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Le crépuscule de la démocratie, Nicolas Grimaldi

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) 06.06.14 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais, Grasset

Le crépuscule de la démocratie, mai 2014, 160 pages, 11 €

Ecrivain(s): Nicolas Grimaldi Edition: Grasset

Le crépuscule de la démocratie, Nicolas Grimaldi

 

Philosophe et essayiste, auteur de L’Effervescence du vide, Les théorèmes du moi et Métamorphoses de l’amour, grand lecteur de Proust et de Descartes auxquels il a consacré de nombreux essais, Nicolas Grimaldi change de champ d’investigation et inaugure avec Le crépuscule de la démocratie un nouveau terrain et un nouvel angle d’attaque : celui de la politique.

La problématique de cet essai publié dans la petite collection blanche aux éditions Bernard Grasset pose la question suivante : La démocratie moderne serait-elle devenue une réalité trop fragile, et trop éloignée de ses propres principes, pour être confiée aux manipulateurs qui prétendent l’incarner ?

Le ton sarcastique parcourt la formulation de la question, mais le propos est ici celui d’une réflexion de fond, et l’objectif est de mieux comprendre l’état des lieux actuel de notre système démocratique.

Les citations mises en exergue indiquent la position du philosophe qui entend nous donner à comprendre cette « décadence » du fait démocratique, s’il en est une. Car l’histoire nous apprend au final, à bien y regarder, que Tout a toujours très mal marché (Péguy) et, sauf pour ceux qui nous en ont rapporté l’histoire, que la vie la plus ordinaire fut presque toujours atroce (N. Grimaldi). Nous ne laisserons donc pas dire qu’hier l’air était plus léger ni que les jours étaient plus beaux (id.).

La première citation – de Benjamin Constant – souligne l’inutilité des regrets en réponse à cet état de faits ; la seconde – de Montesquieu – l’inutilité d’une attaque directe de la politique.

Le contexte posé, il s’agit de mettre en évidence les questions issues de la problématique et d’éclairer leurs causes et conséquences au niveau collectif mais aussi individuel. De la problématique découlent des problèmes, lesquels révèlent une façon d’être au monde, une posture des individus vis-à-vis de leur conception d’un monde où ils forment et interagissent un corps social.

Même si la vie politique est ainsi devenue une sorte de noria (N. Grimaldi), même si le lien social s’est tellement effiloché que plus personne ne saurait encore dire ce qui l’unit aux autres, faute de pouvoir imaginer avec eux aucun type de communauté (id.) ; même si le régime dans lequel nous vivons en tant que citoyens est un régime démocratique par défaut et qu’il n’est pas certain que cette pseudo-démocratie soit le régime qui corresponde le mieux aux attentes de la société contemporaine (id.) – Nicolas Grimaldi ne s’en remet pas pour autant à une résignation muette ni ne renonce à nous faire réfléchir sur les problèmes cruciaux posés par notre démocratie. Pour preuve l’écriture de cet essai dont l’auteur présente ainsi la finalité dans l’Avant-Propos :

Le très bref essai qui suit ne prétend pas plus répondre à ces questions qu’il ne suggère de solutions aux problèmes qu’il pose. Sans aucune ambition théorique, il se borne à dresser un constat. Le pays où j’achève ma vie est devenu pour moi aussi étrange que pouvait le paraître la société de Louis XV à un Persan de Montesquieu. N’ayant ni compétence ni autorité pour rien réformer, je souhaiterais seulement faire partager mon étonnement à ceux qui auront le courage, la lucidité, et le discernement de le faire.

Et du courage, de la lucidité et du discernement, l’auteur et philosophe Nicolas Grimaldi n’en manque pas. Les questions levées comme des lièvres dans l’Avant-Propos ont la détermination de leur cheminement et peuvent paraître audacieuses, voire provocatrices. Mais elles s’énoncent au profit d’une clairvoyance et d’une lucidité exprimée et courageuse.

Sarcastique paradoxe de l’histoire, la démocratie constitue ce régime du meilleur des mondes possibles, ou du moins mauvais, incompétent et défectueux mais suffisamment nécessaire pour que l’on n’y renonce pas. Car aussi indéfendable que soit la démocratie, il n’y a qu’elle pourtant pour nous défendre du pire, en tenant à distance le péril toujours latent du despotisme et du totalitarisme. Questionnons-la donc. Cet essai nous y invite et nous y incite avec clarté et pertinence.

