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Cette semaine

La vérité et ses conséquences, Alison Lurie (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Jeudi, 08 Octobre 2026. , dans Cette semaine, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Roman, Rivages poche

La vérité et ses conséquences, Alison Lurie, trad. Virginie Buhl, 320 p., 2026, éd. Rivages poche, 9,50 € Edition: Rivages poche

 

Le désenchantement et la désillusion ont remplacé une certaine insouciance et la vie facile des années 1960 du roman de jeunesse d’Alison Lurie (1926-2020), La ville de nulle part. La romancière américaine situe le récit de La vérité et ses conséquences dans le milieu universitaire. L’on retrouve au fil de sa plume, une critique acerbe du culte des apparences et de ses (funestes) conséquences.

Ici, Alan Mackenzie, spécialiste de renom de l’histoire de l’architecture, « expert mondialement reconnu », est rendu quasi invalide à cause d’un accident. Le corps de désir et de jeunesse s’est transformé en un corps blessé, un corps malade, handicapé. Jane, son épouse, ne reconnaît plus son « prince charmant ». Très occupée par sa mission à l’université, elle évite et évince toute discussion à propos du nouvel état d’infirme de son mari tout en s’occupant de lui comme une infirmière. Obligations qui lui pèsent peu à peu comme une corvée et une servitude. Ce que nous apprend Alison Lurie à propos du couple, c’est sa lente désagrégation jusqu’à la ruine.

La Société protectrice des kaijus, John Scalzi (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Jeudi, 08 Octobre 2026. , dans Cette semaine, Les Livres, Critiques, Science-fiction, La Une Livres, USA, Roman

La Société protectrice des kaijus, John Scalzi, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Mikale Cabon, L’Atalante,/La Dentelle du Cygne, avril 2023, 336 pages, 22,50 €


John Scalzi est un des plus grandes plumes de la science-fiction contemporaine, et le choix de parler de son œuvre au travers d’un seul roman, hors séries, est pénible. Alors, va pour La Société protectrice des kaijus, un roman récent mais aussi un roman qui permet de délimiter un territoire habitable ou non pour certains. Un exemple très simple : quiconque ne sourit pas à la lecture des phrases suivantes peut passer à la critique suivante : « Je soupçonnais la majorité de la faune locale d’évoluer dans la gelée natale, où les grosses bêtes se régalaient des œufs de kaijus avant d’être à leur tour dévorées par des parasites. La Nature aux crocs ensanglantés, comme aurait dit Tennyson. Ou alors le cycle de la vie, comme aurait dit Mufasa. » C’est dommage, car cette phrase montre toute la puissance d’un Scalzi : la capacité à mélanger les genres, à refuser une hiérarchie dans ce qui est désormais notre culture commune. Car oui, tout le monde a vu Star Wars et comprend la référence lorsqu’il est question, supposément au Groenland, de se glisser dans un tauntaun en cas d’égarement dans le froid, et tout le monde sourit, complice, lorsque Scalzi résume la description d’un kaiju à cette formule extraordinaire : « Ce bestiau ressemble à une crise de panique de H. P. Lovecraft. »

Purge (Puhdistus), Sofi Oksanen (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 07 Octobre 2026. , dans Cette semaine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays nordiques, Roman, Le Livre de Poche, En Vitrine

Purge (Puhdistus), Sofi Oksanen, 2008, traduit du finnois par Sébastien Cagnoli, Stock (puis Livre de poche 420 p.) . Ecrivain(s): Sofi Oksanen Edition: Le Livre de Poche

 

Ce roman, au-delà des souffrances subies par ses héroïnes, est un chant de plainte, un lamento universel dédié aux femmes, aux douleurs que l’Histoire et les hommes leur font vivre et à la force inouïe qui les fait survivre et rester debout.

Il faut dire que l’Estonie, le pays de ce roman et (presque) celui de son auteure finlandaise (dont la mère est estonienne), a été longtemps une terre-martyre, occupée par l’URSS qui y a fait régner un régime de terreur dès 1940, avec une parenthèse nazie tout aussi terrible entre 1941 et 1944, et qu’en termes de lieu de douleur on ne peut hélas trouver d’écrin plus propice.

