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Toutes les histoires d’amour ont été racontées, sauf une, Tonino Benacquista (par Jean-Jacques Bretou)

Ecrit par Jean-Jacques Bretou 04.11.20 dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Gallimard

Toutes les histoires d’amour ont été racontées, sauf une, mars 2020, 214 pages, 19 €

Ecrivain(s): Tonino Benacquista Edition: Gallimard

Toutes les histoires d’amour ont été racontées, sauf une, Tonino Benacquista (par Jean-Jacques Bretou)

 

Léo gagne sa vie en faisant des enquêtes pour la SNCF. Une vie simple, sans ambition aucune, que les modestes revenus de ses sondages suffisent à alimenter. Par ailleurs, même si son logement est un affreux gourbi, meublé d’objets déclassés et si aucun fripier ne voudrait de sa garde-robe, il possède un talent exceptionnel de photographe. Grâce à un ami qui lui sert d’agent, il a réussi à placer auprès d’offices spécialisés un bon nombre de clichés qui lui ont permis de faire quasiment le tour du monde, de renouveler ses sources et de trouver une bonne amie, Gaëlle. Cependant Léo va tout perdre d’un coup : Gaëlle, et son merveilleux talent pour la photographie. Son grave défaut, son apathie, se transforme en dépression profonde à laquelle s’ajoute une ptôse palpébrale qui l’empêche de garder l’œil ouvert, et une paralysie faciale périphérique de grade V, puis un beau jour il disparaît des yeux de ses fréquentations habituelles.

Léo a aménagé dans son logement une chambre noire qui lui permet de regarder à longueur de temps des séries. Il a disparu du monde réel pour celui des mondes parallèles en celluloïd. Il regarde : Sur orbite, où l’on observe la terre depuis une navette spatiale, Renaissance, ou la vie de Florence en 1504, Les InfidèlesWild SideL’Arène. Il a un faible pour Homeless rich, l’histoire d’un milliardaire qui joue son rôle de personne fortunée le jour et revêt les guenilles d’un pauvre hère la nuit, Rich et Richard l’homme à la double personnalité. Il commence à bien connaître la vie d’Harold Cordell des Chapitres de la vie d’Harold, un écrivain cynique et désabusé, incapable du moindre mot doux que Lena, sa femme, va défier, alors qu’elle s’apprête à mourir, d’écrire une histoire d’amour. Alors, celui « qui avait beau avoir vu cent fois Sur la route de Madison [et qui] s’identifiait toujours à Meryl Streep et non à Clint Eastwood, essuyant un refus de son éditeur pour la publication de The Fat Dancer of Dresden, son dernier recueil, va lui proposer une histoire d’amour.

Toutes les histoires d’amour… c’est Saga de Benacquista, à l’envers. On ne voit pas se construire une série, on est du côté des spectateurs qui regardent les séries et finissent par mélanger leur vie et celle de leurs héros. Pour l’auteur Benacquista, comme il le fait dire à Lena, on a tous besoin de fiction pour vivre. On peut exprimer la chose comme les romanciers français se réclamant de la « nouvelle fiction » l’avaient fait en rappelant qu’il s’agit d’opérer [une] Willing suspension of disbelief, soit une « suspension consentie de l’incrédulité ». Citons Coleridge, l’inventeur du concept : « […] l’accord fut que je porterai mes efforts en direction des personnes et caractères surnaturels ou du moins romantiques ; le but étant de puiser au fond de notre nature intime une humanité aussi bien qu’une vraisemblance que nous transférerions à ces créatures de l’imagination, de qualité suffisante pour frapper de suspension, ponctuellement et délibérément, l’incrédulité, ce qui est le propre de la foi poétique ».

Ce livre de Benacquista, peut-être un peu plus difficile à lire que les autres en raison du nombre de personnages et des rôles auxquels il faut se référer, conserve toute la saveur et l’invention des ouvrages précédents. C’est aussi un très beau plaidoyer pour la fiction.

 

Jean-Jacques Bretou

 

Issu d’une famille d’émigrés italiens de Broccostella, dans la province de Frosinone (Latium), installée à Vitry-sur-Seine, le jeune Tonino Benacquista lit peu et passe le plus clair de son temps libre devant des séries TV. Grâce à La Commedia des ratés, publié en 1991, et qui rafle 3 prix littéraires la même année, Benacquista se fait plus largement connaître du grand public. La première adaptation d’un de ses livres voit le jour en 1994 avec La Maldonne des sleepings adapté pour la TV et rebaptisé Couchettes express. Avec Saga, il reçoit le Grand Prix des lectrices de Elle en 1998 ; avec Nos gloires secrètes paru en 2013, le Grand Prix de la SGDL de la nouvelle et le prix de la Nouvelle de l’Académie française 2014. Il est par ailleurs scénariste de bande dessinée et il écrit pour le cinéma.

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A propos de l'écrivain

Tonino Benacquista

 

Né en 1961 en banlieue parisienne, à Choisy-le-Roi, Tonino Benacquista grandit dans une famille d’émigrés italiens. Il se lance dans des études de cinéma avant de partir découvrir la vie, la vraie, histoire de voir à quoi elle ressemble. C’est une bonne idée : ses (très) diverses expériences lui serviront de source d’inspiration privilégiée au moment d’écrire ses romans noirs. C’est ainsi qu’il se retrouve accompagnateur de nuit aux wagons-lits (il s’en souviendra dans La Maldonne des sleepings), accrocheur d’œuvres dans une galerie d’art contemporain (Trois carrés rouges sur fond noir) ou encore parasite mondain (Les Morsures de l’aube). Aujourd’hui, il partage son activité d’écrivain entre les romans, les nouvelles, le théâtre et le cinéma (le film Sur mes lèvres lui a valu le César du meilleur scénario). Sans oublier la bande dessinée : Jacques Ferrandez a adapté l’une de ses nouvelles (La Boîte noire, éd. Futuropolis) et mis en images L’Outremangeur (éd. Casterman), récemment transposé au cinéma.

 

A propos du rédacteur

Jean-Jacques Bretou

 

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Rédacteur

Jean-Jacques BRETOU est traducteur.