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Les Livres

Miniature ou Les Mémoires de Miss M., Walter de la Mare (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Lundi, 17 Mai 2021. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, Joelle Losfeld

Miniature ou Les Mémoires de Miss M., Walter de la Mare, trad. anglais, Christiane Guillois, Florence Lévy-Paoloni, 578 pages, 20,30 € Edition: Joelle Losfeld

 

De prime abord, on sera surpris de savoir que ce roman a pour héroïne une naine. Le talent de Walter de la Mare sait pourtant nous la rendre proche, déployant à l’intérieur du personnage une richesse d’esprit et d’émotions qui, même au-delà de sa taille « hors normes », en fait un caractère proprement exceptionnel.

Le roman nous livre les mémoires fictifs de Miss M., légués à Walter Dadus Pollacke (l’un des rares amis qu’a connus notre héroïne) après que celle-ci a été, selon ses propres termes, « appelée ». Ces mémoires s’arrêtent tout spécifiquement sur la période la plus déterminante de son existence, alors qu’elle a vingt ans, « ces douze mois de ma vie les plus mouvementés, les plus heureux, les plus cruels, les plus chers et les plus noirs ». Très tôt, Miss M. connaît l’épreuve de la douleur en perdant, à peu de temps d’intervalle, sa mère et son père. Contre une somme mensuelle perçue sur l’héritage dont elle dispose, elle est logée et nourrie chez Mrs Bowater.

Et pourquoi moi je dois parler comme toi ? Anouk Grinberg (par Cathy Garcia)

Ecrit par Cathy Garcia , le Lundi, 17 Mai 2021. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Anthologie, Le Passeur

Et pourquoi moi je dois parler comme toi ? Anouk Grinberg, octobre 2020, 256 pages, 20,90 € Edition: Le Passeur

 

C’est en puisant, entre autres, dans la Collection de l’Art brut de Lausanne que la comédienne et artiste peintre Anouk Grinberg a pu rassembler tous ces écrits, dits bruts puisque écrits par des personnes internées et considérées comme démentes ou délirantes. Des écrits souvent dessinés aussi car un bon nombre d’entre eux font l’objet d’un graphisme très particulier et c’est pourquoi on trouvera aussi dans cet ouvrage des photos de ce qui forme une œuvre brute complète.

Anouk Grinberg a une histoire avec la folie, avec celle de sa mère dont elle a eu peur et même honte : « Je ne l’ai pas aimée, je n’ai pas réussi. J’étais de la famille humaine qui se détourne ». Ce livre est sa façon de réparer : « Par un grand détour, ce sont ces hommes et ces femmes qui m’ont conduite vers cette mère, cette femme, et si j’ai négligé de son vivant toutes ses lettres affamées, je suis heureuse aujourd’hui d’être passeuse de textes jamais lus ».

Une Épiphanie, Alexis Bardini (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 17 Mai 2021. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Une Épiphanie, Alexis Bardini, Gallimard, mars 2021, 104 pages, 12 €

 

Poème au carré

Le livre d’Alexis Bardini m’a interpellé, autant par le régime poétique de son texte, que par le nombre de réflexions à quoi convie ce recueil. Du reste, l’aspect intellectuel de l’ouvrage prend souvent le dessus, ce qui m’a entraîné, dans ma prise de notes, à revenir davantage sur l’intellection du poète sur son travail, qu’à me concentrer sur une étude musicale de cette herméneutique. C’est en cela que le poème est au carré, multiplié par sa propre substance, sa force. Et dans cette architectonique des vers, il me semble que recueillir le monde dans sa netteté importe moins à A. Bardini que de définir l’acte qui le lie à son énoncé. En un sens, le but latent et supposé en général de l’occupation poétique, celle de rendre acceptable l’univers qui entoure le rédacteur et le lecteur, en passe dans ce livre par une conception du monde comme phénomène de l’écriture, comme si l’écriture enveloppait plus que le simple monde lui-même.

Contagion, Lawrence Wright (par Sylvie Ferrando)

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Vendredi, 14 Mai 2021. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman, Le Cherche-Midi

Contagion, Lawrence Wright, octobre 2020, trad. anglais (USA) Laurent Barucq, 480 pages, 22 € Edition: Le Cherche-Midi

Ne faut-il pas avoir une certaine dose de masochisme pour écrire – et pour lire – un volumineux roman que l’on peut qualifier de « page-turner », dont le thème est une pandémie virale mondiale qui a des répercussions sanitaires, politiques, économiques et bien évidemment familiales pour les personnages de l’intrigue ? Ou, plus sérieusement, se pose la problématique suivante : quel écart d’avec la réalité peut prendre une intrigue qui s’inspire, de toute évidence et par anticipation, d’une situation réelle que l’humanité est en train de vivre, tout en la portant jusqu’à un aboutissement qui ne sera sans doute pas celui que nous connaîtrons ? L’ouvrage est en effet publié en octobre 2020, alors que la planète ne connaissait encore ni la deuxième ni la troisième vague de la pandémie du SARS-CoV-2 et qu’aucun vaccin n’était encore mis sur le marché. La mimesis propre à toute œuvre de fiction est ici très pertinente à étudier.

En temps de pandémie, et alors que l’Occident affronte une troisème vague de recrudescence virale, au cours d’une deuxième année qui s’avère meurtrière bien que portée par l’espoir d’un vaccin, le lecteur suit ainsi, avec un intérêt mêlé d’appréhension, les péripéties de Henry Parsons, épidémiologiste de renom, et de ses collègues, pour comprendre puis remédier à la diffusion exponentielle d’un virus inconnu aux quatre coins de la Terre.

Serge, Yasmina Reza (par Mona)

Ecrit par Mona , le Vendredi, 14 Mai 2021. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Roman, Flammarion

Serge, Yasmina Reza, Flammarion, janvier 2021, 234 pages, 20 €

 

Le rire, les larmes et la judéité

A contre-courant de l’assignation au genre, dans son dernier roman, Serge, Yasmina Reza se met dans la peau des hommes (Serge et son frère, le narrateur) pour nous conter les tribulations de la famille Popper, des Juifs d’origine viennoise avec « un demi-pied dans les milieux avant-gardistes, et un autre (également demi) dans la synagogue ». Ainsi vont défiler le père, Maurice, et ses maîtresses, ses deux fils à la soixantaine, farouches individualistes aux vies sentimentales compliquées : Jean, le narrateur, son ex, Marion l’hystérique, Serge l’infidèle, chassé du foyer par Valentina, l’italienne inflexible. Leur sœur, Nana, l’épouse du gauchiste Ramos, et Serge, s’insultent pour des peccadilles. Tour à tour insolent et extravagant, grave et gai, doux et amer, le roman irrégulier et désordonné dégage une belle énergie avec pour vague intrigue un périple mémoriel à Auschwitz-Birkenau.