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Hommage à la revue Caravanes (Phébus, 1989-2003)

Ecrit par Matthieu Gosztola 13.12.14 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Revues, Phébus

Edition: Phébus

Hommage à la revue Caravanes (Phébus, 1989-2003)

 

 

Caravanes fut, de 1989 à 2003, une « revue annuelle de littérature » dirigée par André Velter et Jean-Pierre Sicre. Elle se définissait ainsi : « Une fois l’an, Caravanes donne rendez-vous à ses lecteurs pour un tour du monde de textes écrits par quelques “marcheurs de l’esprit”. Des écrivains de tous les continents, uniquement d’essence vagabonde, célèbres ou non, contemporains ou antiques, composent une mosaïque de récits, nouvelles, poèmes, à chaque fois inédits ».

Une fois l’an, c’est beaucoup dire, puisqu’il y eut 8 numéros en tout. Et lorsque l’on veut mieux comprendre quelle fut la substance de Caravanes, c’est vers ces lignes qu’il faut se tourner : « Rien de plus vaste que le mystère du monde. Rien de plus violent que le goût de l’inconnu. Un cœur vivant est un cœur en partance. Caravanes se veut un lieu d’universelle rencontre qui accueille les récits, les blasphèmes et les chants. Il est la stèle de ceux qui passent avec le sable, avec le vent ».

Outre des landays du désert et de l’errance, outre la poésie orale des Peuls du Massina, outre une brève anthologie de prosateurs Ming, on trouve dans les numéros de cette somptueuse revue des œuvres (et cette liste, qui n’est pas exhaustive, et que l’on a établie pour La Cause littéraire, donne le vertige), des œuvres de :

 

