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Zoartoïste et autres textes, Catherine Gil Alcala (2)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) 11.09.17 dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Poésie, Théâtre

Zoartoïste et autres textes, La Maison Brûlée, 2016, 131 pages, 15 €

Ecrivain(s): Catherine Gil Alcala

Zoartoïste et autres textes, Catherine Gil Alcala (2)

 

Du Théâtre Poésie de Catherine Gil Alcala en général et de Zoartoïste en particulier

D’emblée, l’attrait de l’onomastique (la liste des personnages) commet chez le lecteur son travail d’Imagination, lorsqu’il plonge dans le monde de la poétesse-dramaturge Catherine Gil Alcala. C’est écrire qu’un univers à part entière, singulier, s’ouvre d’entrée dans ce qu’il faut bien appeler des Créations, dans un Théâtre Poésie qui tord et hallucine la Langue pour inventer son propre langage, entremêlant les éléments disparates d’une écriture archaïque et contemporaine.

Aussitôt, un Infini turbulent (Henri Michaux) s’avance au centre du théâtre où les personnages-acteurs investissent et traversent une mise en scène hors cadre par à-coups de marteau scandés pour faire résonner le corps dans un abîme de sons, à la recherche du perpétuel variable d’une incarnation intégralement à reconquérir, « (…) une incarnation qui, perpétuellement désirée par le corps, n’est pas de chair mais d’une matière qui ne soit pas vue par l’esprit ni perçue par la conscience et soit un être entier de peinture, de théâtre et d’harmonie » (Antonin Artaud).

La poétesse-dramaturge ressème à nos pieds les brandons des Vociférateurs-de-feu dont le claquement de brasier par nos combats d’Incandescents-en-Lecture tentent de faire revivre les hallucinations jusqu’au rouge de la Lettre et jusqu’à l’os, jusqu’à vouloir toucher l’accord consonnant à celui de « l’Accordeur aveugle » (Artaud), discordant à celui du « Baron Kriminel au centre de la Terre » battant un jeu de cartes d’un geste automatique… (Gil Alcala). Cependant que « des hommes sidérés déambulent dans les rues interminables d’une ruche »…

Cosmogonie individuelle, l’inspiration de Catherine Gil Alcala est de ces aérolithes mentaux où notre réalité se retrouve métamorphosée, transfigurée, au point phosphoreux de son Théâtre Poésie animé par le souffle protéiforme d’une pensée magique.

La valeur de réalité et d’évidence du Théâtre Poésie de Gil Alcala provient a contrario de l’aspect de gravité et de grotesque enrobant l’absurdité du réel et le caractère d’inquiétude de son action. La thématique de l’auteure (la folie, les rêves, le langage de l’inconscient, l’angoisse, etc.) s’expérimente sous la forme d’une pensée magique (« la magie de vivre » chez Artaud), initiatique et éclatée – reflets labyrinthiques dans des miroirs qui s’emboîtent, monologue à plusieurs voix « chœur polyphonique des voix intérieures », langage onomatopéique et glossolalies, etc. Les ficelles ne s’y tirent pas comme le Divertissement peut facilement nous tirer les larmes de son Spectacle spontanément mélodramatique. Ce sont elles qui nous tirent – vers le vertige foisonnant d’une imagination débordante, vers « les profondeurs chamaniques » de dissociations créatives –, défaites de l’attirail encombrant qui fait le Spectaculaire, faisant vibrer les cordes de la parole, des images et des abstractions sur la scène de nos états désaxés, en des personnages incarnés et habités (figures visibles et représentatives d’un langage invisible ou énigmatique) agissant le théâtre comme une véritable opération de magie.

