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La Une Livres

Ainsi parlait, Georges Bernanos (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Mardi, 08 Octobre 2019. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais, Anthologie, Arfuyen

Ainsi parlait, Georges Bernanos, Dits et maximes de vie choisis et présentés par Gérard Bocholier, août 2019, 152 pages, 14 € Edition: Arfuyen

 

Georges Bernanos (1888-1948) vomit la sagesse, « Il n’est rien de haïssable en l’homme que sa prétendue sagesse, le germe stérile, l’œuf de pierre que les vieillards se passent de génération en génération et qu’ils essaient d’échauffer tour à tour entre leurs cuisses glacées » (n°129), et voilà pourtant – admirablement composé par Gérard Bocholier – un authentique livre de sagesse, car l’effort de sagesse (nous le savons tous par ce qui également nous en sépare !) tient à la puissance de trouver la paix dans la vérité. Car la vérité ne laisse jamais spontanément en paix : elle divise les hommes (puisqu’elle est indifférente aux intérêts subjectifs et à leur conflit) et intimide l’homme (car elle révèle ce qui rend le réel tel, et tranche depuis sa souveraine clarté) ; inversement, la fausseté nous délivre illusoirement de la guerre, car elle distord ou dissimule ce qui pousse invinciblement l’homme à détruire l’homme. Les hommes mentent d’abord par peur du mal qu’ils font ou subissent. « On ne massacre jamais que par peur, la haine n’est qu’un alibi » (n°116).

Quand les voix dansent les cœurs galopent, Cédric Bonfils (par Marie du Crest)

Ecrit par Marie du Crest , le Lundi, 07 Octobre 2019. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Théâtre, Espaces 34

Quand les voix dansent les cœurs galopent, juin 2019, 81 pages, 15 € . Ecrivain(s): Cédric Bonfils Edition: Espaces 34

 

Le dernier texte de Cédric Bonfils se présente comme un recueil kaléidoscopique de 25 formes qui font entendre les voix, les trajectoires humaines, les passages et les traces de destins d’adolescents ou de jeunes adultes. Des monologues, des dialogues, un quatuor, des répliques identifiées, des versets, des distiques, du récit, une strophe… comme autant de recherches pour approcher le réel transfiguré comme si le multiple seul pouvait donner la parole à ces inconnus en partance, à ces exilés aussi de leur langue. Si l’inscription éditoriale du volume annonce des « poèmes dramatiques », formule habitée par tout un pan de l’histoire du théâtre français, il est sans doute plus juste de parler de Théâtre-Poésie : matière langagière et parole articulée se donnant l’une à l’autre. Le titre, Quand les voix dansent les cœurs galopent, n’est-il pas le signe, le signifiant de la phrase-image, d’un proverbe (quand le chat dort, les souris dansent) réinventé et humanisé, premier moment de l’art poétique de l’auteur. La première citation en épigraphe est empruntée justement à l’art poétique de Guillevic.

La science sociale comme vision du monde, Wiktor Stoczkowski (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Lundi, 07 Octobre 2019. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais, Gallimard

La science sociale comme vision du monde, septembre 2019, 640 pages, 26 € . Ecrivain(s): Wiktor Stoczkowski Edition: Gallimard

 

L’anthropologue Wiktor Stoczkowski prouve dans un essai déstabilisant combien Durkheim est le symptôme d’une pensée qui – sous couvert de rationalisme – en devient le contraire. Pour autant, l’auteur de ce brillant essai ne met pas en pièce la pensée de cet « Emile » (très peu rousseauiste) mais uniquement sa manière de forger une idéologie particulière. Elle se fonde contre William James. Leurs deux systèmes ont fondé deux visions opposées de la société. Chez Durkheim, elle devient « neurasthénique proposée par un neurasthénique » Wiktor Stoczkowski, qui par delà le cas précis de l’inventeur de la sociologie offre un point précis sur les sciences sociales naissantes et leurs explications. Elles créent des sortes de théories laïques de salut qui prendront – hélas – toutes leurs forces au XXème siècle en remplaçant Dieu par l’homme rouge ou brun…

Dictionnaire amoureux de l’Ovalie, Daniel Herrero (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Vendredi, 04 Octobre 2019. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais, Plon

Dictionnaire amoureux de l’Ovalie, août 2019, 592 pages, 25 € . Ecrivain(s): Daniel Herrero Edition: Plon

 

« Blanco inventa des trajectoires loufoques qu’il rendit lumineuses sans effort apparent, créa des figures originales comme autant de pieds de nez aux règles du rugby classique et sema le danger aux quatre coins du terrain. Son jeu aux formes inimitables lui valut tous les honneurs et les surnoms les plus flatteurs. Blanco le magicien, l’artiste, le funambule… » Serge Blanco.

Le Dictionnaire amoureux de l’Ovalie ne pouvait être imaginé et écrit que par un troubadour de la langue, un détrousseur de mots, un sudiste, un flibustier des pelouses toulonnaises, un pirate méditerranéen des vestiaires, un jongleur des métaphores et des coups de gueule. Daniel Herrero n’en est pas à son premier essai, la Passion ovale qui l’enflammait sur les terrains et dans les vestiaires, cet Esprit du jeu, où le savoir n’a rien perdu de sa saveur originelle, s’est mué en passion littéraire, et il sait comme d’aucuns faire voler ses phrases comme un ballon, les faire swinguer, leur offrir de réjouissantes métaphores. Daniel Herrero sait tout de ce jeu solaire et terrien, de ce ballon aux rebonds aléatoires, des corps et des cœurs qui chantent.

Les dieux cachés, Olivier Maillart (par Théo Ananissoh)

Ecrit par Theo Ananissoh , le Vendredi, 04 Octobre 2019. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Les éditions du Rocher

Les dieux cachés, janvier 2019, 159 pages, 16,90 € . Ecrivain(s): Olivier Maillart Edition: Les éditions du Rocher

 

Une écriture finement enjouée, deux occurrences de Tintin, la présence de deux chiens dont le narrateur rapporte les « pensées » et les « dialogues », quelques autres personnages tout à fait excentriques dans leur apparence, des lettres anonymes, de petites annonces sibyllines dans le journal local, des rituels très secrets et bien d’autres « ingrédients » qui nous rappellent nos lectures de l’adolescence font penser à un pastiche des romans et albums pour la jeunesse. Erreur. Ou plutôt, si, il y a comme un exercice de cette sorte qui transcende le genre. Et le plaisir de la lecture est précisément dans ce dépassement raffiné qui plonge le lecteur dans quelque chose de familier, d’ingénu presque mais qui est en même temps autre, une simplicité apparente du récit que parsèment pourtant de petits cailloux d’indice d’un second propos discrètement érudit. Les dieux et les sectes qui les honorent sont cachés, et le récit qui énonce tout cela n’est pas complètement à ciel ouvert.