 

Murielle Compère-DEMarcy

 


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A propos de l'écrivain

Nicolas Grimaldi

 

Nicolas Grimaldi, philosophe spécialisé dans l’exploration de nos vies subjectives, a publié des essais sur Proust, Descartes, la jalousie et l’amour. Pour la première fois, dans Le crépuscule de la démocratie, il s’attaque frontalement à la politique (Source : quatrième de couverture).

 

A propos du rédacteur

MCDEM (Murielle Compère-Demarcy)

 

Lire toutes les publications de Murielle Compère-Demarcy dans la Cause Littéraire

 

Murielle Compère-Demarcy est tombée dans la poésie addictive (ou l'addiction de la poésie), accidentellement. Ne tente plus d'en sortir, depuis. Est tombée dans l'envie sérieuse de publier, seulement à partir de 2014.

A publié, de là jusqu'ici :

Je marche--- poème marché/compté à lire à voix haute et dédié à Jacques DARRAS, éd. Encres Vives, 2014

L'Eau-Vive des falaises, éd. Encres Vives, 2014

Coupure d'électricité, éd. du Port d'Attache, 2015

La Falaise effritée du Dire, éd. du Petit Véhicule, Cahier d'art et de littératures n°78 Chiendents, 2015

Trash fragilité (faux soleils & drones d'existence), éd. du Citron Gare, 2015

Un cri dans le ciel, éd. La Porte, 2015

Je Tu mon AlterÉgoïste, éd. de l'Ecole Polytechnique, Paris, 5e, 2016

Signaux d'existence suivi deLa Petite Fille et la Pluie, éd. du Petit Véhicule, coll. de La Galerie de l'Or du Temps ; 2016

Co-écriture du Chiendents n°109 Il n'y a pas d'écriture heureuse, avec le poète-essayiste Alain MARC, éd. du Petit Véhicule ; 2016

Le Poème en marche suivi par Le Poème en résistance, éd. du Port d’Attache ; 2016

Dans la course, hors circuit, éd. Tarmac, coll. Carnets de Route ; 2017 ; réédition augmentée en 2018

Poème-Passeport pour l’Exil, avec le poète et photographe ("Poétographie") Khaled YOUSSEF éd. Corps Puce, coll. Liberté sur Parole ; mai 2017

Nantes-Napoli, français-italiano traductions de Nunzia Amoroso, éd. du Petit Véhicule, Cahier d’art et de littératures n°121, vol.2, Chiendents, 2017

dans la danse de Hurle-Lyre & de Hurlevent…, éd. Encres Vives, coll. Encres Blanches n°718, 2018

L’Oiseau invisible du Temps, éd. Henry, coll. La Main aux poètes ; 2018

 

Publications en revues : Phoenix, La Passe, FPM-Festival Permanent des Mots, Traction-Brabant, Les Cahiers de Tinbad, Poésie/première, Verso, Décharge, Traversées, Mille et Un poètes (avec "Lignes d’écriture" des éditions Corps Puce), Nouveaux Délits, Microbes, Comme en poésie, Poésie/Seine, Cabaret, Concerto pour marées et silence, … ; sur espaces numériques Terre à ciel, Le Capital des Mots, Recours au Poème, … Publications en 2018 dans Nunc, la Revue Europe et Galerie Première Ligne, …

 

Anthologies : "Sans abri", éd. Janus, 2016 ; "Au Festival de Concèze", éd. Comme en Poésie, 2017 ; Poésie en liberté (anthologie numérique progressive) en 2017 et 2018 ; citée dans Poésie et chanson, stop aux a priori ! de Matthias Vincenot, aux éditions Fortuna (2017), …

 

Rédactrice à La Cause Littéraire, écrit des notes de lecture pour La Revue Littéraire (éd. Léo Scheer), Les Cahiers de Tinbad, Poezibao, Traversées, Sitaudis.fr, Revues en ligne Texture, Zone Critique, Levure Littéraire, Recours au Poème en tant que contributrice régulière.