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Science-fiction

La Société protectrice des kaijus, John Scalzi (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Jeudi, 08 Octobre 2026. , dans Science-fiction, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman, Cette semaine

La Société protectrice des kaijus, John Scalzi, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Mikale Cabon, L’Atalante,/La Dentelle du Cygne, avril 2023, 336 pages, 22,50 €


John Scalzi est un des plus grandes plumes de la science-fiction contemporaine, et le choix de parler de son œuvre au travers d’un seul roman, hors séries, est pénible. Alors, va pour La Société protectrice des kaijus, un roman récent mais aussi un roman qui permet de délimiter un territoire habitable ou non pour certains. Un exemple très simple : quiconque ne sourit pas à la lecture des phrases suivantes peut passer à la critique suivante : « Je soupçonnais la majorité de la faune locale d’évoluer dans la gelée natale, où les grosses bêtes se régalaient des œufs de kaijus avant d’être à leur tour dévorées par des parasites. La Nature aux crocs ensanglantés, comme aurait dit Tennyson. Ou alors le cycle de la vie, comme aurait dit Mufasa. » C’est dommage, car cette phrase montre toute la puissance d’un Scalzi : la capacité à mélanger les genres, à refuser une hiérarchie dans ce qui est désormais notre culture commune. Car oui, tout le monde a vu Star Wars et comprend la référence lorsqu’il est question, supposément au Groenland, de se glisser dans un tauntaun en cas d’égarement dans le froid, et tout le monde sourit, complice, lorsque Scalzi résume la description d’un kaiju à cette formule extraordinaire : « Ce bestiau ressemble à une crise de panique de H. P. Lovecraft. »

Parcourir la Terre disparue, Erin Swan (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Jeudi, 24 Septembre 2026. , dans Science-fiction, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gallmeister, Cette semaine

Parcourir la Terre disparue, Erin Swan, traduit de l’anglais (américain) par Juliane Nivelt, Gallmeister, mai 2023, 496 pages, 25,80 € Edition: Gallmeister

 

En deux chapitres, Erin Swan parvient à déstabiliser le lecteur, à l’obliger à la souplesse mentale s’il veut s’en sortir : le premier est centré sur un certain Samson, chasseur de bisons dans les vastes plaines du Kansas en 1873 ; le second se déroule deux siècles plus tard sur Mars et a pour personnage principal Moon, qui marche sur la planète et est capable de se sustenter de poussière – mais surtout ouvre son récit, puisque c’est elle qui parle, sur une phrase aussi lapidaire qu’intrigante pour la suite : « Fut un temps, j’avais une famille. » (Soit dit en passant, joli choix de traduction pour une phrase encore plus lapidaire dans la version originale : « Once I had a family. » - Vérification faite, la traduction est plutôt bonne, même si certains choix peuvent surprendre.) Cette famille a-t-elle un rapport avec Samson ?

Kalpa Impérial, Angélica Gorodischer (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Lundi, 21 Septembre 2026. , dans Science-fiction, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Amérique Latine, Cette semaine

Kalpa Impérial, Angélica Gorodischer, traduit de l’espagnol (Argentine) par Mathias de Breyne, La Volte, avril 2017, 256 pages, 20 €

 

Aux États-Unis, c’est Ursula K. Le Guin qui s’est chargée de traduire Kalpa Impérial en anglais ; en Argentine, Angélica Gorodischer est considérée comme l’égale de Borges, Casares ou Cortazar ; elle a reçu en 2011 le World Fantasy Award pour l’ensemble de son œuvre, qui est apparemment protéiforme ; en francophonie, on peut remercier la maison d’édition La Volte d’avoir pris l’initiative de la faire connaître, via trois livres pour l’heure – mais au moins un, Kalpa Impérial, pour lequel on utilisera volontiers le terme « chef-d’œuvre ». Car le lecteur ressort bouleversé et sidéré à la fois de Kalpa Impérial, récit fulgurant en onze chapitres de l’histoire d’un Empire aussi vaste qu’ancien et sans nom. Onze chapitres ? Non. Onze facettes d’une existence turbulente voire kaléidoscopique dont n’est pas racontée une chronologie exacte (il y a des siècles qui s’écoulent entre deux règnes, entre deux prises de parole, puisque quasi chaque chapitre, après parfois une épigraphe [dont une sidérante du poète argentin Alfredo Veiravé] ou une dédicace, celle à Hugo Padeletti, s’ouvre sur la mention d’un « narrateur » anonyme), sont juste mentionnées d’occasionnelles dynasties, courant pour certaines sur des siècles, s’interrompant pour d’autres au bout de quatre générations, et que les repères temporels fiables sont absents.

Le manuscrit Hopkins, R.C. Sherriff (The Hopkins Manuscript), par Léon-Marc Levy

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 08 Septembre 2026. , dans Science-fiction, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, En Vitrine, Cette semaine, L'Arbre Vengeur

Le manuscrit Hopkins, R.C. Sherriff (The Hopkins Manuscript, 1939), Traduit de l’anglais par Virginia Vermon et Daniel Apert, éditions L’Arbre Vengeur (L’arbuste véhément) 2025.480 p. 14 € Edition: L'Arbre Vengeur

 

Si d’aucuns lecteurs se sont lassés du genre Science-Fiction à force de technologie, de jargon scientifique, de situations abracadabrantes et de complexité narrative, il y a de fortes chances qu’ils reviennent au genre avec délice par cet ouvrage purement réjouissant.

Ce roman fut publié en 1939 et cette date résonne tout au long de l’ouvrage. La guerre qui gronde dans le monde irrigue l’histoire de ses menaces et de ses causes. Entre la menace de la lune qui s’approche rapidement de la Terre et celle de la folie des hommes en proie aux rivalités politiques et impériales, à la géopolitique post‑cataclysme et à l’obstination britannique à préserver ses routes maritimes et son empire qui précipitent le véritable désastre c’est, finalement, la seconde qui sera la plus grave.

La Migration annuelle des nuages, Premee Mohamed (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Lundi, 07 Septembre 2026. , dans Science-fiction, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Cette semaine

La Migration annuelle des nuages, Premee Mohamed, trad. de l’anglais par Marie Surgers, L’Atalante/La Dentelle du Cygne, janvier 2025, 176 pages, 12,50 €

 

Petite remarque préliminaire : si j’observe mes lectures récentes en science-fiction, je m’aperçois d’un double phénomène concernant les publications elles aussi récentes, le second s’agrégeant au premier : primo, les autrices l’emportent en nombre sur les auteurs ; secundo, les noms de ces autrices sont de plus en plus régulièrement autres qu’anglo-saxons ou français. C’est peut-être un hasard, ou une suite de choix inconscient de ma part, mais si tel n’est pas le cas, cela indiquerait un changement de paradigme dans la science-fiction : des récits probablement moins dominés par la testostérone et d’un esprit moins nécessairement occidentalo-centré. C’est une évolution intéressante, qui pourrait répondre à une demande inconsciente de renouvellement du genre.