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Poésie

Saisons régulières, Roland Tixier

Ecrit par Martine L. Petauton , le Samedi, 25 Octobre 2014. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Le pont du change

Saisons régulières, juillet 2014, 69 p. 12 € . Ecrivain(s): Roland Tixier Edition: Le pont du change

 

La Cause Littéraire a déjà eu le plaisir de recenser deux autres opus de Roland Tixier ; celui qui marche dans la ville en poétisant, si joliment, comme si de rien n’était. Deux bijoux : Le passant de Vaulx-en-Velin et Chaque fois l’Éternité*.

Ce petit livret-là n’échappe pas à la règle. Un bonheur pour jours ordinaires où ça va pas toujours fort. Un remède de poète pour mal-être peu bruyant de chacun, là, dans la société du bas des villes.

Des tercets de tous les jours, qu’on s’approprie, familiers, mais, que personne au bout ne saurait écrire comme Tixier, lui, le sait. C’est ce qui fait le précieux de la chose : de l’ordinaire, du banal, en paquet-cadeau – royal.

De tout petits vers de ville – celle de tout le monde, ni touristique, ni extraordinaire, où marche celui qui parle ; regarde, sent, sourit ou mélancolise. D’un bout de l’an à l’autre, en ce climat plutôt médium de ces régions peri-lyonnaises où se pose le recueil. Des Haïkus – on pense forcément à cette versification japonaise donnant le ressenti des saisons – mais cuisinés à la manière d’ici, avec cette robustesse lyonnaise, et ce goûteux, les pieds sur terre.

Un éblouissement sans fin. La poésie dans le soufisme, Eric Geoffroy

Ecrit par Marc Michiels (Le Mot et la Chose) , le Samedi, 18 Octobre 2014. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Seuil

Un éblouissement sans fin. La poésie dans le soufisme, préface du Cheikh Khaled Bentounes, septembre 2014, 368 p. 21 € . Ecrivain(s): Eric Geoffroy Edition: Seuil

 

« Tu es à jamais voyageur, de même que tu ne peux t’établir nulle part », Ibn ‘Arabî

 

Eric Geoffroy est un islamologue arabisant à l’Université de Strasbourg. Il enseigne également à l’Université Ouverte de Catalogne, et à l’Université Catholique de Louvain. Spécialiste du soufisme et de la sainteté en Islam, il travaille aussi sur la mystique comparée, et les enjeux de la spiritualité dans le monde contemporain. Il a publié neuf ouvrages, plusieurs de ses ouvrages sont traduits en différentes langues.

Le dernier ouvrage d’Eric Geoffroy, Un éblouissement sans fin. La poésie dans le soufisme, publié dans la collection Les Dieux et les Hommes aux éditions du Seuil, est un livre évènement pour qui sait faire abstraction à une actualité anxiogène et guerrière. L’ouvrage dévoile les tissus du corps noir de l’ignorance ; il apporte ainsi lumière, connaissance, esprit et poésie du langage et du patrimoine spirituel du monde musulman.

Lettre à l’absence, Patrice Maltaverne

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Samedi, 18 Octobre 2014. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Lettre à l’absence, éditions La Porte, 2014 . Ecrivain(s): Patrice Maltaverne

 

Publié par la micro-maison d’édition La Porte, laquelle édite des petits livres de quelques 16 pages, cousus main et numérotés à 200 exemplaires, le recueil de Patrice Maltaverne, Lettre à l’absence, signe par ses mots suggestifs traversés d’images éloquentes un bel ouvrage. Ce recueil de Maltaverne déjà interpelle par sa différence par rapport aux écrits précédents du revuiste dirigeant depuis de belles années le poézine Traction-Brabant. Ses distiques et sa composition presque classique pausent un instant d’étonnement.

Avant que le lecteur emboîte dans la foulée le pas de Maltaverne, la route vient nous happer & nous engouffrer dans ses trouées de lumière & de solitudes

/ nous projeter du haut de nos fourmilières vers ces prés de bitume où la foule avance, clé d’appoint dans le dos / pour s’aligner sur un quotidien pris en flagrant délit de banalité s’il n’électrocute pas les passants / qui ne font qu’y passer.

Je te vois, Murièle Modély

Ecrit par Cathy Garcia , le Vendredi, 17 Octobre 2014. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Je te vois, Ed. du Cygne, septembre 2014, 112 pages, 13 € . Ecrivain(s): Murièle Modély

 

Le couple, « nous sommes ensemble et seul », colonne vertébrale de ce recueil, qui vient prendre et surprendre le lecteur, comme sait si bien le faire Murièle Modély avec cette langue et ce style bien à elle.

Dans Je te vois, il est question du corps, des mots, des maux du corps et du corps des mots dans l’aquarium du couple. Et donc de sexe forcément, presque un acte de survie, pour faire taire un temps les angoisses, pour que la tête se taise et que l’animal en nous, « nos dents crissent nos mains aboient », fasse obstacle et contrepoids, le temps d’une rupture de conscience, à la banale horreur du monde, « ce rat crevé qui soubresaute ».

« je ne suis pas la première/à vouloir que le noir/m’arrache les cheveux/et le cuir/et le crâne/et les lobes/et les yeux/à vouloir que la baise/me fasse sentir mieux ».

Péguy en la Pléiade - Œuvres poétiques et dramatiques, Charles Péguy

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 09 Octobre 2014. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, Livres décortiqués, La Une Livres, La rentrée littéraire, Théâtre, La Pléiade Gallimard

. Ecrivain(s): Charles Péguy Edition: La Pléiade Gallimard

 

Œuvres poétiques et dramatiques, Charles Péguy, nouvelle édition sous la direction de Claire Daudin, avec la collaboration de Pauline Bruley, Jérôme Roger et Romain Vaissermann, Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, n°60, 18 septembre 2014, 1888 pages

 

« La postérité retient parfois de Péguy l’efficacité du polémiste, le prophétisme du philosophe de l’Histoire, le moraliste aigu, l’anarchiste irréductible ou le socialiste humaniste et, d’une manière peu discutée, le patriote martyr. Mais le poète, le connaît-on vraiment ? », s’interrogent les éditeurs.

L’on aurait envie d’ajouter ici : peut-on seulement le connaître ? En effet, Péguy se tient tout entier reclus (reclus pour être découvert) dans ses contrastes, dans la façon qu’il a de prendre la fuite face à la saisie que l’on pourrait opérer – saisie sans cesse recommencée – et du sens et de la musique que ses longues pièces jettent à la vue et à l’oreille. En effet, ses « Dialogues ne sont pas des dialogues, ses Notes n’ont rien de superfétatoire, ses Mystères gardent leur mystère, ses Ballades nous égarent, et nul ne sait vraiment ce que sont ses Tapisseries… »