Purge va conjuguer, jusqu’à l’intolérable, les misères de l’Histoire et les misères de la vie de deux femmes qui semblent porter sur elles, à deux générations d’écart, tout ce que le ciel a pu imaginer de pire. Ce roman interroge la collaboration, la jalousie, la honte et la survie dans un pays occupé, en faisant de la mémoire féminine, celle d’Aliid et de Zara, un contre‑récit aux histoires officielles de la guerre.

L’Erotisme de vivre, Alice Mendelson (par Marjorie Rafécas Poeydomenge)

Ecrit par Marjorie Rafécas-Poeydomenge , le Mercredi, 07 Octobre 2026. , dans Cette semaine, Les Chroniques, La Une CED

L’Erotisme de vivre, Alice Mendelson, 2025, 146 pages, 10,80 €


Loin de la laideur inhumaine d’Auschwitz, L’érotisme de vivre est une poésie de la survie : savoir se contenter d’être toujours en vie, alors que tant d’autres n’ont pas eu cette chance. La poésie a-t-elle le pouvoir de redonner le goût de la vie ? Lorsqu’on lit Alice Mendelson, on ressent une si puissante fureur de vivre, au-delà des étoiles et des océans, que l’on ne peut que s’incliner face à un tel élan vital.

C’est grâce à Catherine Ringer (auteure-interprète du groupe mythique Les Rita Mitsouko) que les rimes punchlines d’Alice ont été mises sous les projecteurs, telles que « ne jamais bâcler de vivre » ou encore « pour bien vieillir, il est bon d’avoir le vice de la joie ». Alice Mendelson écrit à la manière de Jacques Prévert, et aime autant les mots que la crème pâtissière… Après avoir été dans la Résistance, Alice est devenue une professeure de lettres modernes passionnée et a animé, à la retraite, des ateliers d’écriture.

Bien-être, Nathan Hill (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Mardi, 06 Octobre 2026. , dans Cette semaine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman, Folio (Gallimard)

Bien-être, Nathan Hill, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Nathalie Bru, Folio, avril 2026, 800 pages, 12 € Edition: Folio (Gallimard)


Le roman Bien-être de Nathan Hill s’amuse des représentations, s’amusent des histoires que nous nous racontons pour exister – et parfois disparaître. Et l’auteur semble résumer son intention et sa façon de faire par ce paragraphe introduisant sa riche bibliographie, choix éditorial honnête si l’on y pense à deux fois : " j’aimerais lancer un merci général à tous les psychologues, sociologues, neurologues, biologistes de l’évolution, économistes, sexologues, thérapeutes, philosophes, médecins, experts en mégadonnées et tous les autres encore qui travaillent si dur à comprendre de quoi sont faites nos têtes étranges, indisciplinées, miraculeuses et bordéliques. "

Il aurait pu, voire dû ajouter à sa liste des spécialistes de nos esprits en désordre les plus grands auteurs, tous siècles confondus. En fait-il partie ? Ça reste à voir, puisqu’il n’en est qu’à son second roman et que celui-ci n’a pas l’aspect à la fois novateur et perturbateur de premiers ou seconds romans tels que La Conjuration des imbéciles ou Le Seigneur des porcheries – de toute façon, il ne boxe pas dans la même catégorie : Hill est du côté d’une littérature qu’on pourrait qualifier de « sociologique », il se pose en observateur relativement neutre d’un microcosme à la croisée de deux univers, celui de l’art et celui de la psychologie, et bien plus encore, le tout avec un style plaisant, techniquement imparable et donnant envie de tourner la page. Mais si l’on revient à cette bibliographie et ces remerciements, on comprend de suite la caractéristique principale de Bien-être : c’est un roman hyper-documenté, où la fiction, l’histoire racontée, prend appui sur le réel, sur des faits avérés, d’où un style parfois clinique, un peu à la Tom Wolfe. C’est un constat, pas un reproche – même si d’aucuns ne manqueraient pas de lui en faire procès.