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Amérique Latine

Sept façons de tuer un chat, Matías Néspolo

Ecrit par Cathy Garcia , le Dimanche, 10 Juin 2012. , dans Amérique Latine, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Thierry Magnier

Sept façons de tuer un chat, trad. de l’espagnol (Argentine) par Denise Laroutis, 2012, 254 p. 22,30 € . Ecrivain(s): Matias Nespolo Edition: Thierry Magnier

 

Cette histoire est un premier roman plutôt réussi. Un récit nerveux, sec, dense et noir, qui laisse peu de place à la respiration, très vivant aussi grâce aux très nombreux dialogues dans lequel le traducteur retranscrit le style et le ton du lunfardo, l’argot de Buenos Aires. Le Gringo celui qui raconte et Chueco, le Tordu, son copain d’infortune, sont deux adolescents, mais l’âge ici a peu d’importance, on vit vite et on meurt tôt dans ce bidonville en périphérie de la capitale argentine. L’existence est un rouleau compresseur, misère, violence, corruption en guise de sainte trinité, et toute tentative pour sauter hors du bocal est vouée à l’échec. Pas d’espoir pour ceux et celles qui sont nés du mauvais côté, parents perdus très vite, la petite rapine de survie quand elle ne conduit pas au trou, mène en chute libre dans la guerre des dealers. Chueco le Tordu n’y échappera pas. L’amitié ici est fragile, à la merci de n’importe quelle trahison et l’amour n’y a pas sa place. Même sur le point de passer son bac, la jeune Délia dont Le Gringo est amoureux, n’échappera pas au droit de cuissage de Jetita, un chef de gang. Le trottoir et les coups sont la destination souvent finale des filles et femmes de ces quartiers. Drogues, alcool sont les seules et illusoires portes de sortie de cet enfer et Mamina, une vieille, pauvre mais courageuse femme, tente de redonner un peu de dignité à ces gamins de la rue en les recueillant et les élevant comme elle peut.

Un voyou argentin, Ernesto Mallo

Ecrit par Yan Lespoux , le Dimanche, 22 Avril 2012. , dans Amérique Latine, Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, Roman, Rivages/noir

Un voyou argentin, trad. de l’espagnol (argentin) par Olivier Hamilton, Mars 2012, 239 p. 8 € . Ecrivain(s): Ernesto Mallo Edition: Rivages/noir

Deuxième volet de la série consacrée au policier Perro Lascano, Un voyou argentin fait suite à L’Aiguille dans la botte de foin, publié en France en 2009, qui s’achevait sur le meurtre putatif du héros.

L’officier de police Perro Lascano revient donc ici littéralement d’entre les morts dans une Argentine du début des années 1980, à peine sortie de la dictature, où la jeune démocratie peine encore à se frayer un chemin. C’est dans cette période trouble, dans une Buenos Aires où le passé traîne à chaque coin de rue que Lascano tente de mettre la main à la fois sur Topo Miranda, braqueur de banque, et son amour disparu, Eva, tandis qu’un jeune procureur déterminé qui compte aussi sur son aide voudrait faire tomber quelques anciens membres de la junte.

Roman choral tant du fait de l’utilisation d’un nombre assez important de protagonistes que de la variété des thèmes abordés, Un voyou argentin condense mille histoires en un peu plus de deux cents pages. Les périodes de transition démocratiques dans des pays qui s’extraient de la dictature sont en effet propices au développement de ce genres d’intrigues, mêlant les destinées personnelles parfois fulgurantes à la lente mise en place d’un processus où l’idéalisme et les grands principes côtoient désir de revanche, débrouille face à une situation économique compliquée et amnésie volontaire.

