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Chroniques Ecritures Dossiers

Genet ce célèbre inconnu (3), Miracle de la Rose

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Jeudi, 08 Décembre 2011. , dans Chroniques Ecritures Dossiers, Les Dossiers, La Une CED

Miracle de la rose (1946)


Miracle de la rose constitue une plongée dans l'univers pénitentiaire et ce, à double titre : le narrateur de ce récit, autre Jean Genet, relate en alternance ses souvenirs de colon à la Colonie agricole et pénitentiaire de Mettray et ses souvenirs de prison à la Maison Centrale de Fontevrault - prison que le vrai Genet n'a jamais fréquentée. ; L'écrivain se trouvant pour partie à la Santé lors de la rédaction du livre. Le récit oscille sans cesse entre deux types d'écriture : tantôt se rattachant à un discours factuel et autobiographique, le narrateur se livre à une description, neutre, précise des faits et réalités vécus, tantôt il bascule dans la fiction et la poésie, frôlant parfois même le fantastique. Ces deux formes alternent et semblent parfois se fondre pour donner naissance à une nouvelle forme hybride. Les deux épisodes sont fortement reliés par une forme de parenté du crime : les colons constituent en quelque sorte les enfants des criminels de la Centrale, « Fontvrault a ses racines dans le monde végétal de notre bagne d'enfants ». Pour le colon, le criminel endurci est « l'extrême réalisation de lui-même », son « dernier avatar ». Idée qui dénonce le pseudo projet philanthropique de la colonie devenue un véritable bagne pour enfants.

C'est sans compter une dernière strate de l'œuvre : le récit hagiographique de l'exécution de l'assassin Harcamone, considéré comme le seigneur de Fontevrault.

L'Autre

Ecrit par Kamel Daoud , le Dimanche, 04 Décembre 2011. , dans Chroniques Ecritures Dossiers, Ecriture, Nouvelles, La Une CED


L'Autre, j'en ressentais le creux, la trace creuse en moi, le besoin de me mouvoir vers lui, la calcination quand il me brûla ou l'endroit endolori par son arrachement. Brusquement, je me suis senti en déséquilibre, sans l'autre, un peu chancelant dans mon humanité, bref et sans direction dans l'espace quand ce n'est pas une direction vers un visage, tournant dans l'affolement ou en orbite autour d'une énigme. L'Autre n'était pas ma moitié mais mon véritable moi. J'y allais dans toutes les directions, j'y venais, j'en revenais. Tout s'expliquait par mes gestes vers ce centre inachevé quand il n'est pas totalement voulu. Le désir, l'offrande faite au ciel, le sacrifice, l'invention du feu pour deux mains et pas pour une seule, la sexualité qui en était le cri et l'art qui en est le soupir, ou le sens de toutes les rivières du monde qui en sont la confession, la narration, le récit qui vient et s'en va.


Tout était supposition de l'autre, trace de son pas, son bruit dans la nuit ou le jour pas encore déplié du futur. L'autre était mariage, noces, brûlure, feu, flamme, pollen, approches et pattes en fourrure de l'animal prudent qui approche pendant que toute la forêt le regarde avec bienveillance.

Genet, ce célèbre inconnu (2)

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Jeudi, 01 Décembre 2011. , dans Chroniques Ecritures Dossiers, Les Dossiers, Etudes, La Une CED

Notre-Dame-des-Fleurs (1948)

 

Parue en 1944 dans une première édition anonyme, la première œuvre romanesque de Genet nous plonge dans la vie et les pensées d'un narrateur, détenu en 1942 à la prison de la Santé et à Fresnes, et en train d'écrire son livre. S'il s'appelle Jean Genet, il n'est qu'un double fictif de son auteur. Le narrateur se trouve être également un double de Divine et de Divine enfant encore appelé Louis Culafroy dont il prend en charge la biographie ou plutôt l'hagiographie puisqu'il considère que Divine est une sainte. Les événements se trouvent narrés à rebours puisque le roman commence par la mort de Divine. Le récit quitte alors la prison pour plonger le lecteur dans deux univers contrastés : le Paris apache où évolue Divine travesti prostitué et la campagne où vit le jeune Culafroy. La construction de Notre-Dame-des-Fleurs compose savamment avec les caractéristiques respectives de la fiction et de l'autobiographie et procède à de multiples jeux d'enchâssements. La spécificité générique de l'œuvre reste en suspens et le « monde [y] est retourné comme un gant ».

