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La rentrée littéraire

La maladroite, Alexandre Seurat (2ème article)

Ecrit par Marc Ossorguine , le Mercredi, 07 Octobre 2015. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Le Rouergue

La maladroite, août 2015, 112 pages, 13,80 € . Ecrivain(s): Alexandre Seurat Edition: Le Rouergue

 

Voici un premier roman dont l’éditeur nous dit qu’il est d’une rare nécessité. On peut être d’accord en précisant qu’il s’agit plus d’une nécessité sociale que littéraire, sans rien enlever à ses qualités ni à la cohérence du projet et de la voix qui l’animent.

Entre narration, confession et rapport administratif, La maladroite est le récit d’une vie d’enfant qui n’était « pas faite pour vivre », qui semblait condamnée avant même que de naître par les histoires qui l’ont précédée, par le nom même qu’elle porte : Diana. Un nom de princesse qui n’était pas vraiment à sa place et qui disparaîtra dans un tunnel.

Ce qui est en effet terrible dans le drame de La maladroite – et qui peut rendre ce récit nécessaire – c’est l’impuissance de celles et ceux que Diana touchent mais qui ne sauront ni ne pourront l’aider, quelle que soit la place qu’ils occupent dans sa vie qui ne cesse de fuir, d’échapper aux autres, soumise à une famille effrayante et si banale. Il y a sans doute beaucoup de petites Diana autour de nous, que nous ne savons voir, que nous ne savons entendre, et que l’on ne sait préserver ni même écarter du danger qui les menace.

Ressources inhumaines, Frédéric Viguier

Ecrit par Marc Ossorguine , le Jeudi, 24 Septembre 2015. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Albin Michel

Ressources inhumaines, août 2015, 281 pages, 19 € . Ecrivain(s): Frédéric Viguier Edition: Albin Michel

 

Alors qu’elle avait 22 ans, elle a fait un stage dans une enseigne de la grande distribution. « Elle » n’a pas une personnalité bien remarquable, mais dans ce milieu, elle va apparaître adaptée. Très adaptée. Un instinct opportuniste qui lui permet de comprendre vite ce qu’il faut dire et faire, sur les meilleures façons de manipuler, de mentir, de trahir… pour simplement s’approcher des lieux de pouvoir et se faire accepter par ceux qui y siègent.

« Elle » n’a pas de nom car son identité semble bien se réduire à la place qu’elle occupe dans l’entreprise, à la fonction qu’elle y occupe et au travers de laquelle les autres l’identifient, la regardent et la reconnaissent : la stagiaire puis la responsable du rayon textile femme. D’ailleurs, avoir un nom, ou ne serait-ce qu’un prénom, ne semble pas très adapté dans cet univers. Les seuls personnages ayant un nom dans ce récit sont condamnés à sortir de la scène de l’hyper-marché, cet univers où les sentiments humains doivent s’effacer devant les stratégies rationnelles des individus, leur lutte pour les places, dans la hiérarchie comme sur le parking du personnel.

Love is power, ou quelque chose comme ça, A. Igoni Barrett

Ecrit par Catherine Dutigny/Elsa , le Mercredi, 23 Septembre 2015. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Afrique, Nouvelles, Zulma

Love is power, ou quelque chose comme ça, septembre 2015, traduit de l’anglais (Nigeria) par Sika Fakambi, 352 pages, 22 € . Ecrivain(s): A. Igoni Barrett Edition: Zulma

 

Les écrivains nigérians ont cette particularité de rafler avec une remarquable régularité le Prix Caine de la meilleure nouvelle en langue anglaise d’un auteur africain. A. Igoni Barrett est un écrivain nigérian de 36 ans, déjà récompensé par de nombreux prix et l’un des rares avec Helon Habila (publié chez Actes Sud) à être traduit en français.

