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Les Livres

Buffles, une fable urbaine, Pau Mirò

Ecrit par Marie du Crest , le Lundi, 30 Septembre 2013. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Espagne, Théâtre, Espaces 34

Buffles, une fable urbaine, traduit du catalan par Clarice Plasteig Dit Cassou, 2013, Collection théâtre contemporain en traduction avec le soutien de la maison Antoine Vitez, 65 p. 12,50 € . Ecrivain(s): Pau Mirò Edition: Espaces 34

Le pouvoir des fables


Comme souvent, les trilogies littéraires, musicales, théâtrales nous invitent à découvrir les œuvres à la fois comme uniques et chorales. L’œuvre de Pau Mirò n’échappe pas à ces découvertes subtiles, à ce va-et-vient du sens. Buffles est le commencement. Le commencement de la fable urbaine, celle de l’incertitude entre la figure animale, promise par le titre et la figure humaine, que le premier mot « Max » entérine. La voix qui nous parle, réunie aux autres personnages (« nous » p.11) se dit animale à la fin du premier moment du récit, p.12 :

Les herbes et les branches qu’on mâchait

paraissaient plus dures,

les feuilles paraissaient plus amères aussi.

Un léger déplacement, Marie Sizun

Ecrit par Anne Morin , le Samedi, 28 Septembre 2013. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Arléa

Un léger déplacement, février 2013, 335 pages, 10 € . Ecrivain(s): Marie Sizun Edition: Arléa

 

Un léger déplacement, un angle de vue différent, une autre perspective… comme les modifications, les versions différentes de son prénom – Hélène, Ellen, Léna, Nana – le laissent déjà entendre, toute la vie d’Hélène a été marquée, conduite, par ce « léger déplacement ».

Une femme, née Française, qui vit et travaille à New York depuis quelques trente ans où elle a fondé une famille, revient à Paris à la mort de la seconde femme de son père dont elle a hérité le vieil appartement de son enfance, rue du Cherche-Midi.

Dans l’avion, un léger malaise préfigure la suite des choses, dont le cours prend un sens inattendu. Le souvenir d’un violent et inabouti premier amour la fait basculer dans le passé.

De ce moment commence pour Hélène une quête qu’elle n’a ni voulue, ni souhaitée et qu’elle ressent d’abord comme une effraction : « Ici, tout est noir, enfoui dans le temps, pris sous la masse des années. Oppressant, funèbre » (p.32).

La milice française, Michèle Cointet

Ecrit par Stéphane Bret , le Vendredi, 27 Septembre 2013. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Fayard, Histoire

La milice française, août 2013, 341 pages, 23 € . Ecrivain(s): Michèle Cointet Edition: Fayard

 

Les Français ont eu, longtemps, du mal à regarder en face l’histoire de l’Occupation, du régime de Vichy, considérés comme des révélateurs désagréables de certains pans de l’histoire de France, de l’existence de courants d’idées contraires à nos valeurs républicaines. Michèle Cointet, historienne spécialisée dans l’histoire de la Collaboration, de la Résistance, et du gaullisme, énonce dans son livre La Milice française un terrible constat : la Milice, par ses crimes et ses exactions, s’est hissée au même niveau de barbarie que les SS, confirmant ainsi le caractère décisif, et douloureux, d’un réexamen de cette période de l’Histoire de notre pays, dramatique à plus d’un titre.

Ce qui frappe, dès les premiers paragraphes, c’est le malentendu originel sur lequel est fondée la création de la Milice le 31 janvier 1943. Laval, en confiant le commandement de ce corps à Joseph Darnand, pense que « ses hommes l’aideront sans trop l’engager. Sur cette erreur commence l’aventure de la Milice française ».

Transatlantic, Colum McCann

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 26 Septembre 2013. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, Belfond, La rentrée littéraire

Transatlantic trad. (Irlande) Jean-Luc Piningre août 2013. 550 p. 22€ . Ecrivain(s): Colum McCann Edition: Belfond

 

On sait depuis sa première œuvre, le somptueux « chant du Coyote » (10/18) que Colum McCann est un virtuose de la composition romanesque. Ce « Transatlantic » est une sorte d’aboutissement de son art de la narration, quand les ruisseaux se font rivière, les rivières des fleuves et les fleuves enfin la mer.

La mer justement. C’est bien sûr l’Océan Atlantique qui sépare l’Amérique de l’Irlande. Qui sépare vraiment ou qui lie ? Nous sommes, déjà, au cœur du propos du roman : l’Irlande et les USA sont tricotés (comme les chapitres de ce livre) ensemble jusqu’à l’identité, la confusion, la fusion. L’Atlantique n’est pas ! Les Irlandais ne connaissent que le « Transatlantique » tant leur histoire, depuis le XVIIIème siècle, est liée au Nouveau Monde. Comme si un pont aérien permanent était suspendu entre les deux pays, comme si les « oies sauvages* » avaient tiré les câbles de ce pont, invisibles mais indéfectibles.

C’est d’ailleurs ainsi que commence cet opus : au-dessus de l’Atlantique. 1919, Alcock et Brown, aux commandes d’un bombardier « désaffecté » de ses missions guerrières, réalisent le premier courrier postal USA/Irlande. Donner corps au rêve du lien anime leur folle entreprise, réduire la distance encore entre les deux terres.

Les attaques de la boulangerie, Haruki Murakami

Ecrit par Victoire NGuyen , le Jeudi, 26 Septembre 2013. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Belfond, Japon

Les attaques de la boulangerie, traduit du japonais par Hélène Morita et Corinne Atlan, illustré par Kat Menschik, novembre 2012, 63 pages, 17 € . Ecrivain(s): Haruki Murakami Edition: Belfond

 

Une paire de bottes vaut bien Shakespeare


Dans La Défaite de la Pensée, Alain Finkielkraut reprend la pensée nihiliste russe du XIXème siècle qui stipule qu’une paire de bottes vaut bien Shakespeare. Le philosophe s’appuie sur cette pensée pour montrer l’impact de la relation à la culture de la nouvelle génération. Celle-ci, héritière directe du post-modernisme, revendique la relativité dans l’approche de la culture et de l’art sans hiérarchisation ni classement.

Cette idéologie nouvelle quant à la façon d’appréhender l’art et la culture trouve des échos dans la nouvelle insolite et déconcertante de Haruki Murakami, Les attaques de la boulangerie. Le récit est scindé en deux temps correspondant successivement aux deux attaques des boulangeries. Dans la première attaque, le narrateur est encore jeune. Tenaillé par une faim terrible et féroce, il pénètre dans une boulangerie accompagné d’un comparse pour dérober de la nourriture et satisfaire son estomac :