Le narrateur explique que ce livre s'inspire de sa propre vie, mais qu'il est aussi le résultat de ses rêveries et de ses fantasmes de détenu : « A l'aide donc de mes amants inconnus je vais écrire une histoire. Mes héros ce sont eux, collés au mur, eux et moi qui suis là, bouclé. [...] Ce livre ne veut être qu'une parcelle de ma vie intérieure ».

Comment peut-on écrire dans une langue autre que celle de notre maman ?

Ecrit par Amin Zaoui , le Lundi, 28 Novembre 2011. , dans Chroniques Ecritures Dossiers, Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

Chroniques "Souffles" in "Liberté"

Pourquoi est-ce que j’imagine l’Algérie au pluriel : Algéries ? Tout simplement parce qu’elle est capable de parler les langues des oiseaux. Peut-être, parce qu’elle est le pays qui a donné le premier romancier dans l’histoire de la littérature universelle, le Berbère Apulée de Madaure (né vers 125), auteur de L’âne d’or. Parce qu’elle est le pays qui a enfanté saint Augustin (354-430), fils de Souk Ahras (Taghaste) auteur de La Cité de Dieu. Et peut-être parce qu’elle est aussi la terre qui a engendré Si Mohand Ou M’hand (1840-1905), “Amokrane Achchouaâra”, le prince des poètes, Rimbaud Imazighen. Et parce qu’elle est, également, le sol qui a enfanté Kateb Yacine, auteur de Nedjma. Parce que c’est aussi le pays qui a donné le poète Moufdi Zakaria, poète de Qassaman, l’hymne national, décédé en exil chassé par le pouvoir de Boumediene. De tamazight au latin, de l’arabe au français aux dialectes algériens, des mémoires, des textes et des imaginaires consciemment ou inconsciemment traversent l’Algérie puis s’installent dans l’écriture d’aujourd’hui. Dans toutes ces langues des oiseaux, nous sommes propriétaires, locataires, voyageurs, casseurs et joueurs.

Genet ce célèbre inconnu (1)

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Samedi, 26 Novembre 2011. , dans Chroniques Ecritures Dossiers, Les Dossiers, Etudes, La Une CED

« Jean Genet, écrivain multiple »


A l'heure de la célébration et de la consécration, quels sont les lecteurs de Jean Genet ? Que sait-on de cet écrivain polygraphe et insaisissable ? Derrière tous les faux Genet, qui est le vrai Jean Genet, homme et artiste ? Alors que le centenaire de sa naissance donne lieu à de nombreuses manifestations scientifiques, à la parution de revues universitaires dans divers pays, la région du Morvan et bien d'autres localités et institutions se mobilisent pour célébrer son plus turbulent « enfant adoptif ». Or, s'il n'est sans doute pas un écrivain à mettre entre toutes les mains, Genet demeure méconnu du grand public et en définitive peu lu. L'objet de ce dossier est de dresser un panorama de cette œuvre protéiforme et complexe, d'en mettre au jour la richesse et d'offrir à l'écrivain disparu de nouveaux lecteurs prêts à vivre une expérience littéraire unique qui ne saurait les laisser indemnes.

Le public réduit de l'œuvre de Genet s'explique par plusieurs facteurs. Tout d'abord, la légende qui accompagne l'homme et l'écrivain est venue masquer l'œuvre. Enfant abandonné et vagabond livré aux misères du bagne pour enfants, voleur et prostitué errant à travers l'Europe, détenu récidiviste, homosexuel ne cachant pas ses attirances, Genet constitue à lui seul un personnage digne de plus d'un roman et il ne s'est pas privé de mêler dans es premiers ouvrages fiction et biographie, donnant peut-être la part la plus grande au rêve et à la recomposition de son histoire, de ses histoires.