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Univers d'écrivains

Hommage à Edward Gorey

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 24 Novembre 2011. , dans Univers d'écrivains, Les Ecrivains, Les Dossiers, Articles, La Une CED

le minuscule majuscule ou l’humanité-brindille. . Ecrivain(s): Edward Gorey

Edward Gorey est méconnu en France. Curieusement méconnu.

De façon vraiment incompréhensible. Et même : saugrenue.

Sau-gre-nue.

Le macabre et le bizarre de son travail, l’humour pince-sans-rire, tellement british (s’il était américain, sa passion pour tout ce qui était victorien explique cela), sont réjouissants à la diable.

Mais Gorey, c’est surtout le poète de la ligne, la ligne évoluant dans le froid et le vent qui berce les arbres sans feuilles. L’amoureux de la ligne. Le dessinateur qui se sert de la ligne pour se tenir dessus et faire de petits pas au-dessus du vide que peignent les mots de son histoire, de ses histoires, – toutes (plus ou moins) pénétrées du gothique (il faut voir ici une influence presque certaine de Jane Austen sur Gorey – qui confessera du reste son admiration infinie pour cette auteure –, Austen qui a repris, avec une certaine dérision mais aussi une certaine épure, les principaux thèmes gothiques dans Northanger Abbey, que Gorey à son tour ne cessera de reprendre, et toujours avec cette distanciation propre à l’humour), en sachant qu’il y aura toujours une chute à la fin, toujours une mort, toujours le tragique qui viendra.

Miroir de l'Amérique, Richard Russo

Ecrit par Virginie Neufville , le Mercredi, 09 Novembre 2011. , dans Univers d'écrivains, Les Ecrivains, Les Chroniques, La Une CED, USA

. Ecrivain(s): Richard Russo

Richard Russo est l’écrivain des « petites gens », de ces américains moyens qui sont nés, ont grandi et vivent encore dans la même bourgade. Leur équilibre dépend étroitement de la bonne santé économique de leur ville. Ces « Working Class Heroes » subissent de plein fouet l’essor des galeries marchandes énormes implantées aux périphéries, et tentent, tant bien que mal, d’éviter l’asphyxie en s’ouvrant vers d’autres possibilités familiales et/ou professionnelles. Pour Russo, « les personnes sont indissociables de leur environnement », prônant une thématique instaurée par Charles Dickens. Ainsi, « les décors façonnent les âmes », que ce soit Miles Ruby dans Le déclin de l’empire Whiting (10/18, 2002, Prix Pulitzer et roman de l’année du New-York Times), Sully dans Un homme presque parfait (10/18, 2003), ou encore Jack Griffin dans les Sortilèges du Cap Cod (Quai Voltaire, 2010), ils ont en commun d’incarner des anti-héros, des anonymes perdus dans leur ville natale, se débattant avec des problèmes biens connus de leurs lecteurs, et à tel point transparents qu’on doute au départ de leurs qualités intrinsèques ! Et pourtant, la magie opère, car Richard Russo crée des personnages foncièrement bons qui, parfois, sous des dehors « abrupts », possèdent un cœur d’or. Dès lors, on suit avec plaisir ces « héros malgré eux » décrits à un tournant de leur vie « banale » : la retraite, un mariage à bout de souffle, un décès, entourés de personnages secondaires attachants et tout aussi savoureux. Par exemple, Jack Griffin subit une mère un brin hystérique, acharnée du téléphone, et y crachant son cynisme à longueur de journées :

Carver revisité

Ecrit par Didier Bazy , le Lundi, 08 Août 2011. , dans Univers d'écrivains, Les Ecrivains, Les Dossiers, USA, Nouvelles, L'Olivier (Seuil)

Raymond Carver, Débutants. Parlez-moi d'amour . Ecrivain(s): Raymond Carver

Raymond Carver, Débutants
Traduit de l'anglais (américain) par J. Huet et J-P. Carasso.
Œuvres Complètes 1

Ed. de l'Olivier, 2010, 329 pages.

