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Anthologie

Anthologie de la littérature latine, Jacques Gaillard & René Martin

Ecrit par Didier Smal , le Jeudi, 23 Avril 2015. , dans Anthologie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Folio (Gallimard)

Anthologie de la littérature latine, Jacques Gaillard & René Martin, 576 pages, 8,00 € Edition: Folio (Gallimard)

 

Qui a écrit : « combien de gens exercent leur corps, et combien peu leur esprit ! Quelle affluence à un spectacle ludique et sans profit durable, et quel désert autour de la culture ! Quelle débilité de l’âme chez ces hommes dont on admire les biceps et les larges épaules ! » ? Un chroniqueur sportif contemporain en pleine crise mystique ? Eric Zemmour ? Laurent Obertone ? Renaud Camus ? Tout faux : il s’agit de Sénèque, mort il y a mille neuf-cent-cinquante ans, dans sa quatre-vingtième lettre à Lucilius.

Cette petite question a pour double intention de montrer en quoi la littérature latine peut encore s’adresser à des lecteurs du vingt-et-unième siècle, ce dont tout le monde se doutait, puisque c’est un peu la vertu des classiques, mais surtout de montrer la qualité du travail de traduction effectué par Jacques Gaillard et René Martin, les deux anthologistes. Avant même de commenter leurs choix, il convient de célébrer la façon dont ils ont décidé de rendre accessibles ces choix à leurs contemporains. La prose reste en prose ; les vers restent eux aussi en vers, mais en amplifiant la forme lors du passage du latin au français (pour faire bref, deux vers latins deviennent trois vers français, ce qui évite les pertes de sens ou les torsions absconses) et sans chercher à faire rimer ; mais surtout, le vocabulaire est dénué de toute préciosité. Ainsi, je ne résiste pas à reproduire l’une des épigrammes de Martial :

Journal, Henry D. Thoreau (sélection de Michel Granger

Ecrit par Didier Bazy , le Lundi, 23 Mars 2015. , dans Anthologie, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, USA, Le Mot et le Reste

H. D. Thoreau, Journal, Sélection de Michel Granger, octobre 2014, traduction de Brice Matthieussent, 648 pages, 28 € . Ecrivain(s): Henry David Thoreau Edition: Le Mot et le Reste

 

Un autre Thoreau. Thoreau intime. Thoreau extime. Il était grand temps de sortir le Journal de Thoreau de sa « quasi-obscurité ». Michel Granger a tranché dans les 7000 pages du journal de Thoreau. Avant de choisir, il faut arpenter le champ de l’écriture d’une vie, le travail d’une vie. Saluons la ténacité, la patience, la passion raisonnée et la science de l’homme du choix. Ici, c’est un travail de jardinier respectueux des règles mêmes de la nature de son objet monumental. Qui lirait un journal de 7000 pages s’étalant sur près de 25 ans ?

Thoreau (1817-1862) est mort « jeune » (au regard de notre époque et de nos lieux). C’est dire le temps pris sur une vie pour l’écriture. Il prenait du temps pour marcher, pour contempler et pour « gagner sa vie honnêtement ». Une telle quantité de pages recèle inévitablement de la qualité. De quoi s’agit-il ?

Les Dessous Chics, Chroniques du courrier Picard 2005-2010, Philippe Lacoche

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mardi, 17 Mars 2015. , dans Anthologie, Les Livres, Critiques, Livres décortiqués, La Une Livres

Les Dessous Chics, Chroniques du courrier Picard 2005-2010, Éd. La Thébaïde coll. Au Marbre, octobre 2014, 343 pages, 20 € . Ecrivain(s): Philippe Lacoche

 

 

Relancées à l’automne 2014 avec leur parution en recueil aux éditions La Thébaïde, ces chroniques déclinées en morceaux choisis des Dessous Chics de Philippe Lacoche font leur effet rock’n’roll/blues décalé, avec leur tracé de la vie culturelle & nocturne picarde, pour les années 2005-2010. L’illustre « marquis » – statut revêtu chaque dimanche pour la chronique par l’écrivain et journaliste au Courrier picard – donne ici de sa plume stylée et vive, trempée dans l’encre d’une nostalgie ensoleillée. Pas moins de cent soixante chroniques ainsi sélectionnées dans Les Dessous chics, pour le plus grand plaisir des lecteurs et… adulées – adorées/fées lubriques et adorables – lectrices). Ces morceaux choisis se dégustent, mets d’un art littéraire et culinaire savoureux, traditionnel et festif, à la bonne table du bien-vivre.

La cause des livres, Mona Ozouf

Ecrit par Didier Bazy , le Mercredi, 31 Juillet 2013. , dans Anthologie, Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres, Gallimard

La cause des livres, Gallimard 2011, 547p, 24 € . Ecrivain(s): Mona Ozouf Edition: Gallimard

 

La cause littéraire ne pouvait pas ignorer La cause des livres. Et Mona Ozouf défend et illustre ici plusieurs causes : la cause du patrimoine littéraire français, la cause des lettres et des épistules, la cause des autres littératures et des étrangères, la cause des femmes bien sûr, la cause de la république et la cause de l’histoire. Autant abréger : la cause de la vie, notre vie, nos vies, passées et présentes, présentes et à venir.

Ce petit pavé est un collier de perles. Le Nouvel Obs en fut le réceptacle hebdomadaire. Mona Ozouf en a confectionné un florilège en cercles de cercles, maîtresse des anneaux. Modestement, voici quelques extractions (un devoir de l’échotier n’est-il pas de couper les fils du collier pour jeter une autre lumière sur l’orient de la perle ?) et d’abord un titre d’article sur la femme de Marx, Jenny vue par Françoise Giroud, la mère, la bourgeoise sacrifiée sur l’autel du prolétariat concrétisé dans la misère des Grandes Espérances et les exils multiples, un titre qui dit tout, un titre modèle pour tout apprenti critique, un titre pour la critique rongeuse des souris, un titre éloquent et sobre, un concentré de sens et d’allusions assumées, pour le meilleur et pour le pire, un titre trouvaille : Une épouse capitale.