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Le Puits, Ivan Repila

Ecrit par Léon-Marc Levy 27.06.17 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Espagne, Roman, 10/18

Le Puits, 106 pages, 6,10 €

Ecrivain(s): Iván Repila Edition: 10/18

Le Puits, Ivan Repila

 

 

Tout lecteur risque fort d’y tomber dans ce puits, tant il est fascinant. Ce petit livre par la taille, 106 pages tout juste, est un joyau littéraire qu’on n’est pas près d’oublier après lecture. Tout, le récit, la situation, la portée symbolique, s’installe pour longtemps dans nos mémoires.

Deux frères, deux jeunes garçons, sont au fond d’un puits, on ne sait comment au début de l’histoire. Le trou fait 7 mètres de haut, avec des parois lisses et friables, impossibles à escalader. On ne saura jamais leurs noms, c’est le Grand et le Petit. Avec des majuscules, pour que ça leur serve de prénoms. Peu à peu, au fil des jours d’enfermement à ciel ouvert, ils renoncent semble-t-il à espérer sortir, s’organisent pour survivre, apprennent à manger racines, vers de terre, toutes sortes de vermine que la boue veut bien leur offrir.

« Au troisième jour, une routine s’installe. Dès le lever du soleil, ils boivent de l’eau, font des gargarismes, et crachent dans le trou qu’ils ont creusé à l’autre bout du puits pour faire leurs besoins. Ensuite, ils appellent à l’aide pendant quelques minutes, chacun à leur tour, jusqu’à en avoir la gorge qui gratte. Le reste de la matinée, le Petit s’applique à ramasser toutes sortes d’insectes et de racines qu’il écrase dans sa chemise pour en extraire une pâte épaisse, pendant que son frère fait de l’exercice ».

On ne sait pas où ils sont, où se trouve le puits. C’est un pays rural, pauvre, dur. C’est tout ce que l’on sait. Le Petit et le Grand sont des fils de cette terre rude qu’ils connaissent bien et à laquelle ils ressemblent. Pas de lamentations, pas de panique, pas d’effusions d’émotions. Comme les gens de cette terre, qui ont renoncé à dire la souffrance ou l’amour.

« C’est pour cette raison que les gens d’ici ont le cuir et le caractère durs, qu’ils font face aux punitions de la terre avec une patience tenace, sans protester ni se plaindre, malgré la fracture émotionnelle, humaine et affective qui en découle. Les frères en sont la preuve même. […] Les démonstrations de tendresse ne sont plus nécessaires lorsque gouverne l’instinct de conservation. L’amour comme vœu de silence où règnerait la violence reptilienne d’un vieux crocodile.

– Tu m’aimes ? demande le Petit

– Il va pleuvoir ».

La faim, le soleil, les pluies, les maladies vont faire leur œuvre de destruction, au long des jours, des semaines. Jusqu’à quand ? La mort ? La libération ?

Et qui ou quoi les a mis là ?

Dans un style dépouillé en diable, ce petit livre s’insinue en nous, avec ses affects. On a faim avec les deux frères, froid, chaud, peur. On espère, on désespère. Puis de nouveau l’espoir. Ce petit roman est construit comme un conte pour enfants avec sa dimension fantastique, sa cruauté effrayante, ses significations métaphoriques.

Un petit chef-d’œuvre.

 

Léon-Marc Levy


Lire la critique de Marc Ossorguine sur la même oeuvre

 


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A propos de l'écrivain

Iván Repila

 

Écrivain et éditeur espagnol.

 

2012 "Una comedia canalla"

2013 "El niño que robó el caballo de Atila ", traduit en français sous le titre "Le puits"

 

A propos du rédacteur

Léon-Marc Levy

 

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Directeur du Magazine

Agrégé de Lettres Modernes

Maître en philosophie

Auteur de "USA 1" aux éditions de Londres

Domaines : anglo-saxon, italien, israélien, maghrébin

Genres : romans, nouvelles, essais

Maisons d’édition principales : Rivages, L’Olivier, Joëlle losfeld, Gallimard, Seuil