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La ruinette, Philippe Tabary

23.10.12 dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Le Cherche-Midi

La Ruinette, septembre 2012, 346 pages, 18 €

Ecrivain(s): Philippe Tabary Edition: Le Cherche-Midi

La ruinette, Philippe Tabary

Contrairement à ce qui prévalait autrefois, quand, la majorité de la population vivant dans la ruralité, la maison était, sinon toujours le lieu de l’existence de plusieurs générations d’une même famille, pour le moins dans la plupart des cas celui, unique, de la vie entière d’un couple, du mariage à la mort en passant par les naissances successives et les départs des enfants, l’exigence moderne de mobilité professionnelle incite nos contemporains des classes moyennes à acquérir par anticipation la maison où ils n’iront vivre de façon permanente qu’une fois venue l’heure de la retraite.

Cette maison-là, cet asile aménagé et préparé tout au long de leur carrière respective d’inspecteur d’académie et d’institutrice, par Albert, le personnage central, et Fanny, son épouse, leur sert, en attendant le moment où ils émargeront au grand livre de la dette publique, d’épisodique résidence familiale de vacances.

Cette maison-là porte un nom prédestiné : La Ruinette.

En effet, les projets caressés sont ruinés par la disparition précoce de Fanny et par le peu d’intérêt que manifestent les enfants pour l’endroit qui était destiné, dans l’esprit de leurs parents, à devenir le centre privilégié de retrouvailles régulières.

Albert, néanmoins, s’y installe comme prévu, et La Ruinette devient tout à la fois le lieu et le nœud de l’histoire, mais aussi, par un processus littéraire de progressive personnification, un protagoniste de premier plan implicitement symbolisé par la photo de Fanny qui en est le centre névralgique.

L’union qui se crée entre Albert et La Ruinette est présentée par l’auteur comme l’histoire d’un couple. La Ruinette est tantôt accueillante, amicale, protectrice, tantôt froide, hostile, destructrice. Tantôt Albert la fuit, la trompe en fréquentant d’autres lieux, l’abandonne à la poussière et aux herbes folles, tantôt elle l’attire, il s’y réfugie, et la soigne amoureusement.

La maladie qui frappe brutalement Albert complique cette relation, et rend de plus en plus évident ce sur quoi elle est fondée : la pérennité de la maison dépend d’Albert, l’existence d’Albert dépend de ce que peut lui offrir en retour la maison.

Dans la trame du récit de cette intrigue originale où, comme en toute histoire d’amour, interviennent opposants et adjuvants dans un jeu où s’entrecroisent et s’affrontent ou s’allient des représentants de trois générations, s’inscrivent d’une part une réflexion poignante et réaliste sur la vieillesse, la dépendance, la place du « troisième âge » dans la société occidentale contemporaine, l’accueil et l’autonomie des handicapés, d’autre part une analyse intéressante, souvent amusante, de la fonction paradoxale que peuvent tenir les technologies modernes et les réseaux sociaux liés à Internet dans le renforcement ou, au contraire, dans la rupture de l’isolement des personnes âgées.

L’auteur écrit, comme le ferait, on l’imagine, son personnage inspecteur d’académie : dans une langue... académique, à la fois concise, pédagogique, bien tournée, agréable et pleine d’humour, ornée, ici et là, de goûteux régionalismes picards.

 

Patryck Froissart


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A propos de l'écrivain

Philippe Tabary

 

Fonctionnaire européen originaire de l’Avesnois, spécialiste des questions agricoles, historien amateur, Philippe Tabary est aussi militant de l’Association des paralysés de France, administrateur d’un hôpital et d’une structure d’aide au maintien à domicile. La Ruinette est son vingt-et-unième ouvrage (source : éditeur).