Identification

Histoire de Sindbad le Marin, un conte des Mille et Une Nuits (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi 02.09.26 dans La Une Livres, Cette semaine, Les Livres, Recensions, Contes, Pays arabes, Zulma

Histoire de Sindbad le Marin, un conte des Mille et Une Nuits, trad. J. C. Mardrus, 160 p., en librairie le 2 juillet 2026, éd. Zulma, 9,95€

Edition: Zulma

Histoire de Sindbad le Marin, un conte des Mille et Une Nuits (par Yasmina Mahdi)

 

L’Histoire de Sindbad le Marin (racontée par Schahrazade entre la 290ème et la 316ème nuit), l’un des contes parmi les plus connus des Mille et Une Nuits, est un morceau d’anthologie. C’est par le récit d’« un homme appelé Sindbab le Portefaix (…) un homme pauvre de condition et qui avait coutume, pour gagner sa vie, de porter des charges sur sa tête », que Schahrazade débute son nouveau conte. Accablé de chaleur, Sindbab le Portefaix s’arrête devant la porte d’un riche marchand, et fait entendre son malheur sous forme d’un poème en vers improvisé. Le riche marchand, Sindbad le Marin, (sachant que Sindbad est un prénom porté par deux personnages différents), ému de ces doléances, l’invite à se rafraîchir en son opulente demeure.

Les deux hommes aux prénoms semblables diffèrent par le statut social et en cela, forment un couple antithétique. L’histoire édifiante est celle du plus nantis des deux, Sindbad le Marin, qui a survécu aux pires dangers, châtiment subi après la dissipation de ses biens. Ce qui lui fait déclarer que « le tombeau est préférable à la pauvreté », assertion commune dans l’imaginaire arabe classique. Sindbad le Marin instruit donc Sindbab le Portefaix de son long périple maritime : « durant des jours et des nuits, nous naviguâmes en atteignant des îles et des îles, et une mer après une autre mer, et une terre après une autre terre ». Un voyage en boucle qui s’étend à l’infini, hors du temps, assombri par des naufrages et des pertes humaines.

Sindbad le Marin atterrit sur une île merveilleuse où il assiste à des événements étranges. Au cours de sept voyages, Sindbad le Marin instruit son auditoire sur la façon dont il a réchappé à une mort certaine. Ses expéditions ouvrent sur la connaissance de mondes fantastiques et fabuleux, par exemple sa rencontre avec « l’effroyable animal nommé karkadann », capable d’embrocher un éléphant, et qui sert de nourriture au « terrible rokh », « un oiseau de grosseur extraordinaire ». Le conte relate l’existence d’autres pays, non musulmans, d’autres mœurs. Cela donne lieu à des scènes épouvantables de cannibalisme dans des îles infernales. La narration au fur et à mesure de l’odyssée de Sindbad le Marin crée un effet d’emphase et de suspens, une anticipation narrative.

La fuite en avant du récit interrompu de Schahrazade, est ritualisé. L’imprévu inspire la curiosité. Le texte s’élabore par emboîtements. Les lignes de partages entre individus sont socioculturelles et religieuses, ici entre le nanti et le coltineur. Les histoires sont une reprise perpétuelle et la fabuliste déploie la langue des autres, qui se superpose et met en suspens le désir.


Yasmina Mahdi


  • Vu : 165

Réseaux Sociaux

A propos du rédacteur

Yasmina Mahdi

 

Lire tous les articles de Yasmina Mahdi

 

rédactrice

domaines : français, maghrébin, africain et asiatique

genres : littérature et arts, histoire de l'art, roman, cinéma, bd

maison d'édition : toutes sont bienvenues

période : contemporaine

 

Yasmina Mahdi, née à Paris 16ème, de mère française et de père algérien.

DNSAP Beaux-Arts de Paris (atelier Férit Iscan/Boltanski). Master d'Etudes Féminines de Paris 8 (Esthétique et Cinéma) : sujet de thèse La représentation du féminin dans le cinéma de Duras, Marker, Varda et Eustache.

Co-directrice de la revue L'Hôte.

Diverses expositions en centres d'art, institutions et espaces privés.

Rédactrice d'articles critiques pour des revues en ligne.