L’émotion psychologique est créée par l’explosion ou l’implosion (cf. in James Joyce fuit… Lorsqu’un homme sait tout à coup quelque chose) d’un ou des personnages dont les voix mettent en scène la fatalité de la vie (effet de grotesque mêlé de tragique) et le syncrétisme d’un univers où les mystérieuses rencontres des rêves agrandissent l’espace-temps et le pétrissent de phosphorescences où la réalité ne s’encombre plus d’images polluées de désillusions. Projetés, nous le sommes, dans le « temps noir de certaines tragédies antiques que tout vrai théâtre doit retrouver », selon Artaud, ainsi que dans l’absurde imparable de toute étincelle de vie vrillée au sortilège (« le sortilège d’une étincelle de vie tourne comme une toupie » dit le Génie Infantile. « Je trace des chemins dans les broussailles du chaos… », vocifère Zoartoïste).

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Zoartoïste … le mot résonne comme

– « Zo » de « Zoologie » ou l’animal en anima sur le théâtre du monde ?

« Zoartoïste (…) c’est le nom d’une divinité animale du monde archaïque… ou (…) » dit l’Essaim d’une Voix dissolue.

– « art »

« arto » comme l’autiste et le Mômo en corps morcelé et mots fendillés / sillonnés, ensorcelant la coque-matière lourde de la barque des « avachis » (Artaud), accroché à sa singulière traversée des miroirs. « Carné d’incarné de volonté osseuse sur cartilages de volonté rentrée » (Artaud), voulant placer la vie sur scène, Arto l’autiste force l’ordre du monde et sa position / sa posture avance, tel le surgissement fracassant d’un Théâtre refusant d’être contaminé par une déperdition de matière se dresse seul pour vider collectivement les abcès de la vie, dégager des forces, dénouer des conflits, car : « Même détruit, même annihilé et pulvérisé organiquement, et brûlé dans les moelles, il sait qu’on ne meurt pas dans les rêves, que la volonté y joue jusqu’à l’absurde, jusqu’à la négation du possible, jusqu’à une sorte de transmutation du mensonge dont on refait de la vérité » (Antonin Artaud, Le Théâtre et la Peste in Le Théâtre et son Double, 1935).

« arto » de Zoartoïste comme « l’onde radiophonique qui traverse l’univers » ? « Arto l’autiste rase les murs dans un abîme de sons, / les prières des moines taoïstes se dispersent / en ondes radio sur l’ionosphère » dit l’Onde radiophonique qui traverse l’univers.

Comme l’agitation d’un oriflamme calciné vitupéra autour des dormeurs « avachis », Pour en finir avec le jugement de Dieu ?

N.B. : les propulsions anachroniques importent moins, ici, que les renversements du temps qu’elles opèrent sur la scène du monde-théâtre-monde. Ainsi le personnage de Homère marmonnant en remontrait déjà, concernant le monde, à des auteurs de plusieurs siècles ses aînés, dans James Joyce fuit… Lorsqu’un homme sait tout à coup quelque chose, lesquels, par la voix de Henri Michaux, répondaient par l’esquive délicieusement humoristique d’une boutade : « Homère marmonnant : mais vous ne connaissez pas le monde monsieur… monsieur comment déjà ? Henri Michaux : Henri Michaux pour vous servir, monsieur, Lui, James Joyce, Antonin Artaud, Arthur Rimbaud… Je ne connais effectivement pas la société humaine, je viens juste de m’évader ».

– « artoïste » de « artiste », « toïste », « Arto l’autiste » de Zoartoïste.

Didier Ayres dans son À propos de Zoartoïste et autres textes de Catherine Gil Alcala, publié sur le site de La Cause Littéraire le 28.11.2016, ajoute : « (…) Zoartoïste, c’est-à-dire un enchâssement de noms et d’épithètes tels que Zoroastre, taoïste, artiste, le Tao, l’art, Zarathoustra ».

Nous entrons et suivons la danse de ce Zoartoïste par le fil scintillant d’un labyrinthe viscéral, où l’onde incantatoire radiophonique qui traverse l’univers fait se secouer la transe dont « les fils de l’orage révèlent le secret indicible des existences ».

