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Critiques

Le grain dans la meule (1), Malek Ouary

, le Mercredi, 29 Février 2012. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Maghreb

Le Grain dans la meule, Editions Bouchène, janvier 2000, 176 p. - 14,79 euros

Au coeur d’un lieu reculé. A Tighilt. Un village, sur les montagnes de Kabylie (2). Au milieu d’un vaste champ, Tebbiche, le berger des Ath (3) Sammer s’assoupit un long moment. Lors de son sommeil, son troupeau s’introduit dans le champ des Ath Qassy ravageant leur récolte. Afin de sanctionner le berger, Akli, fils de Da (4) Tibbouche, rase le côté droit de la moustache de Tebbiche. Et pendant que ce dernier traverse le village, il fait l’objet de moqueries de la part des villageois. Inconscient de la gravité de la situation, il se met à raconter sa mésaventure avec beaucoup de désinvolture. Mais l’affaire est grave ! "Tragique plaisanterie qui porte en elle la semence dun drame. Dieu fasse quà notre village soit épargnée une nouvelle dette de gorge", se lamente un vieillard.

Vengeance par le sang ! Selon la tradition millénaire. Et "trois jours plus tard () lorsque les villageois entendirent deux coups de feu (...) ils comprirent que lirréparable était accompli."

Pour échapper à la vengeance du clan des Ath Quassy, Idhir, l’assassin de Akli quitte Tighilt pour se réfugier au sud du pays. Mais le sens de l’éthique et du devoir l’oblige à revenir au village pour affronter son destin si tragique soit-il ! Et c’est dans cet état d’esprit qu’Idhir se rend chez ses ennemis.

Quel sort sera réservé à l’assassin du fils ? Da Tibouche appliquera-t-il la loi du talion ? Aura-t-il plutôt recours à une solution de remplacement à la dette du sang ?

Le Journal d'un haricot, Olivier Hobé

Ecrit par Olivier Verdun , le Jeudi, 23 Février 2012. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Récits

Le Journal d’un haricot, Editions Apogée, 2011. 62 p. 12 € . Ecrivain(s): Olivier Hobé

« Je respire du Quentin, sa maladie me bouffe, m’envahit, je le sens, je le renifle, il n’a jamais été aussi proche de moi. On me regarde écrire. Dans un café, on se rend compte de la solitude des loutres. Il me semble être l’une d’elles ». Ainsi s’achève, dans une langue horizontale tendue comme la moire, tirée au cordeau, où presque rien ne dépasse, mais qui ne rompt jamais sa texture sensible, Le Journal d’un haricot qu’Olivier Hobé a tissé de notes prises au quotidien.

Un drôle de titre, qui pourrait, de prime abord, dérouter le lecteur friand de mises en bouche truculentes. On s’attend à parcourir un énième conte de la collection Milan Jeunesse, mais sûrement pas le récit d’une loutre tentant de se tenir au plus près de celui qui, le plus souvent, est nommé par la lettre Q.

On devine que le haricot en question est une plante herbacée d’un genre peu amène, dont gousses et graines n’ont rien de comestible, qui creuse avidement, dans le dédale des entrailles, une galerie de tchernoziom, avec pics et à-pics : « Sa douleur passe dans la mienne : il me faut vite l’apprivoiser avant de la lui rendre moins sauvage, comme apaisée, pur jus de fruit pressé entre mes mains », « Q. vient d’avoir 16 ans aujourd’hui…, je suis heureux d’être son père. Pensée légumineuse, jeux lumineux, jus de gueux ».

L'histoire cachée du nihilisme, Michèle Cohen-Halimi et Jean-Pierre Faye

Ecrit par Yannis Constantinidès , le Lundi, 20 Février 2012. , dans Critiques, Les Livres, Essais, La Une Livres

L’histoire cachée du nihilisme. Jacobi, Dostoïevski, Heidegger, Nietzsche, La Fabrique éditions, 2008, 310 p. 18 € . Ecrivain(s): Michèle Cohen-Halimi et Jean-Pierre Faye

 

