Histoire de Dalila-la-Rouée, Les Mille et Une nuits (par Yasmina Mahdi)
Histoire de Dalila-la-Rouée, 4ème volume du Livre des Mille et Une nuits, trad. J. C. Mardrus, 176 p., éd. Zulma, juin 2026, 9,95€
Edition: Zulma
Schahrazade et Dalila
Dans le khalifat de Bagdad, Schahrazade, entre la 432ème et la 475ème nuit, invente un nouveau conte pour éloigner la sentence de mort prononcé par son époux, le sultan Shariar, et se tait dès l’apparition de l’aube - et ce, durant mille et une nuits. Dans la vieille ville irakienne, Dalila, rompue à la rouerie, arrive à tromper le petit peuple, les marchands et les puissants. Les oppositions sont fortes entre les « gros émoluments », une « vieille redoutable » en haillons, « la jeune épouse de l’émir (…) si belle ! et brillante comme un vrai trésor de tous les bijoux dont elle était ornée, et lumineuse comme une coupole de cristal des blancs habits de neige dont elle était vêtue ».
La narration est construite par épisodes assez courts, les images évoquées sont directes, parfois assez crues. La traduction est de Joseph-Charles Mardrus, médecin, poète et traducteur, éminent orientaliste, né en 1868 au Caire et décédé en 1949 à Paris. C’est par des paroles rusées que Dalila-la-Rouée charme, dupe, ment et dépouille les sots, et non pas par des actes violents. L’énumération de riches objets dévoile un pan de la magnificence du khalifat d’Haroun Al-Rachid (né en 766, mort à 43 ans). Le feuilleton est traité sur le mode d’un humour assez cruel. La prolepse est la figure de style qui met en abîme les récits enchâssés et fait dérouler la spirale des aventures picaresques. Le nom de Dieu, Allah, est scandé maintes fois, (formule d’allégeance ou interjection banale), proféré par nombre de protagonistes.
Schahrazade nous transporte au Caire où nous faisons la connaissance du beau jeune homme Ali Vif-Argent, en route pour Bagdad, passant par Bassora. Dalila-la-Rouée reste la personnalité dominante, machiavélique et expérimentée, qui tisse des pièges féroces, pratique l’art divinatoire « selon le mode cabalistique, en marmottant des paroles talismaniques et lisant à l’envers les lignes hébraïques ». La femme âgée est secondée par sa fille Zeinab, aussi intelligente et dangereuse que belle - une personnification du canon féminin arabe de la beauté. Les descriptifs des vêtements, des parures, de la nourriture, des visages - l’acmé du texte -, avoisinent des actes d’une grande brutalité : « Et le gâteau de plomb fut envoyé avec une telle violence qu’Ali roula au milieu de la rue, empêtré dans ses serviettes, dans le sang et dans le lait des gésiers crevés, et faillit du coup rendre l’âme ».
Dans cet épisode des Mille et Une Nuits, il y a maints déguisements, travestissements, tours de malice, métamorphoses, zoomorphie, mises à l’épreuve. Les protagonistes endossent de multiples identités, prises de leur propre gré ou au contraire obligés par contrainte ou par magie.
Yasmina Mahdi
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