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Roman

La Route de nuit, Laird Hunt (par Yann Suty)

Ecrit par Yann Suty , le Vendredi, 24 Mai 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Actes Sud

La Route de nuit (The Evening Road, 2017), avril 2019, trad. américain Anne-Laure Tissut, 288 pages, 22 € . Ecrivain(s): Laird Hunt Edition: Actes Sud

 

Une époque se reconnaît-elle à ses spectacles ? Les événements qui rassemblent les foules en révèlent-ils autant sur une société qu’une analyse sociologique ? Chez les Romains, il y avait les combats de gladiateurs. Aujourd’hui des rencontres sportives rassemblent des millions de téléspectateurs à travers le monde. La série Game of Thrones devient une grand’messe internationale abondamment commentée sur les réseaux sociaux. En 1930, une foule nombreuse rejoignait la petite ville de Marvel, dans l’Indiana, pour un spectacle qui promettait beaucoup : le lynchage de trois jeunes noirs. Le roman de Laird Hunt, La Route de nuit, est une fiction, mais est tirée d’événements réels. Ils se sont déroulés le 7 août 1930. Petite ironie de l’histoire, le lynchage a eu lieu dans une ville dont le nom est, aujourd’hui, devenu l’un des emblèmes de la société-spectacle hollywoodiennes et de ses super-héros…

Le Narrateur, Bragi Ólafsson (par Christelle Brocard)

, le Jeudi, 23 Mai 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays nordiques, Actes Sud

Le Narrateur, avril 2019, trad. Robert Guillemette, 144 pages, 17,50 € . Ecrivain(s): Bragi Olafsson Edition: Actes Sud

 

Etant donné son titre, on conçoit aisément que ce roman accorde une place prépondérante au narrateur. Mais quel statut lui accorde-t-il ? Si les toutes premières pages sont déstabilisantes – on ne sait pas qui raconte quoi –, on devine rapidement que la forme narrative constitue l’ossature fondamentale du texte, à laquelle se rattachent les péripéties relatées. La structure est donc essentielle et s’exhibe sans complexe, au fil d’une narration ludique et insolite : du « je » traditionnel, le narrateur-roi passe sans vergogne au « il » lorsqu’il invente lui-même son personnage ; il n’hésite pas non plus à incorporer des réflexions métatextuelles à son propre discours et à prendre à partie le lecteur qui, de ce fait, se met à jouer, à son insu, un rôle actif dans l’histoire in progress. Une fois démasqué, ce petit jeu formel pourrait lasser le lecteur en mal d’aventures substantielles, or que nenni : l’intrigue n’est pas en reste, bien au contraire !

Mrs Caliban, Rachel Ingalls (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Mercredi, 22 Mai 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Belfond

Mrs Caliban, mars 2019, trad. Céline Leroy, 144 pages, 16 € . Ecrivain(s): Rachel Ingalls Edition: Belfond

 

 

Fantasy

Mrs Caliban est un roman condensé qui commence sous l’égide du temps chiffré : « trois oublis », « quelques minutes », « un parapluie », « sa voiture », une énumération d’objets appartenant à deux personnes, Fred et Dorothy (de Dorothée, doron et theos : cadeau et Dieu). Or Dorothy, sainte ou psychotique, entend des voix. De la trivialité d’une existence frustrée, nous passons à l’affabulation mentale, ce qui masque pour l’épouse le choquant de la désunion maritale de son mariage. Dès le début de Mrs Caliban, le lecteur est informé de la face cachée du couple, de ses mœurs, de sa dérive interne – une existence coincée entre le théâtre social et les obligations contingentes ; ce que Rachel Ingalls nomme « leur pauvre vie ».

Le syndrome Tom Sawyer, Samuel Adrian (par Lionel Bedin)

Ecrit par Lionel Bedin , le Mercredi, 22 Mai 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Editions des Equateurs

Le syndrome Tom Sawyer, janvier 2019, 240 pages, 19 € . Ecrivain(s): Samuel Adrian Edition: Editions des Equateurs

 

Le Syndrome de Tom Sawyer est le récit d’un voyage à pied entre Paris et Jérusalem. En chemin le marcheur tient le journal de son voyage, journal qu’il reprend six mois après le retour, pour en faire ce récit, une « enquête sur ce jeune homme que j’étais et que je ne suis plus », et pour tenter de répondre à cette question : pourquoi suis-je parti ?

Les raisons supposées du départ : une envie d’ailleurs depuis l’enfance, le sentiment d’être « l’archétype de l’homme moderne habitué au confort », l’envie de « réapprendre le désir et, avec lui, le plaisir », se désennuyer. Surtout, pour Samuel Adrian qui se décrit comme un « enfant déçu du christianisme », c’est une crise de foi. Et il a cette conviction : « si tu ne peux plus prier, marche ». Alors il quitte Paris un matin de septembre 2017, à pied, léger, sans portable ni réseau, et « sans argent, pour démêler ce qui a de la valeur et ce qui n’en a pas ».

La Fabuleuse découverte de la tombe de Toutânkhamon, Howard Carter (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 17 Mai 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Histoire, Libretto

La Fabuleuse découverte de la tombe de Toutânkhamon (traduit de l’anglais par Martine Wiznitzer), 2019, 176 pages, 8 euros 10 . Ecrivain(s): Howard Carter Edition: Libretto

 

« Depuis qu’il médite, a reconnu l’écrivain et musicien Jacques Drillon en l’un de ses – précieux – ouvrages, l’homme se demande s’il trouvera plus rapidement ce qu’il cherche derrière la "porte d’or de l’imagination", ou derrière la "porte basse et honteuse de l’expérience" dont parle Proust ». Mais il est un lacis de couloirs qui fait se rejoindre porte basse et porte d’or. Ce sont les labyrinthes de passages, de tunnels et de chambres, ornés de scènes dont la beauté se doit d’accompagner le roi défunt dans son voyage vers l’autre monde, où il sera accueilli par Osiris.

Nous songeons aux tombes égyptiennes, bien sûr (coordonnées : 25° 44′ 27″ nord, 32° 36′ 08″ est). Soit, par exemple, celle de Ramsès II, ainsi décrite par Claude Obsomer : « Un escalier d’une vingtaine de marches à glissière centrale donne accès à la porte, dont le linteau est orné de l’astre solaire […]. Un premier corridor en pente offre des parois consacrées à la renaissance journalière du roi […].