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Les Livres

Griffes 17 (par Alain Faurieux)

Ecrit par Alain Faurieux , le Lundi, 17 Février 2025. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

 

Ce que je cherche, Jordan Bardella, Fayard, novembre 2024, 324 pages, 22,90 €

Un livre rassurant, normal. Qu’il ne contienne pas la réponse au titre, qu’il ne contienne rien en fait n’est absolument pas grave. La couverture est belle, l’intention noble. L’attrait du vide, l’attrait du regard en arrière. L’auteur nous propose donc un petit livre tout à fait dans l’air du temps. Reste à s’interroger sur la qualité de l’air. Quelque chose de particulier ? Non. Un petit volume à la fois creux et lisse (si, si, c’est possible). Un livre bien conçu, peu importe que Jordan Bardella l’ai écrit seul ou pas, se demande-t-on si Musso écrit 100% de ses livres ? L’objet est bien pensé et bien construit : les va-et-vient temporels créent des liens de causalité là où la chronologie les réfute et permettent un flou narratif sur les étapes de la carrière politique de l’auteur. Un premier tiers de type journal (très poussif) sur les premiers mois de 2024. Censé être quelque chose comme l’irrésistible marche vers la victoire.

L’invention des miroirs, Mérédith Le Dez (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Vendredi, 14 Février 2025. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Editions Des Femmes - Antoinette Fouque

L’invention des miroirs, Mérédith Le Dez, éditions Des femmes-Antoinette Fouque, janvier 2025, 236 pages, 18 € Edition: Editions Des Femmes - Antoinette Fouque

 

La femme sans nom


Une femme, Laurence Metis, émerge d’un coma et se pense une autre, une petite fille, oubliant qui elle était. Elle se transforme en une malade sans nom pour l’administration, une femme perdue. À travers les bribes de souvenirs d’une enfance humble, Mérédith Le Dez nous fait déambuler entre présent flou, anamnèse et passé troublé. N’oublions pas qu’un nom de famille a des racines patronymiques, transmis sur plusieurs générations, et que le nom et le prénom sont des attributs qui nous identifient, encadrés par la législation. Ces identifiants nous affilient au monde et à la société. Les confondre sont les conséquences, soit d’un choc violent, de l’amnésie, soit de la falsification d’identité.

En roue libre, Tristan Felix (par Philippe Thireau)

Ecrit par Philippe Thireau , le Jeudi, 13 Février 2025. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Correspondance, Tarmac Editions

En roue libre, Tristan Felix, Éditions Tarmac, avril 2024, 70 pages, 10 € . Ecrivain(s): Tristan Felix Edition: Tarmac Editions

Tu peux me répondre

À n’importe quelle adresse

Car le sens s’achemine

Par des voies qui nous échappent

Tristan Felix

Philippe Sollers glisse dans un entretien (1) que « Dada, c’est le triomphe du non-sens opposé au sens falsifié ». Dans le mille ! Tristan Felix, écrivain, clown magnifique, conteuse, s’adresse au monde vertical dans douze lettres décapantes, guillotinées, dadaïstes, lettres expédiées pour la plupart aux instances de la rapidité, de la fonctionnalité, ces instances bouffies qui exigent du quidam qui ose vivre encore, comble de la résistance, de se transformer en e-quidam – vérité algorithmique oblige.

Rimbaud est vivant, Luc Loiseaux (par Patrick Abraham)

Ecrit par Patrick Abraham , le Jeudi, 13 Février 2025. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Rimbaud est vivant, Luc Loiseaux, Gallimard, novembre 2024, 271 pages, 39 €

 

Encore Rimbaud ? Oui. À croire qu’il est devenu une tête de gondole pour les éditeurs. Sans doute parce que la version affadie, commerciale de son mythe, pour reprendre le titre d’un essai d’Étiemble ayant fait du bruit en son temps, séduit nos contemporains et correspond à leur vision de la poésie et d’une carrière de poète.

Un « hôtel littéraire » à son nom (quatre étoiles) s’est ouvert à Paris, il y a quelques années : son chiffre d’affaires est florissant, paraît-il. Tant mieux pour son propriétaire, et tant pis pour lui, Rimbaud, qui a souvent dormi dans des bouges. À Charleville, son souvenir est partout, entretenu avec un sens de la réclame aiguisé. Librairie Rimbaud. Collège Rimbaud. Boulangerie pâtisserie Rimbaud. Coiffeur barbier Rimbaud. Médiathèque « Voyelles ». « Cuvée d’Arthur », même (excellente bière, au demeurant, à déguster, Place Ducale, un jour point trop pluvieux, avec un boudin blanc de Rethel).

La porte étroite, André Gide (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 12 Février 2025. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Folio (Gallimard), En Vitrine

La porte étroite, André Gide, Folio, 182 pages Edition: Folio (Gallimard)

 

Un roman sublime est le mot qui s’impose à la lecture de cet ouvrage. Sublime dans toute sa polysémie, à la fois d’une beauté fabuleuse, d’une élévation d’âme absolue, d’une intensité incandescente et enfin le roman d’une sublimation amoureuse irrésistible vers l’Autre et vers Dieu. Alissa et Jérôme sont les doubles littéraires de Ada et Van (Ada ou l’ardeur, Vladimir Nabokov) qui, par le mécanisme puissant de la sublimation, transfèrent l’ardeur des sens vers l’ardeur des âmes. Dans les deux cas la quête suprême est l’absolu et pour Gide le chemin est celui d’un voyage intérieur. Dans un récit marqué par une tension extrême et continue, il tisse une histoire introspective qui met en jeu la possibilité de la pureté.

Aux élans irrépressibles du cœur de Jérôme répondent les passions spirituelles d’Alissa, l’un amoureux, l’autre extatique. Non qu’Alissa aime moins Jérôme que Jérôme aime Alissa mais les chemins de la passion diffèrent, plus amoureux pour l’un, plus mystiques pour l’autre comme une exigence intangible de pureté qui ne supporte aucune trace triviale. Ainsi Alissa :