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Chroniques Ecritures Dossiers

"Les incarnations de Jean" dans les récits de Jean Genet

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Lundi, 24 Octobre 2011. , dans Chroniques Ecritures Dossiers, Les Dossiers, Etudes, La Une CED

Jean de Voragine, Saint-Jean d’Arabie ou de Fontevrault, Jean le mystique ou l’Évangéliste, autant de désignations qui peuvent s’appliquer à l’écrivain que Sartre avait surnommé « Saint-Genet ». Saint Genest, comédien martyrisé pour s’être converti, serait-il l’un de ces masques, l’un de ces rôles empruntés par l’écrivain ? Genet ne serait-il pas plutôt un chrétien devenu comédien et surtout poète ? Mais un « chrétien sans Dieu » ? Jean le Baptiste, Saint-Jean contre le dragon, prince Jean devenu Robin des Bois cachant Jeannot l’apache, Jean de la Croix, Divine en terre sainte et en Enfer, autant de figures incarnées par un écrivain véritable Protée qui aura réinventé sa vie dans des récits fabuleux tout en vivant une existence digne d’un roman et qui aura retourné contre elle tous les artifices de la religion, la mettant au service de ses propres légendes, de ses propres mises en scènes.

Dans ses premiers récits, Notre-Dame-des-Fleurs et Miracle de la rose, une sainteté inversée et invertie se dessine. Vita, miracula, passio forment une legenda provocatrice. Réécritures de La Légende dorée, de la Bible ou d’œuvres mystiques montrent à la fois une volonté de profanation de la liturgie, des textes et des dogmes catholiques, et une fascination pour ces derniers, traduite par le désir de créer un récit qui rivaliserait avec ces textes mêlant merveilleux et sacré.

Carnets d'un fou - XII

Ecrit par Michel Host , le Vendredi, 21 Octobre 2011. , dans Chroniques Ecritures Dossiers, Ecriture, Ecrits suivis, La Une CED

Michel HOST

Le 16 octobre 2011


Rétrospectivité / Prospectivité / Objectivité / Subjectivité / Invectivité / Perspectivité / Salubrité


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Un homme aimable est un homme aux idées malsaines.

Swift, Pensées sur divers sujets…


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Souffles 9 - Comment aimer la lecture ?

Ecrit par Amin Zaoui , le Mardi, 18 Octobre 2011. , dans Chroniques Ecritures Dossiers, Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

Souffles in "Liberté"

… Un jeune bien branché m’a posé la question suivante : que dois-je faire pour aimer la lecture ? Une question problématique, embarrassante et dérangeante. Je ne possède pas de réponse, ni pédagogique ni psychologique. En revanche, je lui ai raconté mon cheminement avec les livres et la lecture. À mes yeux, on n’enseigne pas l’amour, ni celui des femmes ni celui des livres, comme on enseigne les mathématiques. Mais on tombe amoureux des femmes et des livres. En réponse à la question : que dois-je faire pour aimer la lecture ? Je me suis interrogé : quand et comment suis-je arrivé à la lecture imaginative et culturelle. Quand et comment suis-je tombé amoureux !? La réponse à cette question n’est pas non plus claire dans ma tête. Certes, cela s’est passé bien longtemps avant d’entamer le chemin de l’écriture. D’ailleurs, l’écriture n’est que l’autre face de la lecture. Durant toute ma vie, scolaire et universitaire, il est sûr que ce que j’ai appris des bibliothèques est plus important que tout ce que j’ai ramassé, pendant de longues années, des bancs d’écoles et d’amphis. Une bonne bibliothèque est meilleure qu’une école. Là où je passais, là où je séjournais, mes lieux préférés étaient les bibliothèques. J’aime les anciennes bibliothèques, avec fonds classiques, ornés de fascinantes éditions marquées par le charme de leurs couvertures artisanales. Les bibliothèques ont leurs odeurs et les bibliothécaires aussi.

L'Arbre aux secrets 11 (chap. XII & Fin)

Ecrit par Ivanne Rialland , le Lundi, 17 Octobre 2011. , dans Chroniques Ecritures Dossiers, Ecriture, Nouvelles, La Une CED

Fin

Rose bat des paupières, regarde autour d’elle, hébétée. Une silhouette blanche à ses côtés s’évanouit dans les airs, avec des nattes brunes, des larmes séchées sur les joues. Rose aussi a pleuré. Elle descend à pas lourds l’escalier.

Elle jette un coup d’œil dans la chambre de sa mère : personne. Elle entend un bruit, en bas : elle descend au salon. Sa mère, une blouse blanche nouée autour de la taille, est debout devant sa table à dessin, une ride profonde barrant son front, un pinceau à la main, de l’encre plein les doigts.

À terre, tout autour d’elle, des feuilles de papier. Une ronde, un arbre grimaçant dans lequel un enfant tombe à la renverse, une petite fille la main sur la bouche, les yeux écarquillés. Partout le même dessin à l’encre, dix, vingt fois répété. Sa mère qui le peint, encore et encore, très vite, à l’encre. Puis le rythme se ralentit. Le pinceau s’attarde sur un détail, un visage, une bouche d’enfant, une branche d’arbre. Il ajoute une ombre, une indication de mouvement… Le décor soudain change : c’est toute la forêt, un renard à la langue pendante à moitié caché derrière un buisson, puis une page d’herbier, avec dans le coin haut de la feuille un château. C’est ensuite une maison tranquille en lisière d’une forêt, un homme jeune encore courbé sur une canne.

A qui appartient Albert Camus ?

Ecrit par Kamel Daoud , le Samedi, 15 Octobre 2011. , dans Chroniques Ecritures Dossiers, Les Chroniques, La Une CED


A qui appartient Albert Camus ? La question est d’un goût éthique douteux et se rapproche plus du partage du gigot d’agneau que du débat sur l’héritage et la naissance d’un univers. Et pourtant cette question est devenue une tradition à chaque cycle de commémoration posthume pour cet immense écrivain sans pays déterminé. A chaque fois qu’il s’agit de parler de cet homme ou de son oeuvre, ici chez nous ou en France, c’est cette question qui est là, en sourdine, en voix off, en sous-entendu. Est-il algérien, franco-algérien rétroactif, français hésitant, pied-noir universel ? Appartient-il au patrimoine algérien de la « diversité » ou à celui de l’immense tradition culturelle française, bien qu’il soit né ici ? Est-il un « universel » ou un cas particulier ? Son oeuvre est-elle algérienne ou française ? Annonce-t-il un pays ou écrit-il un poignant adieu sans fin pour une terre rêvée mais mal partagée ?

Aujourd’hui, même plus de 50 ans après la disparition tragique de cet homme, on en est encore à cet acte notarial et à ce testament non soldé. Le président français veut en faire une « oeuvre positive » française et se hâte de ramasser les cendres de cet écrivain pour les réduire à un acte de nécrophage en les « installant » au Panthéon.