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Les Livres

Rouler, Christian Oster

Ecrit par Martine L. Petauton , le Vendredi, 02 Septembre 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, L'Olivier (Seuil), La rentrée littéraire

Rouler, 176 pages 15 euros . Ecrivain(s): Christian Oster Edition: L'Olivier (Seuil)


Rien que le titre, et la première phrase : «  j'ai pris le volant un jour d'été, à treize heures trente, j'avais une bonne voiture et assez d'essence » ; j'ajouterais le tableau /image de la couverture, magnifique, derrière son pare brise mouillé ; tout ça fait courir vers le livre, vite, avec l'appétit qu'il faut : un road-novel à la française, chouette ! Quelque chose qui nous sorte des sempiternelles routes américaines, des étapes au sud de Memphis, des pannes au large du tréfonds des bleds d'Arizona. Enfin, un « Telma et Louise » en Auvergne - car c'est de Cantal en Lozère profonde, pour finir en Provence Alpilleuse qu'il s'agit ici...

De ce «  quelqu'un qui roule », qui s'enfuit, qui s'évade - on s'en doute vite - on ne sait quasi rien ; s'appelle Jean (on l'apprend seulement à mi livre), il y a un fils quelque part, un portable qui sonne peu... Mais on le suit, subjugué, (légende allemand de Hamelin, du petit flûtiste et des rats ?) dans sa ligne de fuite qui ne cesse de faire reculer l'horizon, comme d'ailleurs, sur le tableau de couverture ; de départementale en draille vicinale, en perdant le chemin, souvent - le but, peut-être de ce curieux itinéraire initiatique ? -, d'arrivée sur Saint Flour en étape à Saint Chely d'Apcher : «  je roule comme ça, je me déplace, je n'ai pas d'à priori » dit-il.

Le système Victoria, Eric Reinhardt

Ecrit par Paul Martell , le Jeudi, 01 Septembre 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Stock, La rentrée littéraire

Le Système Victoria, 526 pages, 22,50 € . Ecrivain(s): Eric Reinhardt Edition: Stock

 

En sortant d’un magasin où il vient d’acheter une peluche pour sa fille, David Kolski croise une femme. Il est fasciné. D’abord, il n’ose pas l’aborder, d’autant plus qu’il est attendu pour fêter l’anniversaire de sa fille et qu’il n’a pas de temps devant lui. Mais il décide de la suivre, d’abord dans un café, puis dans un bowling et au bout de trois heures passées à la regarder, il l’aborde enfin.

Elle lui tend une carte de visite. Elle s’appelle Victoria de Winter, elle est la responsable des ressources humaines d’une très grosse entreprise. Ils se donnent rendez-vous quelques jours plus tard dans un grand restaurant. Une liaison torride s’engage.

David n’a aucune envie d’avoir une maîtresse, mais il ne peut pas résister à l’idée de ne plus jamais revoir Victoria. Pourtant, elle représente tout ce qu’il déteste. Elle est même son contraire, mais il est subjugué et devient complètement dépendant.


Tortuga, Valerio Evangelisti

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Jeudi, 01 Septembre 2011. , dans Les Livres, Recensions, Bassin méditerranéen, Roman, Payot Rivages

Tortuga, traduit de l’italien par Sophie Bajard, 2011, 426 pages, 24,50€. . Ecrivain(s): Valerio Evangelisti Edition: Payot Rivages

Si vous avez rêvé, aux côtés de Jim Hawkins, de trésors fabuleux, frémi au passage de la jambe de bois de Sir Long John Silver, si vous savez que les honnêtes hommes peuvent cacher de terribles pirates comme le Petit-Radet de L’Ancre de miséricorde, ou même si vous avez pris plaisir aux aventures cinématographiques d’un excentrique flibustier, capitaine du Black Pearl, Tortuga est pour vous.