Le titre de l’ouvrage est prometteur : il fallait en effet une synthèse sur la notion profondément ambiguë de nihilisme, qui connaît de grandes variations de sens au cours de sa brève histoire. Le lecteur s’attend donc à voir dévoilée cette « histoire cachée » (la formule est de Nietzsche, le « premier parfait nihiliste de l’Europe » (1)). Mais la promesse n’est qu’à moitié tenue, parce qu’il n’y s’agit pas réellement, ou seulement, de faire le récit philosophique des transformations de cette notion équivoque à partir de sa première formulation par l’étrange révolutionnaire Anacharsis Cloots (2). Toute la seconde partie de l’ouvrage, mal raccordée à la première, porte essentiellement sur Heidegger et Nietzsche (ce qui explique sans doute la curieuse inversion chronologique dans le sous-titre) et s’apparente plus à un pamphlet anti-heideggérien qu’à une étude rigoureuse de leurs rapports. D’où, à l’arrivée, un assemblage hybride, aussi trouble que son sujet.

Le livre se divise en deux « partitions », la première composée par Michèle Cohen-Halimi (MCH) et la seconde par Jean-Pierre Faye (JPF), celui-ci signant le prologue et celle-là l’épilogue, dans un esprit de parfaite parité.

Fraternité secrète, Jacques Chessex et Jérôme Garcin

Ecrit par Valérie Debieux , le Jeudi, 16 Février 2012. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Biographie, Récits, Grasset

Fraternité secrète, Parution février 2012, 672 p. 25 € . Ecrivain(s): Jacques Chessex et Jérôme Garcin Edition: Grasset

Année 1975. Un livre de poèmes caché dans une bibliothèque. Une lettre, une réponse. La rencontre de deux âmes. En jaillit l’étincelle d’une amitié qui jamais ne s’éteindra. Commence une amitié vraie, sincère, authentique, pérenne. Les Parques n’ont pu en couper le fil.

 

« J’aime à écouter les voix poétiques, à m’y reposer et ne les quitter qu’à l’aube froide – quand la musique des mots a fait place au silence de la mémoire. (Privilège peut-être de mes dix-huit ans). […] Sans doute cette lettre vous paraîtra-t-elle vaine sinon futile. Qu’importe ! C’est celle d’une conscience réceptive à vos dits et attentive – silencieusement – à votre voix ». [J. Garcin, 30 avril 1975].

 

« Votre lettre m’a donné de la joie. Ecrire, et recevoir de tels témoignages. Merci. Je vous envoie deux livres anciens que j’aime. L’un, réédité en poche. Qu’en pensez-vous ? » [J. Chessex, 12 mai 1975].


Chroniques de l'occident nomade, Aude Seigne

Ecrit par Lionel Bedin , le Mercredi, 15 Février 2012. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Récits, Zoe

Chroniques de l’Occident nomade, octobre 2011, 144 p., 16 € . Ecrivain(s): Aude Seigne Edition: Zoe

Un jour, devant « la mer scintillante comme un désert bleu », c’est la révélation. « Le désert de glace aveugle et défile alors que le ciel est d’un bleu pâle infini. J’ai quinze ans mais je ne me suis jamais réveillée sur un tel panorama et des milliers de générations d’humains ont dû le faire tous les jours avant moi. Quelque chose craque en moi ce jour-là, une paroi se rompt sans crier gare, la possibilité de l’abîme se dévoile en même temps que celle du bonheur absolu ». Reprenant les réflexions de Nicolas Bouvier, Aude Seigne découvre que l’état nomade a quelque chose à lui apprendre. « On ne sait pas très bien pour quoi on s’embarque quand on commence à voyager, mais comme dans un roman, tout est déjà là dès l’incipit ». Alors Aude Seigne est partie. Ce livre est une pause dans l’errance de cette jeune « bourlingueuse du XXIe siècle », un moment d’écriture, un point sur elle-même, avant d’autres probables départs.

Pour la voyageuse, le voyage permet toujours de se découvrir soi-même – même si l’on pense se connaître, « il y a des moments où je ne sais plus très bien d’où viennent certains confins de moi-même » – et permet de vérifier que voyage et amours sont étroitement liés. « Comment aller à la rencontre de l’autre ? C’est la question de l’amour, de l’amitié, c’est aussi la question des voyages ».