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Roman

Le tiers temps, Maylis Besserie (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Mardi, 25 Février 2020. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gallimard

Maylis Besserie, Le tiers temps Edition: Gallimard

 

Dans ce premier roman défile les épisodes qui ont marqué l'existence et sa vie quotidienne au "Tiers-Temps" maison de retraite de XIVème arrondissement où Beckett attend la mort entouré de femme et en regardant la télévision pour laquelle il aura donné des pièces mémorables ("Quad", "Nacht und Traume", "Trio du Fantôme", "...Quoi Où..."entre autres).

Contrairement à ses héros, Beckett ne va plus avoir longtemps à attendre la fin. L'auteur de Godot est au bout du bout dans ce texte émouvant. Existe soudain le verdict auquel personne n'échappe. Il ne s'agit plus de passer sous silence mais de passer au silence en faisant suite au mot ravalé de Mallarmé.

Dans "L'innommable" il était encore question de "dire des mots tant qu'il y en a" mais tout se referme. Beckett a fait la paix avec sa mère comme le héros de Molloy qui disait ; "Je ne lui en veux pas trop à ma mère. Je sais qu'elle fit tout pour ne pas m'avoir, sauf évidemment le principal, et si elle ne réussit jamais à me décrocher, c'est que le destin me réservait une autre fosse que celle de naissance. Mais l'intention était bonne et cela me suffit".

Histoire d’une baleine blanche, Luis Sepúlveda, Joëlle Jolivet (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Vendredi, 14 Février 2020. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Arts, Métailié

Histoire d’une baleine blanche, Luis Sepúlveda, Joëlle Jolivet, septembre 2019, trad. espagnol (Chili) Anne-Marie Métailié, 118 pages, 12 € . Ecrivain(s): Luis Sepulveda Edition: Métailié

 

« Si l’art est une force digne de respect, même aux yeux de ceux qui ne s’y intéressent pas, c’est en partie à cause de la facilité avec laquelle le mythe avale la vérité… sans le moindre rot d’indigestion ». La formule de Stephen King manque sans doute d’élégance, mais elle n’en est pas moins exacte. Herman Melville n’a inventé ni les baleines, ni les histoires de chasse à la baleine. Il a même placé au début de Moby-Dick, en une satire à la fois mordante et mélancolique de l’érudition, un florilège de citations anciennes et modernes, de la Bible à Darwin, en passant par Montaigne, Milton et Cuvier. Melville n’a pas davantage inventé le cachalot blanc : comme dans la plupart des espèces animales, les albinos sont rares (a-t-on jamais observé des gorilles blancs ?) ; cependant ils existent. En revanche, Melville a tiré de cette singularité naturelle et des vieux récits de chasse un roman d’une rare puissance, mais dont la postérité fut ténue (on ne recense pas les versions de Moby-Dick comme celles de Don Juan et, malgré les progrès accomplis par les effets spéciaux, le cinéma en est pour le moment resté au film de John Huston).

L’inconnue, Intissar Haddiya (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux , le Vendredi, 14 Février 2020. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Maghreb

L’inconnue, Intissar Haddiya, éditions St Honoré Paris 2019 . Ecrivain(s): Intissar Haddiya

 

Quelle est donc « l’inconnue » d’Intissar annonçant, dès le début de son roman, un veuvage dans une solitude forcée, cette solitude sociale s’accompagnant d’injustice matérielle et consécutive à un décès de l’époux suivant les lois en vigueur dans le pays concerné, son physique atteint parlant pour elle « Son sourire creusa des rides encore plus profondes. Sa peau ressemblait à un sol aride, à l’affût de quelques précieuses gouttelettes d’eau. Quelques années plus tôt, cette pensée aurait été une blessure à son ego de femme accomplie » ?

On frise, pour Layla, héroïne du roman, l’étrangeté annonciatrice, une amie voyante, Yvonne, suscitant l’intrigue d’un « changement de vie ». Ne nous sommes-nous pas déjà, alors, dans le roman, à une intrigue à plusieurs…inconnues ?

L’intrigue va crescendo, avec, pour Layla, la découverte d’un bébé sur le pas de sa porte.

Les Cerfs, Veronika Mabardi (par Delphine Crahay)

Ecrit par Delphine Crahay , le Jeudi, 13 Février 2020. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Les Cerfs, Veronika Mabardi, Esperluète éditions, 2018, 154 pages, 18 €

 

Les voies du silence

Blanche vient de perdre sa mère et la parole – comment parler encore la langue maternelle quand celle qui l’incarnait s’est tue à jamais ? Impuissant, à bout de ressources et d’énergie, son père refuse pourtant d’abandonner sa fille et sa fêlure à l’institution médicale. Alors, sur la foi de recommandations amies, il la confie à Annie, une jeune femme à « la patience d’ange » qui habite une petite maison à la campagne, à l’orée d’un bois, où l’enfant redevenue infans passera une longue et lente convalescence.

C’est d’une voix douce et pénétrante que Veronika Mabardi conte cette histoire de deuil, de silence, de résilience et d’amour. Quelques mots, quelques phrases, et nous sommes captifs de sa parole vive et claire, de cette parole qui tantôt s’égoutte en phrases brèves et simples, tantôt coule en phrases longues et fluides. Nous sommes séduits par cette écriture sobre et dense, qui montre sans afféterie les gestes du quotidien et de l’affection, ceux qu’on pose et ceux qu’on retient ; qui donne corps et vie aux objets et aux lieux ; qui dit sans emphase les sentiments, ceux qui naissent et ceux qui mûrissent, ceux qui consolent et ceux qui déchirent.

September September, Shelby Foote (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 11 Février 2020. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Gallimard

September September, Février 2020, traduit de l’américain par Jane Fillion, traduction révisée par Marie-Caroline Aubert. 431 p. 21 € . Ecrivain(s): Shelby Foote Edition: Gallimard

 

Ce roman du grand Shelby Foote, son dernier roman en date de 1978, a été publié pour la première fois en français sous le titre de « Septembre en noir et blanc », traduit par Jane Fillion pour les éditions 10/18 en 1985. Il est réjouissant de voir ce bijou réédité par Gallimard/La Noire, avec la traduction de Jane Fillion toujours, revue et corrigée par Marie-Caroline Aubert.

 

Décidément, Shelby Foote ne fait rien comme aucun autre écrivain. Dans ce roman, il s’attaque au genre « polar » mais aucun des codes connus de ce genre ne sont ici appliqués. Si bien que, si ce livre est un polar, alors tous les polars n’en sont pas. A travers l’intrigue qui tient September, September Foote va décliner toutes ses obsessions : le Sud bien sûr, son histoire, ses démons, les rapports entre blancs et noirs, la dérive des petits blancs pauvres vers le crime, les rapports sulfureux entre hommes et femmes et, toujours, en fond de tableau, l’Histoire des USA, la monographie du Delta, la mythologie sudiste.