Apportez-moi Octavio Paz, Federico Vite

Ecrit par Yan Lespoux , le Mardi, 17 Avril 2012. , dans Amérique Latine, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Moisson Rouge

Apportez-moi Octavio Paz, (Fisuras en el continente literario, 2006), trad. de l’espagnol (mexicain) par Tania Campos, Juin 2011, 112 p. 10 € . Ecrivain(s): Federico Vite Edition: Moisson Rouge

Le petit Rogelio a été retrouvé mort dans la salle de bain de la maison familiale. Sa mère, Nadia, immigrée yougoslave et veuve est bien entendu la première suspecte. Chargé de l’enquête, le commandant Ojeda trouve que cette affaire pourrait être l’occasion d’écrire enfin le roman dont il rêve depuis toujours d’être l’auteur. Ni une, ni deux, il se tire donc une balle dans le pied afin de pouvoir travailler tranquillement à son chef-d’œuvre en pillant les grands auteurs de sa bibliothèque. Son remplaçant, quant à lui, aura besoin, pour clore rapidement l’enquête, qu’Ojeda signe ses conclusions et les aveux des suspects extorqués sous la torture. Pour Ojeda, qui prend conscience de son incapacité à écrire aussi bien qu’il le voudrait, c’est l’occasion de demander une faveur en échange : faire enlever et lui apporter à son domicile le prix Nobel mexicain de littérature Octavio Paz.

Très court roman de moins d’une centaine de pages, Apportez-moi Octavio Paz tient autant du roman noir que de la fable philosophique. Comme ses pairs Paco Taïbo, Gabriel Trujillo Muñoz, Martin Solares ou Guillermo Arriaga, l’œuvre de Federico Vite fait son nid dans l’épais matelas de corruption, de faux-semblants, de collusion et d’incompétence sur lequel repose en grande partie la société mexicaine contemporaine.

Berazachussets, Leandro Avalos Blacha

Ecrit par Yan Lespoux , le Vendredi, 30 Mars 2012. , dans Amérique Latine, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Asphalte éditions

Berazachussetts. Trad. de l’espagnol (argentin) par Hélène Serrano. 185 p. 16 €. Octobre 2011 . Ecrivain(s): Leandro Avalos Blacha Edition: Asphalte éditions


Difficile de résumer l’intrigue de ce roman. On se contentera de dire qu’à Berazachussets, sorte de Buenos Aires fantasmagorique, traînent des zombies amateurs de bière et des Misfits, des jeunes riches désœuvrés qui tournent des snuff-movies, des petites garces paralytiques qui font dans le chantage, des institutrices retraitées nymphomanes, et que, bien entendu, on ne décore pas la ville avec des jardinières mais avec des vitrines réfrigérées abritant des pingouins.

Il va sans dire que Leandro Ávalos Blacha nous propose là un roman détonnant, complètement loufoque et un rien foutraque. La critique enthousiaste – espérons-le pour l’auteur et son éditeur – aura sans doute tôt fait, c’est à la mode dès qu’un roman sort des sentiers battus et semble de prime abord n’avoir ni queue ni tête, de le comparer à un film de Tarantino ou de Roberto Rodriguez. Ce ne serait pas forcément lui faire honneur.

Piercing, Viviana Lysyj

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Samedi, 30 Juillet 2011. , dans Amérique Latine, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Le Serpent à plumes

Piercing, traduit de l’espagnol (Argentine) par Henri Müller, 2011, 279 p. 22 €. . Ecrivain(s): Viviana Lysyj Edition: Le Serpent à plumes


Piercing nous emporte au cœur d’une famille argentine dans une fresque sensuelle et féroce. Toutes les générations y sont confrontées aux questionnements, aux déboires et aux plaisirs d’une sexualité qui se plaît à dévoiler la vérité des êtres. La petite part à la découverte des mystères du baiser, la grande explore d’autres territoires en compagnie d’un amoureux ou d’un inconnu. La mère et le père soignent leur crise de la quarantaine par de brèves liaisons. Tantes et oncle touchent aux limites de leurs choix : virginité à trente ans, impossibilité de garder un amant…

Chacun s’embarque pour un voyage initiatique où les réponses s’esquissent dans l’écoute du corps, dans l’émergence du désir, dans le lâcher-prise. Que trouve-t-on au bout de cette quête ? Un baiser avec piercing ou un fabuleux œuf de dinosaure.