Abdelmajid Benjelloun

Abdourahman A.Waberi

Abdulah Sidran

Abdulrazak Gurnah

Abou-Moutahhar Al-Azdî

Abû l-Alâ al-Ma’arrî

Adonis

Alain Borer

Alain Jouffroy

Alvaro Mutis

André Dhôtel

André Velter

Antonio Saura

Antonio Segui

Antonio Tabucchi

Attila József

Augusto dos Anjos

Azadeh Pourmir

Bai Juyi

Barry Lopez

Bernard Malamud

Bernard Noël

Bharati Mukherjee

Boris Pahor

Caetano Veloso

Camillo Sbarbaro

Catherine Jacobsen

Cédric Morgan

Chico Buarque de Hollanda

Claude Chasson

Claude Herviant

Claude Michel Cluny

Claude Roy

Constantin Cavafy

Cristina Campo

Dazai Osamu

Djavâd Pourmir

Dumitru Tsepeneag

Edgar Allan Poe

Edvard Kocbek

Elsa Cross

Enrique Serna

Ernest Pignon-Ernest

Erwin Schenkelbach

Eugénio de Andrade

Fan Chengda

Fereydoun Faryad

Ferit Edgü

Forough Farrokhzad

Francisco Coloane

Franck André Jamme

François Cheng

Frederic Prokosch

Fucha Dunchong

Füruzan

Gabriel Levin

Georges Bru

Georges Sénéchal

Gérard Macé

Gérard Rondeau

Gerardo Can Pat

Gil Jouanard

Gilles Lapouge

Gilvan Lemos

Giuseppe Conte

Guilhem Fabre

György Somlyó

Haruki Murakami

Hassan Massoudy

Hawad

Henri Gaudin

Henri Michaux

Henry Miller

Ibrahim Al-Koni

Inés Arredondo

Isaac-Leibush Peretz

Ismaïl Kadaré

Israël Eliraz

Itzhak Katzenelson

Ivo Barroso

Jacques Dars

Jacques Laccarière

Jacques Poulain

Jamyang Losal

Jean Gillibert

Jean Malaquais

Jean Malaurie

Jean Mambrino

Jean Morisset

Jean Paul Guibbert

Jean Rustin

Jean Soublin

Jean-Baptiste Para

Jean-Baptiste Tati-Loutard

Jean-Claude Renard

Jean-Marie Le Sidaner

Jean-Marie Poumeyrol

Jean-Pierre Burgart

Jibananda Das

Joaquim Maria Machado de Assis

José Bergamín

José Lezama Lima

Juan Gregorio Regino

Juan Rulfo

Juan Villoro

Julio Maruri

Karel Schoeman

Kingado Nanzan

Krzysztof Kamil Baczynski

Li Ho Houei-tsong

Lokenath Bhattacharya

Lorand Gaspar

Louis-François Delisse

Ludovic Janvier

Luis Mizon

Makoto Ooka

Marc Riboud

Marcel Béalu

Marcel Moreau

Marianne Clouzot

Marina Tsvetaeva

Mario Blanco

Mario Pontes

Martine Roffinella

Mathieu Belezi

Mathieu Terence

Maximine

Melih Cevdet Anday

Michel Butor

Michel Desbastides

Michel Le Bris

Michel Tanouarn

Miguel Hernandez

Mikhaïl Veller

Miklós Szentkuthy

Yasushi Inoué

Momin Latif

Monique Enckell

Nanos Valaoritis

Nasser Assar

Nazli Eray

Neil Bissoondath

Nicolas Bouvier

Nikolaï Kantchev

Niyi Osundare

Noël Tuot

Norman Levine

Octavio Paz

Omar Khayyam

Palden Gyal

Pascal Quignard

Patrick Reumaux

Paul Rebeyrolle

Peng Wan-ts

Pepetela

Peretz Markish

Pierre Lafargue

Pu Songling

Rabindranath Tagore

Radivoj Stanivuk

Rainer Maria Rilke

René R. Khawam

Roland et Sabrina Michaud

Romesh Gunesekera

Sadegh Hedayat

Sa’dî

Salah Stétié

Salim Bin Abakari

Sayd Bahodine Majrouh

Sepulveda

Serge Filippini

Serge Sautreau

Severo Sarduy

Sohrâb Sepehri

Sou T’ong-po

Stéfano d’Arrigo

Su Zhe

Sylvie Germain

T .E. Lawrence

Thomas Coraghessan Boyle

Udayan Vajpeyi

Valérie-Catherine Richez

Victor de la Cruz

Victor Giudice

Vincente Aleixandre

Vladimir Velickovic

Wallace Stegner

Wilhelm Raabe

William Blake

William Trevor

Xavier Bazot

Xavier Villaurrutia

Yachar Kemal

Yehouda Amichaï

Yi Munyol

Yuan Hongdao

Yuan Mei

Yves Bonnefoy

Zao Wou-ki

Zoran Music

 

Si l’on devait retenir un texte parmi tous ceux qu’ont publiés André Velter et Jean-Pierre Sicre, ce serait un poème de Jean-Baptiste Para, présent dans le septième numéro de la revue. « L’œuvre poétique de Para fait davantage que faire palpiter le silence dans son creuset, […] qu’en faire palpiter la nécessité. Elle le porte. Non pas comme l’on porte quelque chose les bras repliés, ou à bout de bras. Elle le porte pour se confondre avec lui […] », écrivions-nous dans un hommage que nous lui avions consacré ici.

Il faut laisser les mots de ce poète rare tomber en notre corps, jusqu’à se confondre avec l’aller du sang, jusqu’à devenir part de notre moelle ; il faut laisser ses vers devenir le battement sourd de notre cœur ; et alors comprend-on que ce qu’il nous a été donné de lire, ces vers, n’est en réalité qu’une partie immémoriale de nous-mêmes, que nous ne connaissions pas encore, que nous ne pouvions qu’entrapercevoir, tant nous sommes occupés à noircir le silence par de vaines et criantes occupations, à distraire la flèche de notre rêverie de son cours tortueux, pour ramener le rythme de son vol, non plus à l’allégresse d’une réinvention permanente mais au terne staccato des préoccupations quotidiennes, celles-là qui imparfaitement nous meuvent, alors que cette flèche a été lancée, à notre origine, pour (sans même que nous le sachions, ignorant que nous sommes de nous-mêmes) atteindre – paradoxalement dans le flou de son mouvement – le cœur même du sensible.

 

Voici ce poème :

 

DEMAIN

Je longerai des eaux rapides

et ma vie s’en ira dans cette rumeur, comme à travers l’ombre

un gibier perdu, un faisan de Colchide

qui laisse dans sa fuite une plume

et le silence où je commence à être.

Je dormirai sur la terre humide

et si le monde à mon réveil ressemble au fouet brandi,

à l’orage qui crève, pour ses nervures de lumière

ouvrirai-je une main crispée sur le signe parfait

de mon imperfection ? Où s’achève le ciel,

offrirai-je aussi cette paume vide,

elle qui sans haine voulut effacer mon nom

comme on chasse d’un œil le sable ou la poussière ?

 

Matthieu Gosztola

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A propos du rédacteur

Matthieu Gosztola

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Rédacteur

Membre du comité de rédaction

 

Docteur en littérature française, Matthieu Gosztola a obtenu en 2007 le Prix des découvreurs. Une vingtaine d’ouvrages parus, parmi lesquels Débris de tuer, Rwanda, 1994 (Atelier de l’agneau), Recueil des caresses échangées entre Camille Claudel et Auguste Rodin (Éditions de l’Atlantique), Matière à respirer (Création et Recherche). Ces ouvrages sont des recueils de poèmes, des ensembles d’aphorismes, des proses, des essais. Par ailleurs, il a publié des articles et critiques dans les revues et sites Internet suivants : Acta fabula, CCP (Cahier Critique de Poésie), Europe, Histoires Littéraires, L’Étoile-Absinthe, La Cause littéraire, La Licorne, La Main millénaire, La Vie littéraire, Les Nouveaux Cahiers de la Comédie-Française, Poezibao, Recours au poème, remue.net, Terre à Ciel, Tutti magazine.

Pianiste de formation, photographe de l’infime, universitaire, spécialiste de la fin-de-siècle, il participe à des colloques internationaux et donne des lectures de poèmes en France et à l’étranger.

Site Internet : http://www.matthieugosztola.com