Mémoires d’outre-rock, Gilles Riberolles (par Guy Donikian)
Mémoires d’outre-rock, Gilles Riberolles, Éditions Frémeaux & Associés, 240 pages, parution février 2026, 19,50 euros.
Écrire sur la musique rock, malgré ce qu’en disait Frank Zappa, ce n’est pas seulement pour Gilles Riberolles relater des rencontres avec les musiciens, c’est donner à lire ce que cette musique contenait de révolte, d’appel à la liberté, à la vie en somme pour une génération qui se sera ingéniée à abattre les normes d’une société trop rigide, campée sur des principes à dépasser. De Iggy Pop à James Brown, en passant par Bowie ou les Stones, Gilles Riberolles nous montre « combien l’esthétique peut être puissance de vie et d’émancipation », parce qu’il s’agit bien d’esthétique, née d’une volonté farouche de vivre plus près de soi et des autres, d’être en communion avec le vivant pour le sublimer
Ainsi l’auteur narre-t-il sa rencontre avec Frank Zappa, et chez ce musicien atypique, la volonté d’une esthétique est franchement affirmée, tant sa musique était pensée, élaborée, tout en laissant le champ livre à l’improvisation, et la recherche pour ce musicien n’était pas un vain mot. « Zappa n’était pas un juke-box, il était un laboratoire. » Gilles Riberolles rappelle que Zappa n’était pas seulement musicien, (il aura sorti plus de soixante albums) puisqu’il « a réalisé plusieurs films dont le célèbre 200 motels. Il aura moqué l’Amérique réactionnaire et fait tomber des barrières. A sa manière unique il aura émancipé les esprits et enrichi la musique ». Il faut compter parmi ses fans un certain Vaclav Havel qui a invité le musicien à Prague en 1990.
Et puis Zappa n’était avare de diatribes lors de ses (rares) interviews ou dans sa musique. Ainsi clamait-il : « Si vous êtes englués dans une vie misérable ou ennuyeuse et que vous avez écouté ce que disait votre mère, votre père, le curé ou le type à la télévision alors vous avez ce que vous méritez. »
Johnny Thunders fait aussi partie de cette galerie de personnages plutôt remarquables en raison des musiques qu’ils ont produites et qui ont marqué leur temps. L’auteur rend compte d’un concert auquel il a assisté au Bataclan, en 1973, concert des New York Dolls dont Johnny Thunders était le guitariste. Il y eut, parmi les spectateurs des premiers rangs des gens qui se mirent à cracher sur le groupe, ce qui fit péter un plomb à David Johansen et le concert avait tourné court. Et pourtant « les Dolls c’était du rythm’blues, avec une déjante rock and roll, une théâtralité queer et une énergie faite de fun et de dramaturgie. Ils incarnaient le New York des ruelles sombres, des chats de gouttières, ce New York underground du début des 70’s.
Le guitariste revient quatre ans plus tard sur la même scène, mais en tant que leader de son propre groupe, the Heatbreakers « car avec un passé lié aux New York Dolls, les Heartbreakers jouissaient d’un statut privilégié au sein de la scène punk britannique. »
Le chapitre consacré à Iggy Pop commence ainsi : « la plupart des artistes, surtout des musiciens, et particulièrement ceux de culture rock sont des résistants. Des résistants aux schémas dominants, aux psycho-rigidités de toutes sortes et aux dogmes de toutes natures ; des remparts à la pensée consensuelle et à l’ennui. » Pour l’auteur qui a rencontré James Osterberg alias Iggy Pop à différentes reprises, le chanteur est bien plus qu’un simple musicien, c’est une icône, un personnage emblématique qui à lui seul résume la raison d’exister d’une telle musique.
« Iggy aura été un résistant, un franc-tireur, un survivant, un héros puis un « entertainer, » épanoui.
Les rencontres avec Blondie, Bowie, James Brown, Gainsbourg sont autant de moments que l’auteur à passés avec ces musiciens, et c’est ce qui ici est remarquable : la proximité qui favorise l’échange, la sincérité aussi parfois, alors même que certains ne peuvent plus s’entendre. Ce fut le cas de Jagger et Richards que l’auteur a reçus séparément en raison de la brouille notoire qui les animait.
Mémoires d’outre-rock séduit par les anecdotes qui ponctuent les portraits d’artistes qui ont marqué leur temps tant par leur musique que par leur engagement.
Gilles Riberolles est un journaliste rock qui débute à la fin des années 70. Il est également musicien.
Guy Donikian
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