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Les Livres

Âmes volées, Stuart Neville

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Vendredi, 13 Décembre 2013. , dans Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, Rivages/Thriller

Âmes volées. septembre 2013. Trad. anglais (Irlande) Fabienne Duvigneau. 410 p. 22 € . Ecrivain(s): Stuart Neville Edition: Rivages/Thriller

 

Stuart Neville continue son voyage terrible dans les bas-fonds de Belfast. Troisième Opus d’une trilogie, « Âmes volées » nous conduit sur les sentes cauchemardesques du commerce de la chair. De la chair humaine, celle des jeunes femmes perdues par la pauvreté, venues de l’Est par des circuits obscurs et conduites rapidement à la prostitution par des réseaux mafieux impitoyables.

Jerry Fegan, le tueur terrible mais « attachant » des deux premiers opus est mort et c’est l’inspecteur Jack Lennon de la police de Belfast qui prend sa place de héros. Il va aller de marche en marche jusqu’au bout de l’Enfer de ces filles égarées, de ces « âmes volées ». Sur la trace d’une fille, Galya Petrova, qui va nous offrir un portrait de femme déchirant et superbe.

Neville oublie les corps – vendus – pour s’intéresser aux âmes – volées. Car derrière les corps martyrisés restent (parfois) des femmes, quand l’horreur ne les a pas éteintes.

« Mais quelques-unes étaient encore vivantes à l’intérieur. Elles l’écoutaient. L’espoir et une ferveur mêlée de crainte s’allumaient dans leurs regards quand il parlait de salut »

Double négatif, Ivan Vladislavic

Ecrit par Victoire NGuyen , le Vendredi, 13 Décembre 2013. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Afrique, Roman, Zoe

Double négatif, traduit de l’Anglais (Afrique du Sud) par Nina et Christian Surber, août 2013, 236 pages, 20 € . Ecrivain(s): Ivan Vladislavic Edition: Zoe

 

Afrique du Sud : une rétrospective


Les éditions Zoé nous offrent ici un véritable présent, d’autant plus que ce roman s’inscrit par sa thématique dans la saison culturelle dédiée à L’Afrique du Sud, qui a débuté en France au mois de mai 2013 et qui se termine bientôt en Décembre.

De quoi s’agit-il dans ce roman-ci ? Double négatif a une structure narrative qui épouse le parcours initiatique de Neville, jeune homme blanc vivant dans l’Afrique du Sud au temps de l’Apartheid. Le roman se scinde en trois grandes parties, et chacune de ces sections présente au lecteur la métamorphose de Neville. Dans « Lumière ambiante », le jeune homme abandonne l’université et revient vivre chez ses parents. Il erre et s’intéresse aux idées révolutionnaires qui secouent le pays et qui préparent le renversement de la situation politique sud-africaine. Il entre alors en conflit avec les Blancs, minoritaires dans le pays mais détenteurs du pouvoir économique et politique :

Marguerite Duras, La passion suspendue, entretiens avec Leopoldina Pallotta della Torre

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mercredi, 11 Décembre 2013. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Seuil

Marguerite Duras, La passion suspendue, entretiens avec Leopoldina Pallotta della Torre, traduit de l’italien et annoté par René de Ceccatty, janvier 2013, 187 pages, 17 € . Ecrivain(s): Marguerite Duras Edition: Seuil

 

 

Leopoldina Pallotta della Torre est face à Duras. Elle l’écoute. Elle est là pour qu’elle lui parle. Elle est là pour que naisse La passione sospesa. « Je l’écoutais se souvenir, réfléchir, se laisser aller, abandonner peu à peu sa méfiance naturelle : égocentrique, vaniteuse, obstinée, volubile. Et tout de même capable, à certains moments, de douceurs et d’élans, de timidités, de rires retenus ou éclatants. Elle semblait soudain animée d’une curiosité irrésistible, vorace et presque enfantine ».

Ce livre d’entretiens est commodément divisé en sections, dont le titre seul dit tout : Une enfance, Les années parisiennes, Le parcours d’une écriture, Pour une analyse du texte, La littérature, La critique, Une galerie de personnages, Le cinéma, Le théâtre, La passion, Une femme, Les lieux.

Un amour de Descartes, Jean-Luc Quoy-Bodin

Ecrit par Philippe Chauché , le Lundi, 09 Décembre 2013. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, Gallimard

Un amour de Descartes, L’Infini, Gallimard, mars 2013, 14,90 € . Ecrivain(s): Jean-Luc Quoy-Bodin Edition: Gallimard

 

« Il prêtait une oreille attentive à son babillage. Il aimait ses éruptions de sons, ces éclats de mots, ce magma du langage qui n’est pas encore la parole. Partition atonale, échos dissonants de ses appétits et de ses affects. Sans se l’avouer, il appréhendait ce moment où les sons allaient se dénouer, éclore, s’envoler et devenir des mots, des mots durs, tranchants, blessants, des mots de grands puis des adjectifs ; il allait être nommé, évalué, corrigé, contredit. C’est que l’enfant a ses maux à dire, sa vérité à faire éclater. Il somme l’adulte de l’écouter ».

En Hollande, René Descartes tombe sur une fleur, sa Francine, sa fille, sa fleur aimée. Il en tirera quelques leçons de vie, donc de pensées. Un éclair, ce mouvement du temps qui file à la vitesse de la lumière, dont il va se nourrir, comme l’on se nourrit d’un sourire, d’un mot, d’une danse d’enfance. L’enfance de l’art et de la raison, l’un ne va pas sans l’autre. L’autre, cette enfant qui le fixe, l’écoute, l’interpelle, lui montre ce qu’elle voit avec ses mots, qui vont un temps le détourner de ses maux.

Malraux & Picasso, une relation manquée, Raphaël Aubert

Ecrit par Frédéric Aribit , le Lundi, 09 Décembre 2013. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Biographie

Malraux & Picasso, une relation manquée, Infolio, Collection Archigraphy Poche, 2013, 9 € . Ecrivain(s): Raphaël Aubert

 

L’histoire des arts fourmille de « relations manquées », à l’instar de celle, plus générale, de tous les hommes qui se cherchent et ne se trouvent finalement pas quand tant d’étincelles auraient pu crépiter entre eux. Et l’on se demandera encore longtemps ce que certains auraient pu se dire s’ils avaient seulement pu ou su se parler. Celle que Raphaël Aubert radiographie n’est pas, parmi de nombreuses autres au XXe siècle, la moins intéressante en termes de ratage. Car il faut attendre la mort de Picasso pour que Malraux en vienne enfin à mesurer l’ampleur d’un peintre qu’il a à peine côtoyé et longtemps ignoré. Dès l’introduction de son livre, Raphaël Aubert énonce clairement ce qui fait obstacle entre eux deux : d’une part, sur le plan esthétique, le relatif « conservatisme » de Malraux qui délaisse des pans entiers de la modernité picturale et plastique au nom du seul Georges Braque ; d’autre part, sur le plan politique, une fois l’ennemi commun du nazisme abattu, l’aveuglement communiste de Picasso, qui achoppe sur l’orientation gaullienne de Malraux, farouchement opposé à Staline.