Non seulement ce roman d’aventures va vous plonger, comme aucun autre, au cœur des Caraïbes et de la confrérie des Frères de la Côte, mais il renouvelle la vision de la piraterie, déprise de son verni exotique et souvent édulcoré. Dans Tortuga, on n’enterre pas de trésor sur une île inconnue et on ne perd pas de temps avec des cartes rongées par l’eau de mer, non bien au contraire, on dépense tout et on fait flamber sa vie comme du rhum. Les récits des scènes d’auberge valent celles des abordages où pareillement se déchaînent l’animalité, la cruauté, le plaisir. La définition de l’âme pirate donne lieu à de splendides joutes oratoires entre capitaines, chirurgiens et autres invités au carré.

« Sur le Conqueror, vous avez assisté à la phase intermédiaire de l’évolution d’un pirate. À ce stade de sa carrière, il a redécouvert la nature animale qui se cache sous les apparences humaines et a commencé à s’y abandonner. […] La dernière phase est celle où la férocité naturelle se traduit en philosophie. L’égoïsme le plus effréné est présenté comme une liberté, le manque absolu de toute pitié devient une norme de conduite, une morale même ».

Désolations, David Vann

Ecrit par Yann Suty , le Mercredi, 31 Août 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Gallmeister, La rentrée littéraire

Désolations, 300 pages, 23 € . Ecrivain(s): David Vann Edition: Gallmeister

Le premier roman de David Vann, Sukwann Island, avait été un choc. Un véritable coup de poing littéraire, aussi âpre et lyrique, qui entraînait très loin dans les noirceurs de l’âme humaine et laissait pantois. Le deuxième roman de l’auteur était fortement attendu. Peut-être trop. Ce qui fait que, malgré d’indéniables qualités, Désolations ne convainc pas entièrement. Sans doute est-ce aussi dû au fait que David Vann reprend les mêmes ingrédients, la même recette, comme si, d’une certaine manière, il n’avait pas su se renouveler. La trop grande similitude entre les deux livres pousse à la comparaison et elle n’est malheureusement pas en faveur de Désolations. On a ainsi parfois l’impression de lire une version longue, et quelque peu diluée, du premier ouvrage.

Alors que Sukwann Island se concentrait sur la confrontation entre un père et son fils, Désolations voit plus large et convoque toute une famille.

La retraite arrivant, Gary et Irene ont décidé d’aller vivre sur l’île de Caribou Island (le titre original du livre), en Alaska. Pour Gary, s’installer au milieu de la nature est le rêve de toute une vie. Sa femme, elle, est beaucoup plus sceptique.

« Si vous vouliez jouer les idiots et tester vos limites, voir jusqu’où les choses pouvaient mal tourner, c’était l’endroit idéal ».

Son corps extrême, Régine Detambel

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mercredi, 31 Août 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Actes Sud, La rentrée littéraire

Son corps extrême, 160 pages, 17 euros . Ecrivain(s): Régine Detambel Edition: Actes Sud

« C’est une voiture renversée sur le dos, dont les roues ballantes continuent de tourner… ». Ce petit livre tient en trois mots : l’accident d’Alice, son corps brisé, son relevé ; ça ferait quelques lignes tristes dans mon journal du soir, mais Régine Detambel a ciselé avec ça un livre fort et particulièrement résonnant, plein de toutes les douleurs, de tous les vertiges de mort, de toutes les inespérées espérances…

C’est une partition orchestrée en trois temps qui fait un barouf de musique contemporaine : l’accident raconté par deux ou trois ouvriers, occupés nuitamment sur le macadam d’une ville torride ; il y a là de la fine observation sociologique ; l’hôpital : « elle sonnait délicieusement le creux, elle était un contenant incontinent », les miettes de corps, les plaies, les os, le n’importe comment du visage ; le savoir de la « Régine-kiné » asperge, juste, de bout en bout ces pages-là, avec, dans la potion administrée, trois gouttes d’humour acide, et, au bout, salvateur : « ne désespérez jamais de rien ; toute cendre est un pollen » ; le centre de rééducation (pas un petit tour, deux ans quand même) : « il y a des éclopés, sur les bancs et aux fenêtres » ; des barres parallèles terrorisantes comme l’Enfer de Dante, et des « pas » qui sonnent comme les buccins de la résurrection sur les vieux tympans : « tous deux marchent clopin-clopant, bizarres et superbes, avec une concentration de somnambules… »