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Le tiers temps, Maylis Besserie (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret 25.02.20 dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Gallimard

Maylis Besserie, Le tiers temps

Edition: Gallimard

Le tiers temps, Maylis Besserie (par Jean-Paul Gavard-Perret)

 

Dans ce premier roman défile les épisodes qui ont marqué l'existence et sa vie quotidienne au "Tiers-Temps" maison de retraite de XIVème arrondissement où Beckett attend la mort entouré de femme et en regardant la télévision pour laquelle il aura donné des pièces mémorables ("Quad", "Nacht und Traume", "Trio du Fantôme", "...Quoi Où..."entre autres).

Contrairement à ses héros, Beckett ne va plus avoir longtemps à attendre la fin. L'auteur de Godot est au bout du bout dans ce texte émouvant. Existe soudain le verdict auquel personne n'échappe. Il ne s'agit plus de passer sous silence mais de passer au silence en faisant suite au mot ravalé de Mallarmé.

Dans "L'innommable" il était encore question de "dire des mots tant qu'il y en a" mais tout se referme. Beckett a fait la paix avec sa mère comme le héros de Molloy qui disait ; "Je ne lui en veux pas trop à ma mère. Je sais qu'elle fit tout pour ne pas m'avoir, sauf évidemment le principal, et si elle ne réussit jamais à me décrocher, c'est que le destin me réservait une autre fosse que celle de naissance. Mais l'intention était bonne et cela me suffit".

Il y eut aussi le soupir du même héros "Tant qu'il y a de la vie il y a de l'espoir". Mais celui-ci n'a plus lieu d'être. Il s'agit de glisser dans l'outre voit et l'outre-noir que suggérait l'oeuvre dans son avancée. Et si dès le début de l'oeuvre la fin était là, l'impossibilité de vivre va être désormais consommée.

Au nom de quoi la littérature est ce "sourire comme si j'étais mort" que l'auteur esquisse péniblement. Reste sa silhouette déjà d'outre-tombe. Là où les mots de Maylis Besserie remplacent ceux de Beckett.Finies les rues qui traversent les "Poèmes" ou les sentiers d'un Malone errant. Où tout aurait dû commencer. Et où tout était clos. Mais tenir n'est plus de mise au moment où le "silence tel que ce qui fut / avant jamais" n'est plus "par le murmure déchiré". C'est bien la "Fin de Partie" et son lieu auxquels la créatrice donne un relief inattendu, méconnu et inédit.

 

Jean-Paul Gavard-Perret


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A propos du rédacteur

Jean-Paul Gavard-Perret

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Domaines de prédilection : littérature française, poésie

Genres : poésie

Maisons d’édition les plus fréquentes : Gallimard, Fata Morgana, Unes, Editions de Minuit, P.O.L


Jean-Paul Gavard-Perret, critique de littérature et art contemporains et écrivain. Professeur honoraire Université de Savoie. Né en 1947 à Chambéry.