Identification

Bandes Dessinées

Hergé Le passager du XXe siècle, Fabrice Boumahdi

Ecrit par Jean Durry , le Jeudi, 15 Février 2018. , dans Bandes Dessinées, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Arts, Editions Honoré Champion

Hergé Le passager du XXe siècle, Fabrice Boumahdi, octobre 2017, 248 pages, 23 € . Ecrivain(s): Fabrice Boumahdi Edition: Editions Honoré Champion

 

En 1966, Pierre Assouline, maître ès biographies, donnait (chez Plon) celle qui s’imposait immédiatement comme modèle, reprise en outre « revue et corrigée » deux ans plus tard en Folio (Gallimard). Ces quelque 820 pages éclairèrent avec force et pertinence qui fut Georges (Prosper) Rémi (22 mai 1907-3 mars 1983) dit Hergé, levant le voile sur les racines, la formation, les influences, une personnalité bien moins lisse qu’on pourrait l’imaginer. Comme on ne se baigne pas deux fois dans le même fleuve, l’angle d’attaque de Fabrice Boumahdi se veut différent. Son travail s’inscrit dans cette collection « Passeurs d’idées » dont le propos est de cerner comment des auteurs se sont inscrits dans leur époque au point d’influer de façon « profondément marquante dans la mémoire collective ».

Le substrat établi sans ambiguïté – un milieu belge petit bourgeois catholique, déterminant au départ une vision et des convictions assurées –, il va s’agir de montrer à quel point Hergé aura fait passer dans son œuvre, et principalement bien sûr dans Les Aventures de Tintin, tous les conflits, toutes les données majeures du XXe siècle.

Je viens de m’échapper du ciel, d’après Carlos Salem, Laureline Mattiussi

Ecrit par Marc Ossorguine , le Jeudi, 12 Octobre 2017. , dans Bandes Dessinées, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Casterman

Je viens de m’échapper du ciel, d’après Carlos Salem, 196 pages, 18,95 € . Ecrivain(s): Laureline Mattiussi Edition: Casterman

Les amateurs de noir, et quelques autres, connaissent les romans de Carlos Salem, hauts en couleurs autant que le personnage de l’écrivain. Tout le mode ne sait pas forcément qu’il a aussi écrit des nouvelles et de la poésie. Ce sont ses nouvelles qui ont inspiré Laureline Mattiussi pour réaliser cet album singulier, tout en noirs et blancs. La dessinatrice a en effet choisi d’abandonner les couleurs de ses premiers albums pour donner toute leur place aux traits et aux aplats, sans atténuer la brutalité des contrastes dans un monde qui oscille entre réalisme brut et rêves fous. Au centre, un personnage perdu entre le réel de la vie et celui de ses visions et désirs. Son nom suggère des choses : Poe. Comme Edgard Alan et son corbeau.

De bars glauques en combines lamentables, il dérive tranquillement, en parfait loser. S’il rêve de femmes pas toujours accessibles, il peut aussi taper une discute avec un chien installé au même bar que lui. Ou alors essayer de rencontrer le ciel en compagnie de son ange, un barbu avec Snoopy sur son tee-shirt. Paumé royal, Poe a aussi ses pudeurs et il y a des choses qu’il ne peut accepter, comme se déguiser en Titi (l’oiseau que poursuit inlassablement le gros minet Sylvestre dans les dessins animés). En Bugs Bunny, oui, pas de problème. Mais en Titi, pas question. D’abord, il est bien trop flippant Titi !

La forêt des renards pendus, Nicolas Dumontheuil

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Jeudi, 12 Janvier 2017. , dans Bandes Dessinées, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays nordiques, Futuropolis

La forêt des renards pendus, août 2016, d’après le roman d’Arto Paasilinna, trad. finnois Anne Colin du Terrail, 144 pages, 21 € . Ecrivain(s): Nicolas Dumontheuil Edition: Futuropolis

 

Lire un roman d’Arto Paasilinna constitue l’une des expériences les plus réjouissantes d’une vie de lecteur. Lorsqu’on le découvre, on plonge dans un univers doux amer, où une folie étrange baigne tout naturellement la vie quotidienne dans le Grand Nord. Lorsque l’on dévore les suivants, on se délecte de retrouver une humanité hors normes, un style, une ambiance, uniques et toujours surprenants. Alors, lorsque l’on ouvre une BD, adaptant l’un de ses romans, et pas des moindres, il faut avouer que l’on a un a priori positif, mais en même temps, on se demande comment l’artiste a pu réaliser un tel challenge en confrontant notre imaginaire à sa vision.

Tout commence par le retour dans la ferme familiale de Rafael Juntunen. Pas de retour à la terre ici mais la récupération d’un butin planqué sous le fumier. Voici Juntunen riche à millions mais encore lui faut-il trouver une planque pour se faire oublier et éviter un ancien comparse très remonté. L’homme se rend dans la bourgade de Pujlu, perdue au fond de la Laponie, et s’enfonce, à pied, au beau milieu de la forêt des renards pendus, pour cacher son or.

Le temps des sauvages, Sébastien Goethals (BD)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Lundi, 07 Novembre 2016. , dans Bandes Dessinées, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Futuropolis

Le temps des sauvages, octobre 2016, 272 pages, 26 € . Ecrivain(s): Sébastien Goethals Edition: Futuropolis

Cœur d’homme, dent de bête

 

Homo, sacra res homini. L’homme est une chose sacrée pour l’homme (…) l’homme est un dieu pour l’homme.

Sénèque, Lettres à Lucillius

Lupus est homo homini, non homo, quom qualis sit non novit. Quand on ne le connaît pas, l’homme est un loup pour l’homme.

PLaute, Asinaria, La Comédie des Ânes

 

L’ombre brisée d’un caddie sur un parking désert, une envolée de mouettes au-dessus d’un rocher échoué tel un cétacé et un couple énigmatique ouvrent la bande dessinée de Sébastien Goethals. La dominante chromatique de gris coloré accentue le côté film noir ou d’anticipation.

Winter Road, Jeff Lemire (Bande Dessinée)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Jeudi, 29 Septembre 2016. , dans Bandes Dessinées, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Futuropolis

Winter Road, septembre 2015, trad. américain Sidonie Van den Dries), 280 pages couleur, 28 € . Ecrivain(s): Jeff Lemire Edition: Futuropolis

 

Hivernage

 

Les premières pages de la bande dessinée de Jeff Lemire s’ouvrent sur un paysage de désolation – plutôt la fin d’un paysage habité – sur un croquis minimaliste ; un univers implacable. Les scènes qui suivent semblent lacérées à la gouge tant le trait est âpre ; une simple éclaboussure de rouge vient perturber le climat ténébreux et glacial. Les lieux se succèdent, parfois semblables à ceux de l’imaginaire de la science-fiction ou du thriller. Des habitus de type nord-américain, un style de vie rude et des dialogues en ellipse font rentrer progressivement le lecteur dans un monde dévasté car déserté. L’architecture joue un grand rôle, les rares individus présents semblent rapportés ou étrangers. La violence des grandes villes se propage jusque dans les campagnes isolée, où la subsistance économique ne consiste qu’en travaux monotones.