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Poésie

Des liens invisibles, tendus / Taut, invisible threads, Dara Barnat

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 16 Janvier 2015. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Recours au poème Editeur

Des liens invisibles, tendus / Taut, invisible threads, recueil bilingue, poèmes traduits de l’anglais (Israël) par Sabine Huynh, 114 pages, 8 € . Ecrivain(s): Dara Barnat Edition: Recours au poème Editeur

 

Dara Barnat : Jamais ne faire fi

 

Composer une poésie qui puisse tout à la fois embrasser l’Histoire et la vie de chacun, avec ses petitesses et ses grandeurs, avec ses pleins et surtout ses manques chantants.

Composer une poésie qui soit à même de faire que les gens se tutoient sans malice, avec douceur, au plus profond d’eux-mêmes ; chacune d’elles, chacun d’eux.

Composer une poésie qui, ce faisant, n’oublie jamais, jamais, de prendre en compte les frémissements de l’Histoire et du temps. Et ce en donnant une place capitale au rythme, à la pulsation des vers sur la page, grâce à l’utilisation qui est faite du blanc, à la pulsation du sens dans nos vies, grâce à la découpe subtile des vers.

Faux Partir, Patrice Maltaverne

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Samedi, 20 Décembre 2014. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Faux Partir, Recueil de poèmes, éd. Le Manège du Cochon Seul [Nevers], septembre 2014, 60 pages, 9 € . Ecrivain(s): Patrice Maltaverne

 

Rien ne sert de courir : il Faux Partir. A point, mais Partir.

Par quelles voies, par quels chemins ? Suivant quelles voix ?

Si un recueil de Patrice Maltaverne s’annonce comme une invitation à un voyager vrai (cf. Préface Pierre Bastide pour Faux Partir) c’est que l’on sait que ses poèmes sont bons compagnons de voyage. Et si Faux Partir résonne – avec son titre comme d’injonction – avec une poésie particulière, c’est que l’on sait que celle de Maltaverne tient la route et que le recueil ne manquera pas de dépaysements.

Dépaysements salvateurs ou salutaires, avec bien des retours, de beaux arrêts sur images, moteur puissant en marche, et pour notre bel enthousiasme reconduit, le transport poétique garanti ! Grâce au poète passeur qui nous ouvre dans ce Faux Partir des chemins poursuivis en quatre-quatre (suite de poèmes composés pour chacun de 4 quatrains), ouverts sur l’inconnu après que la voie droite a été perdue,

Avec vous ce jour-là/Lettre au poète Allen Ginsberg, Sabine Huynh

Ecrit par Marie-Josée Desvignes , le Vendredi, 19 Décembre 2014. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, Livres décortiqués, La Une Livres, Correspondance, Recours au poème Editeur

Avec vous ce jour-là/Lettre au poète Allen Ginsberg, Sabine Huynh, novembre 2014, 87 pages, 7 € . Ecrivain(s): Sabine Huynh Edition: Recours au poème Editeur

C’est une longue lettre datée du 1er juillet 2014 que Sabine Huynh adresse à Allen Ginsberg. Une lettre à un destinataire qu’elle a eu la chance de rencontrer quatre ans avant sa disparition. Ce n’est pas une lettre ordinaire. Ce texte, comme elle le dit elle-même, est une « lettre-essai-confession-commentaire », mais elle est bien plus que ça, on s’en rend très vite compte. C’est une lettre écrite pour être donnée au monde, lancée dans l’univers avec amour, admiration et le profond besoin de partager ce sentiment d’appartenir à une même communauté d’âme, qui d’emblée s’ouvre sur ces mots : Cher Allen Ginsberg. Merci d’avoir écrit et se termine sur les mêmes. Une lettre qui peut se lire comme une déclaration d’amour et qui prouve s’il fallait encore le redire combien l’écriture se transporte au-delà de nos vies et de celles de nos auteurs disparus, qui rappelle combien les mots peuvent être salvateurs, comment l’écriture, la poésie, la littérature, nourrissent et guérissent parfois. Et, c’est bien de cela qu’il s’agit, Sabine Huynh réussissant ainsi à relier Allen Ginsberg à tous ceux qui ont été un jour transportés comme elle par l’œuvre de ce grand poète « juif, américain, homosexuel, russe… athée, pacifiste, bouddhiste, chanteur, musicien et davantage… Abondance de talents, personnalité multitudinaire, homme extraordinaire… » et tous les autres qui le découvriront.

Je sors enfin du Bois de la Gruerie, Jacques Darras

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mercredi, 03 Décembre 2014. , dans Poésie, Les Livres, La Une Livres, Arfuyen

Je sors enfin du Bois de la Gruerie, mars 2014, 224 pages, 14 € . Ecrivain(s): Jacques Darras Edition: Arfuyen

 

 

Mémoire. Individuelle. Collective. Souvenir des disparus, des blessés de la Guerre de 14-18, déroulé sur le parchemin sauvegardé de l’Histoire, des commémorations. 2014, Centenaire du déclenchement de la Grande Guerre. Départs-bleuets, départs-coquelicots. Centenaire qui ravive les traces, pour que ne se referme sur elles le silence de l’oubli. Livres qui tentent de restituer cette mémoire. Livre de Jacques Darras qui le tente, par l’outil-poème. Ici dans la cadre de l’exposition « 1914 : la mort des poètes », organisée pour la réouverture de la Bibliothèque Nationale Universitaire de Strasbourg (BNU) en octobre 2014 et conçue autour de trois grandes figures de poètes européens morts sur le front durant la guerre de 14-18 : le poète alsacien (considéré alors comme allemand) Ernst Stadler, son ami le poète français Charles Péguy et le poète anglais Wilfred Owen.

La Patagonie, Perrine Le Querrec

Ecrit par Cathy Garcia , le Mardi, 25 Novembre 2014. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Carnets du dessert de lune

La Patagonie, préface de Jean-Marc Flahaut, novembre 2014, 103 pages, 13 € . Ecrivain(s): Perrine Le Querrec Edition: Carnets du dessert de lune

 

Lire Perrine Le Querrec c’est prendre un risque, prendre le risque de se faire engloutir. Les mots ici deviennent matière, tantôt gluante, paralysante, tantôt rêche, étrangleuse, tantôt lourde, étouffante, tantôt acérée, tranchante, de la matière sombre, grouillante et tremblante, puis soudain ils ont des ailes et tentent de s’échapper vers la lumière. Vers la Patagonie.

Ou bien ils s’écrasent. La pâte-agonie.

Il y est question d’enfance, de violence, de peur et de désespoir ravalés, d’extrême solitude. « Son enfance sent toujours le carnage ». Quelque chose qui ne se voit pas de l’extérieur, quelque chose que l’on peut trimballer en soi toute une vie, qui nous dévore de l’intérieur et personne ne s’en aperçoit. Personne ne s’en est jamais aperçu. Alors les mots tentent de donner consistance à cette grande béance, de faire apparaître l’indicible, l’invisible, tentative qui elle-même écartèle : faire à la fois apparaître et disparaître à jamais. Fuir. « Il ne faut pas fermer la porte mais la claquer derrière soi et partir pour toujours ».