Identification

Science-fiction

Mange-Monde, Serge Brussolo (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Mardi, 17 Mars 2026. , dans Science-fiction, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Folio (Gallimard)

Mange-Monde, Serge Brussolo Folio Science-Fiction – 160 pages – 7,60 €

À juste titre, Serge Brussolo est considéré comme l’un des écrivains les plus imaginatifs et les plus inventifs de la littérature française contemporaine. Force est de nous rappeler, grâce à lui, que la jouissance de la création passe par tout un échafaudage puisant parmi les rêveries les plus folles – à tel point qu’on se demande si, au sein des publications actuelles, certains s’en souviennent. Car Serge Brussolo ne se contente pas de rêver avec gratuité. Son extravagance – on le réalise au fil de notre lecture – est suffisamment construite et cohérente pour faire écho, plus qu’on ne le croie, à nos préoccupations les plus profondes.

Dans ce futur fantasmé, la surface terrestre s’est considérablement réduite. Les côtes de tous les pays ont été progressivement grignotées, poussant les populations à migrer vers l’intérieur des terres. Si la véritable origine du phénomène demeure assez inexpliquée, la légende de Mange-Monde, sorte de géant affamé venu des profondeurs de l’eau, gagnera l’esprit des plus jeunes, et notamment de Mathias, notre héros. Cependant, le rétrécissement des nations, devenues des atolls, n’est pas l’unique constatation que fait l’humanité : la nature des océans elle-même s’est transformée, s’est presque solidifiée. Les objets peinent à s’y enfoncer (et sans doute en a-t-on trop rejeté), comme s’il s’agissait d’un sirop épais – on pourrait presque marcher à leur surface : « L’étrave la fendait sans provoquer une seule éclaboussure, sans bruit non plus. À l’arrière les remous de l’hélice avaient du mal à faire naître un sillon d’écume. » (p. 10)

Trilogie d’une nuit d’hiver, Katherine Arden (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Mardi, 28 Janvier 2025. , dans Science-fiction, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman, Folio (Gallimard)

Trilogie d’une nuit d’hiver : L’Ours et le rossignol (9,40 €), La Fille dans la tour (9,40 €), L’Hiver de la sorcière (9,90 €), Katherine Arden, Folio, mai 2024, trad. anglais (USA) Jacques Collin Edition: Folio (Gallimard)

 

L’Ours et le rossignol (9,40 €), La Fille dans la tour (9,40 €), L’Hiver de la sorcière (9,90 €), Katherine Arden, Folio, mai 2024, trad. anglais (USA) Jacques Collin

La Russie du XIVe siècle, sous les règnes successifs d’Ivan II et Dimitri Ier Donskoï : un double moment-clé dans l’histoire de ce pays destiné à devenir un empire. D’une part, la religion chrétienne prend peu à peu le pas sur le paganisme ; d’autre part, Dimitri, grand prince de Moscou et de Vladimir, prend son indépendance par rapport à la Horde d’or des Tatars, et remporte une victoire décisive lors de la bataille de Koulikovo. C’est ce cadre historique qu’a choisi Katherine Arden pour raconter sa Trilogie d’une nuit d’hiver, trois romans à lire d’une seule traite pour qui aime la fantasy.

Kallocaïne, Karin Boye (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Mardi, 14 Janvier 2025. , dans Science-fiction, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays nordiques, Roman, Folio (Gallimard)

Kallocaïne, Karin Boye, Folio, juin 2024, trad. suédois, Leo Dhayer, 288 pages, 9,40 € Edition: Folio (Gallimard)

 

Publié en Suède en 1940, Kallocaïne a aussitôt été traduit en anglais et a pu ainsi influencer fortement George Orwell pour son propre 1984, même si on se doute que Boye a elle-même été influencée par Le Meilleur des mondes de Huxley. On peut donc de bon droit considérer ce roman comme l’un des chefs-d’œuvre de la dystopie, genre qui surgit à l’époque où les totalitarismes naissaient et s’enracinaient en Europe, et qui connaît toujours un grand succès aujourd’hui.

La société que décrit Boye est basée entièrement sur la surveillance de tous par tous (dans cet ordre d’idée, chaque foyer se voit imposer une « assistante domestique » choisie par l’État), avec une subdivision et un cloisonnement des forces productives (le narrateur, Leo Kall, habite ainsi la « Ville de Chimie n°4 »), et une obligation pour chaque citoyen de prendre part à des exercices militaires au moins quelques soirs par semaine. Les enfants sont des inconnus, l’on se marie sans affection, l’on vit dans des appartements minuscules où les pièces sont modulables, l’on mange des plats peu nourrissants, l’on doit se soumettre à l’auto-critique – bref, l’on vit dans un État totalitaire où le bien-être individuel doit passer après « la sécurité de tous, la sécurité de l’État ».

Le Chevalier aux épines I, Le tournoi des preux, Jean-Philippe Jaworski (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Mardi, 03 Septembre 2024. , dans Science-fiction, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Fantastique, Folio (Gallimard)

Le Chevalier aux épines I, Le tournoi des preux, Jean-Philippe Jaworski, Folio, mai 2024, 736 pages, 11,70 € Edition: Folio (Gallimard)

 

Il convient d’être honnête : non, bien qu’il ait reçu le prix Elkabin.net, le premier tome du Chevalier aux épines, la nouvelle incursion de Jean-Philippe Jaworski dans le Vieux Royaume, n’a pas convaincu, voire a lassé. De toute façon, on sait qu’un prix n’oblige en rien à l’adhésion – ce même prix avait couronné Deniers jours d’un monde oublié de Chris Vuklisevic, et ce roman avait agacé bien plus que plu. Mais là, il s’agit de Jaworski, dont l’œuvre a été célébrée à deux reprises en ces pages, et la déception est d’autant plus grande.

Tâchons d’expliquer pourquoi Le Tournoi des preux est tombé des mains. L’histoire est celle d’un chevalier, Ædan de Vaumacel, qui aurait dû se présenter comme champion de la duchesse Audéarde de Bromael, accusée d’adultère, mais en a été empêché. Il réapparaît un an après le procès, alors qu’elle est emprisonnée, désireux de restaurer son honneur et celui de la dame, emprisonnée. À cela se mêlent une histoire d’enfants de gueux enlevés et des tensions politiques au sein du duché de Bromael. Tout est donc en place pour un roman épique.

Avilion, Robert Holdstock (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Mercredi, 01 Mai 2024. , dans Science-fiction, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Folio (Gallimard)

Avilion, Robert Holdstock, Folio, 2015, trad. anglais, Florence Dolisi, 528 pages, 9,90 €

 

« Je suis l’un des neuf aigles […]. Je suis l’un des neuf cerfs. Je suis l’un des neuf hommes perdus dans la forêt qui ont protégé une enfant. Je suis l’une des neuf voix. Je suis toute la vie qui s’est déroulée avant moi… ». Ainsi s’exprime Peredur, guerrier mythologique issu d’un fonds légendaire celtique, durant cette quête tant guerrière qu’existentielle qu’est Avilion. Ce roman est le cinquième et ultime volet d’une suite d’histoires relativement indépendantes les unes des autres et pourtant profondément imbriquées qui forment le cycle de La Forêt des Mythagos, création géniale et ambitieuse de l’Anglais Robert Holdstock étalée entre 1984 et 2009. Peredur s’exprime de la sorte car, comme chacun des personnages de ces cinq romans, il est une histoire et en contient de nombreuses à raconter, des histoires terribles puisque mythologiques, des histoires à la frontière entre notre monde et ceux contenus dans la forêt des Ryhope, des histoires racontant avant tout la quête de soi.