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Les Livres

La mort sur ses épaules, Jordan Farmer (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Vendredi, 18 Février 2022. , dans Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, Roman, Rivages/noir

La mort sur ses épaules, Jordan Farmer, janvier 2022, trad. anglais (USA) Simon Baril, 350 pages, 20 € Edition: Rivages/noir

 

La coopération entraîne a fortiori l’assistance, mais elle est bien plus et, par conséquent, autre chose que l’assistance

(Eugène Trébutien, Cours élémentaire de droit criminel, Paris, Auguste Durand, 1854)

 

Les récidivistes

Dans La mort sur ses épaules, il ne reste presque plus rien de l’American way of life et du Home, Sweet Home (Foyer, doux foyer). Seulement un paysage sinistré et apocalyptique de l’arrière-pays américain et de ses laissés-pour-compte. Le boom économique des années 60 a fait place à une misère innommable à Lynch, petite ville d’un état enclavé et montagneux de la Virginie-Occidentale, dont la principale ressource venait des mines de charbon bitumeux, jadis un fief du mouvement ouvrier.

« Les mines fermaient les unes après les autres et (…) dans dix ans, on ne verrait plus la moindre voiture par ici. La forêt reprendrait ses droits et recouvrerait l’asphalte ».

S’il fallut un jour la guerre, Anne Brousseau (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Vendredi, 18 Février 2022. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Poésie

S’il fallut un jour la guerre, Anne Brousseau, éd. La Tête à L’envers, décembre 2021, 58 pages, 15 €

 

Un soldat rentre des combats. Chez lui. Il y retrouve sa maison, sa femme, son jardin. Il doit s’épouiller de toute la noirceur qu’il a vécue. Il doit apprivoiser et ensuite « supprimer » l’autre de lui-même, son « soldat fou », sa facette guerrière.

Dans un aller-retour splendide de justesse entre l’intérieur de la maison (et l’intériorité du combat conscient de cet homme) et le jardin, se joue toute la littérature, la lucide compréhension d’une déchirure qui scinde cet homme fragilisé en deux, celui qui aspire à la paix et l’autre, blessé, qu’il faut enfouir.

La poète multiplie les images de douceur et les doutes (les scènes passées). L’homme veut redécouvrir son corps fait pour l’amour, son corps debout pour aimer, sa sensualité, son enfance perdue. C’est un homme en quête de soi, lucide et conscient, « il a mené une guerre comme tant d’autres », « il ne se reconnaît pas lui-même », il sait que « chaque bataille est une folie ».

Anéantir, Michel Houellebecq (par Mélanie Talcott)

Ecrit par Mélanie Talcott , le Jeudi, 17 Février 2022. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Roman

Anéantir, Michel Houellebecq, Flammarion, janvier 2022, 736 pages, 26 €


Imaginez… Si l’on faisait des dégustations de livres comme on en fait pour le vin. Sans mention ni du nom de l’auteur, ni de l’éditeur, ni du titre. L’idée m’a toujours séduite, mais personne ne s’y est jamais risqué tant serait mise à mal la mythologie du Grand Ecrivain, sans parler de la médiocrité de beaucoup d’autres qui sont portés aux nues littéraires par une critique hypocrite et complaisante.

Si l’on soumettait à ce jeu le dernier Houellebecq, encensé avant même sa parution par une pléthore de journalistes et télévisions qui vantent sa couverture en carton martelé et le papier choisi par l’auteur pour « ne pas jaunir avec le temps », en supputent le contenu en se limitant à la quatrième de couverture et lui prédisent d’emblée un succès mondial (1), saurait-on que c’est du Houellebecq ? Pourrait-on encore fanfaronner que c’est notre « grantécrivain » hexagonal, « la star des lettres » « possédant la grandeur d’un Balzac » ? A mon avis, non. C’est du foutage de gueule, de la fake news marketing.

Ainsi parlait Montaigne, Dits et maximes de vie choisis et présentés par Gérard Pfister (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Mercredi, 16 Février 2022. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Arfuyen

Ainsi parlait Montaigne, Dits et maximes de vie, janvier 2022, 192 pages, 14 € . Ecrivain(s): Gérard Pfister Edition: Arfuyen

 

Le titre de l’œuvre de Montaigne (Les Essais) a, on le sait, inauguré le sens du genre littéraire essai (réflexion personnelle et libre sur un ou plusieurs thèmes croisés intéressant la vie des hommes). Et ce qu’essaie Montaigne, ce n’est ni « penser pour penser », ni non plus simplement « penser pour voir » (pour un hasard fécond d’enchaînement d’idées), mais bien : penser pour voir ce que ça changerait à vivre. « Et si l’effort de juger autrement pouvait nous aider à être ? », semble-il se demander toujours, nous conviant à nous en assurer. Et le miracle a lieu : en sollicitant constamment l’expérience de la vie (de la sienne et de celles dont il fut partie prenante, témoin, ou lecteur ), l’intelligence même de la vie se fait soudain transmissible.

Mon prof de Terminale disait carrément que Montaigne avait inventé la prose, Descartes la pensée, et Pascal la langue françaises. La prose, telle qu’il la parle en en parlant, c’est sûr :

« Le parler que j’aime, c’est un parler simple et naïf, pareil sur le papier qu’à la bouche ; un parler succulent et nerveux, court et serré, non pas tant délicat et peigné que véhément et brusque » (86).

Tourner la page, Marc Jérusalem (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mercredi, 16 Février 2022. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Editions Douro

Tourner la page, Marc Jérusalem, éditions Douro, 2020, 163 pages, 18 €

D’entrée nous apprenons que c’est le besoin de se retourner sur son passé à un moment décisif de sa vie – en l’occurrence un départ en retraite envisagé « sur un mode plutôt serein » – qui a motivé l’auteur Marc Jérusalem à entreprendre l’écriture de ce livre dans lequel il dresse le bilan d’une vie active passée en majeure partie au sein d’une grande entreprise dédiée au transport aérien. « La vie, après tout, continue sous une autre forme, un autre rythme, avec de nouvelles perspectives », écrit-il dans le Prologue, à l’aube d’une « deuxième existence, (d’) un nouveau parcours ».

Nous apprenons que Marc Jérusalem vient de quitter le tarmac de sa vie professionnelle pour s’envoler vers d’autres horizons. Le laps de temps durant lequel il rédige ce livre correspond à celui où il vient de quitter un quotidien exaltant au sein des aéroports parisiens, une existence au rythme des voyages et au croisement de « passagers en provenance de tous les coins du monde ». Cet univers du transport aérien, toujours sur le départ en quelque sorte, traversé par « une effervescence de tous les instants », correspond avec son rythme et sa diversité au tempérament de l’auteur qui croise là aussi l’actualité du monde avec ses réfugiés, les secousses ou bouleversements climatiques ou géopolitiques à travers le réseau international.