La publication par les éditions Zulma d’un recueil de neuf nouvelles d’Igoni Barrett est une opportunité pour découvrir un univers littéraire en plein essor, vivant, actuel, et dont la remarquable qualité risquait fort d’échapper aux lecteurs francophones submergés par une production hexagonale en ce mois de septembre 2015.

Il existe des moments magiques de lecture et Love is power, ou quelque chose comme ça en regorge. C’est un livre que l’on laisse à portée de main une fois terminé, tant il est impossible de se détacher brutalement des récits de ce jeune auteur. Chacune de ces nouvelles possède une touche, une palette de tons qui renvoient le lecteur à des sentiments variés, parfois même contradictoires, mais toujours intenses.

Tuer, Richard Millet

Ecrit par Didier Smal , le Lundi, 21 Septembre 2015. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, Léo Scheer

Tuer, septembre 2015, 120 pages, 15 € . Ecrivain(s): Richard Millet Edition: Léo Scheer

 

En 2009, Richard Millet (1953) publie La Confession négative, récit par son double fictionnel de son engagement auprès des forces chrétiennes au Liban en 1975, alors qu’il est âgé de vingt-deux ans. Il y va par principe, mais aussi pour, si on peut dire, mettre en œuvre la littérature, ainsi que le montre ce bref extrait : « Oui, la guerre seule peut donner à l’écrivain sa vérité. Sans elle, que seraient Jünger, Hemingway, Faulkner, Céline, Drieu la Rochelle, Malaparte, Soljenitsyne, Claude Simon, pour ne pas parler d’Homère ? » La guerre comme cristallisation du désir littéraire ? Il y a plus sot comme théorie…

Six ans plus tard, Millet publie un récit sobrement intitulé Tuer, récit dont l’origine est expliquée dans son premier paragraphe : « Une inconnue s’est approchée de moi, à Paris, en octobre dernier, après une rencontre au cours de laquelle je parlais de mes livres, pour me demander si j’avais tué, autrefois, au Liban ». Cette question génère une réflexion d’une centaine de pages autour de thèmes déjà croisés dans l’œuvre de Millet en général (la langue, sa force, le respect dont elle est digne) et dans La Confession Négative en particulier (le lien entre guerre et littérature, lien noué par les auteurs déjà mentionnés dans ce roman, et qui sont à nouveau à l’honneur dans le présent récit, mentionnés ou cités en épigraphes).

Zeina, bacha posh, Cécilia Dutter

Ecrit par Laurent Bettoni , le Lundi, 21 Septembre 2015. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Zeina, bacha posh, Le Rocher, août 2015, 218 pages, 18,90 € . Ecrivain(s): Cécilia Dutter

 

Kaboul, années 1980. Le père de la petite Zeina, 3 ans, meurt. Selon une coutume ancestrale, l’avenir de la fillette est désormais tracé : elle sera une bacha posh, une fille déguisée en garçon, seul moyen de survivre à la pauvreté et à la honte d’une famille de femmes puisqu’en Afghanistan ces dernières doivent être « chaperonnées » par un homme dans tous leurs déplacements. À la puberté, les formes de la jeune fille menacent de la trahir, et on la somme de recouvrer son identité originelle. Mais ayant goûté à la liberté réservée aux garçons, Zeina refuse et s’enfuit.

Réfugiée dans les locaux kabouli d’une association occidentale militant en faveur du droit des Afghanes, elle accompagne cette ONG à Paris pour sensibiliser les médias à la douloureuse condition féminine dans son pays. Elle fugue le jour du retour en Afghanistan et survit misérablement dans la capitale jusqu’à ce que sa route croise celle d’un photographe. Fasciné par sa beauté, qu’il devine sous son apparence masculine, il la prend sous sa coupe et parvient à l’imposer dans le milieu de la mode. Égérie des plus grands couturiers, elle sillonne le monde, devient la maîtresse de celui qui l’a découverte et multiplie les conquêtes, cherchant en vain dans le regard masculin à vérifier une identité féminine dont elle doute au plus profond d’elle-même.