Raymond Carver, Parlez-moi d'amour
Traduit de l'anglais (américain) par G Rolin révisée par N Zberro.
Œuvres Complètes 2

Ed. de l'Olivier, 2010, 186 pages.


Carver revisité. Les lecteurs qui n'aiment pas relire seront gâtés. Le 1er volume est le recueil de nouvelles brutes que Carver avait publié çà et là dans des revues. Le second volume est le recueil de ces « mêmes » nouvelles revues et corrigées, amendées et concentrées, par l'éditeur Gordon Lish. Le premier tome est une mise en bouche. Le second, une plongée dans l'univers de Carver. Laissant aux philologues ce double outil pénétrant, nous traitons ici seulement et librement de quelques thématiques du monde selon Carver.

Entretien avec Marc Pautrel

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mardi, 19 Juillet 2011. , dans Univers d'écrivains, Les Dossiers, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED, Entretiens

Mené par Matthieu Gosztola

Vous semblez faire en sorte que le cadre de vos récits ait trait toujours à une certaine a-temporalité, qui pourrait presque s’apparenter à celle des contes, ce qui n’est pas seulement perceptible dans Le Métier de dormir (Confluences, 2005). Ce lien constant entre les contes et vos récits tient aussi me semble-t-il à leur brièveté qui permet de ne jamais les clore, et de les rattacher à un héritage grandiose du récit elliptique et bref où ce sont nos rêves, notre imaginaire, qui viennent poursuivre les faits relatés. Faire choir les récits de la contemporanéité afin de les faire tomber dans l’imprécision des rêves et des contes, mais toujours suivant l’extrême précision que permet votre écriture, ses entrelacs et son chant comme se déployant en contre-points successifs, est-ce ce qui paradoxalement permet de dire vraiment quelque chose du contemporain ?


Je crois que ce qui est commun à tous mes textes, c’est leur caractère légendaire. Le récit, ou pour les textes plus longs, les histoires (ou romans), sont livrés par écrit en raison de l’importance quasi mythique que le narrateur leur accorde. Il faut raconter cette chose, apparemment commune, mais qui met en lumière une vérité.

La colère des imbéciles remplit le monde

Ecrit par Christian Massé , le Mercredi, 13 Juillet 2011. , dans Univers d'écrivains, Les Ecrivains, Les Chroniques, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED

A propos de Georges Bernanos . Ecrivain(s): Georges Bernanos

J’ai vu là-bas, à Majorque, passer sur la Rambla, des camions chargés d’hommes. Ils roulaient avec un bruit de tonnerre, au ras des terrasses multicolores, lavées de frais, toutes ruisselantes. Les camions étaient gris de la poussière des routes, gris aussi les hommes assis quatre à quatre, les casquettes grises posées de travers et leurs mains allongées sur les pantalons de coutil, bien sagement. On les raflait chaque soir dans les hameaux perdus, à l’heure où ils reviennent des champs ; ils partaient pour le dernier voyage, la chemise collée aux épaules par la sueur, les bras encore pleins du travail de la journée, laissant la soupe servie sur la table et une femme qui arrive trop tard au seuil du jardin, avec le petit baluchon serré dans la serviette neuve : A Dios ! Recuerdos !… Ces gens n’avaient tué ni blessé personne. C’étaient des paysans semblables à ceux que vous connaissez, ou plutôt à ceux que connaissaient vos pères, et auxquels vos pères ont serré la main, car ils ressemblaient beaucoup à ces fortes têtes de nos villages français, formés par la propagande gambettiste, à ces vignerons du Var auxquels le vieux cynique Georges Clémenceau allait porter jadis le message de la Science et du Progrès Humain. Pensez qu’ils venaient de l’avoir, leur république – Viva la republica ! - qu’elle était encore, le 18 juillet 1936 au soir, le régime légal reconnu de tous, acclamés par les militaires, approuvé par les pharmaciens, médecins, maîtres d’école, enfin par tous les intellectuels.