permanent ; va-et-vient entre la France et le Sénégal, mais aussi allers et retours entre le présent et le passé, entre la réalité et l’imaginaire, entre un je et un il qui, alternativement, se relaient pour raconter. Roman tout en déplacements donc, sans agitation toutefois, mais en quête ; de quoi ? De la mère, de soi, de la vie qui fut la leur, au garçon et à la mère, dans ce pays d’Afrique.
Manuela, c’est le prénom de la mère. Elle est décédée en 1985. Littéralement – le cliché force la main pour ainsi dire –, elle a l’Afrique ou, si l’on préfère, le Sénégal dans la peau. Elle y vit avec son fils dans la maison du Point E et possède une boutique qui va faire faillite. C’est un personnage complexe, comme du reste tous les autres de ce beau roman. On hésite à la définir d’une expression qui pourtant, là aussi, semble s’imposer : mère irresponsable. Les nuits, souvent, le jeune garçon doit se débrouiller seul pour trouver le sommeil dans la grande maison, à peine veillé par une bonne pendant que la mère rejoint un amant dans un night-club de la capitale sénégalaise.

Mon Oncle Napoléon, Iraj Pezeshkzad

Ecrit par Laetitia Nanquette , le Dimanche, 06 Mars 2011. , dans Les Livres, Recensions, Asie, Actes Sud

Mon oncle Napoléon, traduit par Sorour Kasmaï, 2011, Actes Sud. 492 p. 23 € . Ecrivain(s): Iraj Pezeshkzad Edition: Actes Sud

Iradj Pezechkzad est né en 1928 à Téhéran, et vit aujourd’hui en France. Il a exercé les professions de juge et diplomate, et publié plusieurs romans. Il a également traduit des textes classiques de la littérature française en persan, de Molière à Voltaire.

Mon oncle Napoléon, roman culte en Iran, popularisé par son adaptation en série télévisée, raconte la vie d’une famille élargie à Téhéran au début de la seconde guerre mondiale, à travers le regard du narrateur, un adolescent soudain tombé amoureux de sa cousine, Leyli. Le personnage éponyme, père de Leyli, patriarche de la famille et admirateur de l’empereur français, est persuadé que les Anglais conspirent contre lui et sa famille, du fait de batailles imaginaires qu’il aurait menées contre l’Empire britannique. L’histoire s’organise autour de ce fragile équilibre entre réalités de la vie téhéranaise et illusions de conquêtes et de gloire. Les membres de la famille s’allient, se trompent et se trahissent autour de ces fabulations ; les domestiques doivent également prendre parti.

En censurant un roman d'amour iranien, Shahriar Mandanipour

Ecrit par Laetitia Nanquette , le Dimanche, 06 Mars 2011. , dans Les Livres, Recensions, Seuil

En censurant un roman d'amour iranien. Traduit de l’anglais par Georges-Michel Sarotte, 2011, Seuil. 403 p. 21 € . Ecrivain(s): Shahriar Mandanipour Edition: Seuil

Shahriar Mandanipour est né en 1957 à Shiraz, et vit depuis 2006 aux Etats-Unis, où il enseigne à Harvard. Il a étudié les sciences politiques à l’université de Téhéran et gagné de nombreux prix littéraires avant que ses livres ne soient interdits en Iran dans les années 1990. Il est à la fois essayiste, nouvelliste et romancier.

En censurant un roman d’amour iranien raconte le processus d’écriture d’un auteur iranien qui tente de composer une histoire d’amour entre deux jeunes gens aujourd’hui à Téhéran et se trouve confronté à la censure du ministère de la Culture, à la fois à travers le personnage du censeur, et du fait de sa propre autocensure. Outre l’histoire d’amour entre Sara, étudiante en littérature à l’université de Téhéran, et Dara, ancien activiste politique qui gagne sa vie en tant que peintre en bâtiment, le narrateur nous dévoile par la mise en abyme du roman ses stratégies d’écriture, ses façons de déjouer la censure pour effacer toute trace d’allusion politique ou érotique, mais surtout le poids de celle-ci et les orientations parfois incongrues que doit prendre son histoire d’amour pour obtenir la permission d’être publiée.

Principe de Précaution, Matthieu Jung

Ecrit par Enguerrand Guépy , le Samedi, 05 Mars 2011. , dans Les Livres, Recensions, Stock

Principe de précaution. Stock 2009. 300p. 19,50 € . Ecrivain(s): Matthieu Jung Edition: Stock

Pascal, marié, deux enfants, situation professionnelle enviable,  est l'archétype du cadre supérieur d'avant la crise  avec des préoccupations de cadre supérieur d'avant la crise. Rien dans son profil ne semble digne  d'une attention particulière.  Cependant quand le masque  tombe, il révèle sa nature terrifiante.  Non, il ne s'agit pas d'un énième éventreur passé maître dans l'art de l'équarrissage à ses moments perdus. C'est bien pire. Pascal est l'homme dont toute l'énergie vitale est vouée au culte de ce nouveau dogme de la modernité, ce moloch  protéiforme, le trop fameux principe de précaution.

Tous les jours, il se confond avec  les angoisses de la planète et va chercher réconfort chez son dieu insatiable. Tous les jours, il confesse le principe de précaution et trouve de nouvelles raisons d’exiger plus de sécurité et de surveillance pour cette humanité qui ne  cesse de se mettre  en danger. Mais s'il y a bien quelque chose qui cristallise toute son inquiétude, c'est son fils aîné, ce fils en pleine crise d'adolescence  cerné de toutes parts par une foultitude d'ennemis implacables : sida,  cancer, diabète, obésité, catastrophe aérienne,  chômage, terrorisme, risque nucléaire...