« seti-lisible » (Artaud) ? – La fusion contradictoire de la question et de la réponse (« c’est illisible ! ») nous redonne la langue (tombée), le sens (effondré) dans un théâtre idéal où réapprendre à lire (la réalité) est viscéralement une entreprise de création organique, sans craindre la décomposition des mots ni leur force de révélation.

« Comme l’artiste construit l’œuvre de son désastre, l’initiation, entre création et néantisation, est une traversée de la mer incendiée », dit Zoartoïste. Entrons, embarqués sur cette mer incendiée par le poudroiement de ses vociférations, dans la chevelure des astres…

 

Murielle Compère-Demarcy

 

Lire l'article de Didier Ayres sur la même oeuvre

 


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A propos de l'écrivain

Catherine Gil Alcala

 

Catherine Gil Alcala a longtemps navigué entre plusieurs disciplines, la poésie, le théâtre, la performance, la musique, les arts plastiques… Expérimenter en toute liberté pour traduire le langage de l’inconscient, des rêves, de la folie… qui sont ses obsessions, ses thèmes de prédilection.
Depuis quelques années, elle privilégie l’écriture, plusieurs de ses textes ont été joués au théâtre ou ont fait l’objet de performances musicalo-poétiques.

 

A propos du rédacteur

MCDEM (Murielle Compère-Demarcy)


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Murielle Compère-Demarcy - publiant aussi sous le nom de MCDem. - est une poétesse, nouvelliste et auteure de chroniques littéraires et d'articles critiques.

Poésie

Atout-cœur, éditions Flammes vives, 2009

Eau-vive des falaises éditions Encres vives, collection Encres Blanches, 2014

Je marche..., poème marché/compté à lire à voix haute, dédié à Jacques Darras, éditions Encres vives, collection encres Blanches, 2014

Coupure d'électricité, éditions du Port d'Attache, 2015

La Falaise effritée du Dire, éditions du Petit Véhicule, Cahier d'art et de littérature, Chiendants, n°78, 2015

Trash fragilité, illustrations de Didier Mélique, éditions Le Citron gare, 2015

Un cri dans le ciel, éditions La Porte, 2015

Je tu mon alterégoïste, couverture de Didier Mélique, préface d'Alain Marc, 2016

Signaux d'existence suivi de La Petite Fille et la Pluie, éditions du Petit Véhicule, 2016

Le Poème en marche, suivi de Le Poème en résistance, éditions du Port d'Attache, 2016

Dans la course, hors circuit, éd. du Tarmac, 2017

Poème-Passeport pour l'Exil, co-écrit avec le photographe-poète Khaled Youssef, éd. Corps Puce, coll. Parole en liberté, 2017

Réédition Dans la course, hors circuit, éd. Tarmac, 2018

... dans la danse de Hurle-Lyre & de Hurlevent..., éd. Encres Vives, coll. Encres Blanches, n°718, 2018

L'Oiseau invisible du Temps, éd. Henry, coll. La Main aux poètes, 2018

Alchimiste du soleil pulvérisé, Z4 Éditions, 2019

Fenêtre ouverte sur la poésie de Luc Vidal, éditions du Petit Véhicule, coll. L'Or du Temps, 2019

Dans les landes de Hurle-Lyre, Z4 Éditions, 2019

L'écorce rouge suivi de Prière pour Notre-Dame de Paris & Hurlement, préface de Jacques Darras, Z4 Editions, coll. Les 4 saisons, 2020

Voyage Grand-Tournesol, avec Khaled Youssef et la participation de Basia Miller, Z4 Éditions, Préface de Chiara de Luca, 2020 [262 p.]

Werner Lambersy, Editions les Vanneaux, 2020

Confinés dans le noir, Éditions du Port d'Attache, illustr. de couverture Jacques Cauda ; 2021

Le soleil n'est pas terminé, Editions Douro, avec photographies de Laurent Boisselier. Préface de Jean-Louis Rambour. Notes sur la poésie de MCDem. de Jean-Yves Guigot. Illustr. de couverture Laurent Boisselier, 2021