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Rue de l’Espérance, Alexandre Courban (par Jean-Jacques Bretou)

Ecrit par Jean-Jacques Bretou 03.06.26 dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Folio (Gallimard), Roman

Rue de l’Espérance, Alexandre Courban – 1935 – Folio – 288 pages – 9,50 €

Edition: Folio (Gallimard)

Rue de l’Espérance, Alexandre Courban (par Jean-Jacques Bretou)

 

Samedi 8 décembre 1934, Édouard Blutoir est installé dans le café qui fait l’angle du boulevard Kellermann et de la rue de l’Amiral-Mouchez dans le 13ème arrondissement. Il regarde son canon de blanc en hésitant, la veille il s’était promis que ce serait le dernier. Il est ouvrier, tourneur-fraiseur, et fier de sa condition. Pourtant, il doit sa présence ici, à cette heure-là pour avoir perdu une main à la suite d’un accident du travail en octobre 1931 chez Gnome et Rhône. Infirme, ils l’ont jeté à la rue et néanmoins, dans l’âme, il appartient toujours à cette classe ouvrière dont il porte fièrement le couvre-chef : la casquette. Celle que mettent les bourgeois pour faire du sport, une casquette plate avec un bouton sur le dessus presqu’un signe de ralliement. Car c’est l’époque des rebuffades chez les ouvriers et l’on rêve d’une union solide des partis politiques de gauche. On est à la veille du Front Populaire. Et, c’est aussi l’heure de la course aux armements. La preuve, à condition d’être soumis, ce qui n’a pas été forcément le cas de Blutoir, on trouve facilement du travail dans les grandes usines métallurgiques de la région parisienne. On embauche à Villacoublay chez Bréguet, à Billanccourt chez Farman, chez Lorraine Dietrich à Argenteuil

Dimanche 9 décembre. Georges Roux le conducteur de la rame 316 mène son métro à la station Campo-Formio. Dès les portes ouvertes une agitation inhabituelle se fait entendre tandis que Joséphine Dambron, élève infirmière à la Salpêtrière s’agenouille près d’un homme et lâche un triste constat : « il n’y a plus rien à faire ! » Le reste, on l’apprendra dans l’Humanité du lendemain sous la plume de Gabriel Funel. On a retrouvé dans un wagon de la ligne 316 menant place d’Italie, le corps sans vie d’André Legendre, dessinateur industriel aux usines de moteurs d’avion Gnome et Rhône. Le commissaire Bornec est arrivé rapidement sur les lieux de l’accident. La victime ayant été trouvée, baignant dans son sang, un drôle de couteau planté dans le cou jusqu’à la garde, Bornec a déclaré qu’il s’agissait d’un crime et que l’origine de l’arme est à chercher du côté italien. On pense tout de suite à la tension qui existe entre Mussolini et Haïlé Sélassié ; le dictateur italien aimerait bien voir passer l’Éthiopie dans son giron.

C’est un livre historique qui nous rappelle avec précision et dans un beau style la fin des années 1930 en France, comme Passage de l’avenir (du même auteur), l’avait fait pour 1934. Deuxième livre d’une série de cinq, Courban fête à sa manière le 90 ème anniversaire du Front Populaire, nous dessine son 14 juillet 1935 et puis il nous fait visiter ce 13 ème arrondissement qu’il semble bien aimer.


Jean-Jacques Bretou


Né en 1971, Alexandre Courban a fait des études d’histoire et consacré sa thèse au journal L’Humanité de 1904 à 1939. Il travaille aujourd’hui comme programmateur culturel pour la Caisse centrale des activités sociales des industries électriques et gazière. Il est également conseiller du 13 ème arrondissement.


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Jean-Jacques BRETOU est traducteur.