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Méfaits d’hiver, Philippe Georget

Ecrit par Catherine Dutigny/Elsa 27.11.15 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Polars, Jigal

Méfaits d’hiver, septembre 2015, 352 pages, 19,50 €

Ecrivain(s): Philippe Georget Edition: Jigal

Méfaits d’hiver, Philippe Georget

On le pressentait. Pour son cinquième roman publié chez Jigal Polar, Philippe Georget, reprenant la saga des enquêtes de Gilles Sebag, lieutenant de police à Perpignan et mari exemplaire, franchit la ligne rouge et place son héros face à la découverte de l’infidélité de son épouse. Ce qui n’était que doutes dans les précédents romans, se transforme en une accablante vérité à la lecture de deux SMS dans le portable de Claire.

« Son expérience de flic lui avait appris qu’il n’y avait pas aujourd’hui de meilleur confident qu’un téléphone portable. Pas de pire traître non plus » (p.8).

Nous sommes à la veille de Noël et du Nouvel An, autant dire en « période de fêtes », expression qui pour Gilles Sebag gardera longtemps un goût amer.

S’abrutir de travail permet selon certains d’oublier ses soucis et ses peines, mais pour Sebag, le sort en a décidé autrement.

La délinquance principalement liée au trafic de drogue et de cigarettes en provenance de l’Espagne cède le pas, en cette fin d’année, à une épidémie d’adultères qui fait tousser les Perpignanais mieux que les rafales de Tramontane. Tousser, mais aussi mourir.

Confronté à deux premiers décès suspects, puis à une tentative de meurtre par le feu d’une femme qui a trompé son époux, l’inspecteur cocufié doit affronter tout au long de son enquête ses propres démons que le whisky et les cigarettes n’arriveront guère à faire disparaître ainsi que les saillies de ses collègues qui ignorent son infortune ou font semblant.

C’est bien connu, les cocus font rire, dès l’instant où l’on pense être à l’abri de ce type de mésaventure ou que l’on ne l’a pas encore découvert.

Pendant qu’un énigmatique corbeau dénonce aux maris trompés, qu’il choisit de préférence parmi les sanguins, l’existence d’un amant, les lieux de rencontres, les horaires, et accompagne ses révélations de photos compromettantes, Gilles Sebag analyse ses propres sentiments, s’interroge, imagine avec masochisme sa femme dans les bras de son amant, hésite entre pardon et révolte, se détourne de son sport favori, perd parfois confiance en lui, ne croit plus en son couple, en son job, en un après la trahison. Son monde s’écroule. La dépression le guette. Saura-t-il sortir de ce cauchemar et relever la tête ?

Le regard porté par l’auteur sur l’adultère confond le lecteur par sa justesse, sa sensibilité, sa sincérité. Philippe Georget, d’une plume qui caresse autant qu’elle déchire, ne cache aucune des pensées, ruminations, qui assaillent l’homme trompé, portant en lui de manière viscérale quelques résidus de machisme et tentant de s’ouvrir, du moins intellectuellement, à l’évolution des mœurs et plus particulièrement aux désirs parfois complexes des femmes mariées.

Sans aucun doute, l’originalité première de Méfaits d’hiver tient dans cette confession faite avec pudeur, sans l’ombre d’une complaisance, des tourments engendrés par ce qui « tue » une forme d’amour idéal où l’épouse, aimante dévouée et irréprochable, constitue l’étai du couple et le support sur lequel on désire s’appuyer quoi qu’il arrive.

Pied de nez aux lecteurs fans de Gilles Sebag, quand Julie, sa nouvelle collaboratrice, finit par recueillir les confidences du lieutenant de police et montre de l’empathie, voire plus à son égard, l’écrivain, après avoir appâté son lectorat avec la possibilité d’un œil pour œil, dent pour dent, le renvoie dans les cordes en dévoilant l’homosexualité de la jeune femme. Il est dit et écrit que le héros restera jusqu’au bout intègre, contraint et forcé dans ce cas d’espèce.

Cette plongée en enfer intime apporte de la profondeur à une intrigue qui recèle, genre oblige, des rebondissements inattendus, narrés avec toute la maîtrise d’un écrivain mature parfaitement à l’aise dans des registres privés ou publics.

Philippe Georget a merveilleusement su jouer et développer des « variations sur l’adultère et autres péchés véniels », en référence au sous-titre du roman, sans pour autant oublier qu’il est d’abord un auteur de polars. Une bien belle réussite.

 

Catherine Dutigny/Elsa

 


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A propos de l'écrivain

Philippe Georget

 

Philippe Georget est né à Epinay/Seine en 1963. Après une licence d’Histoire et une maîtrise de journalisme en 1988, Philippe Georget travaille d’abord pour Radio-France et Le Guide du Routard, avant de se lancer dans la télévision régionale du côté d’Orléans. Il y travaille comme journaliste rédacteur, cameraman et présentateur, puis s’installe en pays catalan. Les violents de l’automne est son troisième roman publié aux éditions Jigal Polar. Ce livre est sélectionné pour le Prix Ancres Noires 2013. Il est également nominé Prix de l’Embouchure 2013, Prix du Lion Noir 2013, Prix Interpol’Art.

Ses précédents livres : L’été tous les chats s’ennuient, Jigal Polar, septembre 2009, février 2010, Prix SNCF du Polar 2011, Prix du Premier Roman Policier 2011 de la Ville de Lens ; Le paradoxe du cerf-volant, Jigal Polar, mai 2011, Prix SNCF du Polar 2011, Prix du Premier Roman Policier 2011, Prix Coup de Foudre / Vendanges Littéraires 2011.

A propos du rédacteur

Catherine Dutigny/Elsa

 

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Rédactrice

Membre du comité de lecture.

Domaines de prédilection : littérature anglo-saxonne, française, sud-américaine, africaine

Genres : romans, polars, romans noirs, nouvelles, historique, érotisme, humour

Maisons d’édition les plus fréquentes : Rivages, L’Olivier, Zulma, Gallimard, Jigal, Buschet/chastel, Du rocher, la Table ronde, Bourgois, Belfond, Wombat etc.