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Les Livres

Dictionnaire amoureux de la Belle Epoque et des Années folles, Benoît Duteurtre (par Stéphane Bret)

Ecrit par Stéphane Bret , le Mercredi, 14 Septembre 2022. , dans Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres, Plon

Dictionnaire amoureux de la Belle Epoque et des Années folles, Benoît Duteurtre, Éd. Plon, août 2022, 638 pages, 25 € Edition: Plon

Le genre de la Collection du Dictionnaire amoureux implique toujours des choix, des omissions, des mises en avant délibérées, des rejets, parfois… Benoît Duteurtre, dans ce Dictionnaire amoureux de la Belle Époque et des Années folles, a fait le choix de retenir beaucoup de références, certaines célèbres, d’autres ayant bénéficié d’une notoriété moindre ou ayant disparu de la mémoire historique commune. Dans l’introduction de ce volumineux Dictionnaire, l’auteur prend le parti de considérer ces deux périodes comme une continuité. Elles ont toutes deux, nous dit l’auteur, « les mêmes racines intellectuelles ».

La Belle Époque fut fertile en expérimentations, innovations et découvertes multiples. Ces dernières furent prolongées durant les Années folles dans de nombreux domaines : la peinture, dont les formes et les couleurs nées de l’impressionnisme, font place au fauvisme, au cubisme, à l’École de Paris. La révolution musicale préparée par Debussy, Ravel ou Stravinsky dans les années 10, s’impose dans les années 1920-1930 par la production de ballets et de symphonies signées Roussel, Darius Milhaud.

L’élève du philosophe, Iris Murdoch (par Marie-Pierre Fiorentino)

Ecrit par Marie-Pierre Fiorentino , le Mercredi, 14 Septembre 2022. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Iles britanniques, Roman, Gallimard

L’élève du philosophe, Iris Murdoch, Gallimard, 1985, trad. anglais, Alain Delahaye, 606 pages, 23,20 €

 

George et Stella McCaffrey rentrent sous une pluie battante, passablement ivres, d’un repas de famille. L’habitacle retentit de leur dispute lorsque l’accident se produit. Le véhicule dont George a pu s’extraire tombe dans le canal. Mais le mari a-t-il aidé l’engin à basculer dans les eaux troubles avec l’intention d’assassiner sa femme ? Le Père Bernard, témoin inattendu de la scène, en a peut-être une idée.

La question primordiale est pourtant celle-ci : pourquoi la colère de George est-elle devenue incontrôlable lorsque Stella a évoqué l’arrivée annoncée de Rozanov ? Et ce célèbre philosophe, ancien professeur de George installé aux Etats-Unis, revient-il dans sa ville natale pour écrire le livre de sa vie ou pour une raison plus obscure ? Ce qui est certain, c’est qu’il provoque l’émoi de toute la population de cette station thermale que le narrateur, parce qu’il tient à rester anonyme sous l’initiale de N., décide de nommer Ennistone. Ses habitants, des plus marginaux comme Diane, prostituée maîtresse de George, aux notables, se retrouvent hebdomadairement aux thermes. Ne pas paraître autour des piscines, bassins, cascades fait autant jaser qu’y paraître faussement serein ou mortellement contrarié. Rozanov s’y montrera-t-il ou préfèrera-t-il prendre les eaux dans l’une des chambres dont peuvent disposer les baigneurs désireux de discrétion ?

Présence de la mort, Charles-Ferdinand Ramuz (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 13 Septembre 2022. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Présence de la mort, Charles-Ferdinand Ramuz, Editions L’Aire Bleue, 2009, 160 pages, 11,85 € . Ecrivain(s): Charles Ferdinand Ramuz

 

Alors les grandes paroles vinrent ; le grand message fut envoyé d’un continent à l’autre par-dessus l’océan.

La grande nouvelle chemina toute cette nuit-là au-dessus des eaux par des questions et des réponses.

Pourtant, rien ne fut entendu.

Qu’attendre après cet incipit ? La prière du monde, et elle vient. La sublimation de la langue, et elle vient. La présence de Ramuz à son œuvre, et elle vient. L’immense beauté de la littérature, et elle vient.

La peur est un thème récurrent chez Ramuz. Elle n’a pas toujours un objet défini mais elle est ontologique, rivée aux hommes comme leur ombre même. Quelques années après ce roman, Ramuz écrira La Grande Peur dans la montagne, ouvrage qui concentrera l’essence de la peur ramuzienne : elle est diffuse, générale, elle touche à l’universel, elle est d’autant plus effrayante que nul ne peut rien contre sa cause car on ne la connaît pas.

Marilyn Monroe, Un parfum de star, Viviane Koenig, Annie Moser (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Lundi, 12 Septembre 2022. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Biographie

Marilyn Monroe, Un parfum de star, Viviane Koenig, Annie Moser, Oskar Éditeur, juin 2022, 112 pages, 12,95 €

 

Choisissant de nous faire revivre dans ses grands traits la vie de celle qui fut « la Monroe », Viviane Koenig et Annie Moser ont eu l’excellente idée d’adopter le point de vue de l’introspection, tandis que la star assiste, rongée par les doutes, à la première projection du film Comment épouser un millionnaire. Les souvenirs de son enfance et de son adolescence s’égrènent malgré eux, alternant entre de rares moments heureux qu’elle trouva auprès d’une nourrice, et des périodes autrement plus compliquées aux côtés de « la sorcière aux cheveux rouges », comme elle la surnommera plus tard, sa mère Gladys, qui ne tarda pas à rejoindre un hôpital psychiatrique.

Ce livre, avant tout destiné à un public adolescent, revient ensuite sur les étapes marquantes de la carrière de Marilyn Monroe, sa vie amoureuse et la place néfaste des journaux de l’époque, notamment quand ils abordent le passé plus sulfureux de la star. Mais c’est aussi un livre qui fait l’éloge de son talent et de sa singularité, de son rayonnement face à l’objectif, contrebalancé par une fragilité récurrente qui peut la laisser sans armes.

Poétique du silence, Stefan Hertmans (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 12 Septembre 2022. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Poésie, Gallimard

Poétique du silence, Stefan Hertmans, Gallimard, Coll. Arcades, mai 2022, trad. néerlandais, Isabelle Rosselin, 132 pages, 13,50 €

 

Bruissement

Qu’est-ce que le silence tout d’abord ? Fonctionne-t-il comme un impossible bruissement ? Quel rôle tient-il au sein du poème, celui de Paul Celan notamment ? Quelles en sont les conséquences ? Quelle forme la littérature prend-elle dans l’exercice de cette mutité fondamentale de tout travail d’écrivain, celle de la page blanche ? Le silence est-il borné par l’aphasie, par les voix sourdes du poète ? Toute littérature n’est-elle pas une relation, un échange entre le mot et l’absence de mot ? Et pour l’écrivain est-ce une dysphasie fondamentale qui hanterait la création littéraire, donc une sorte d’arrière-monde de langage invisible ; un langage qu’il faut trouver au sein de la vaste fureur de la langue ? La page écrite n’est-elle pas par définition un espace sourd, sans voix, pour le lecteur à voix basse également ? J’ai déduit l’ensemble de ces questions de ma lecture de cette poétique du silence de Stefan Hertmans.