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Histoire d’un escargot qui découvrit l’importance de la lenteur, Luis Sepúlveda

Ecrit par Marc Ossorguine 29.10.14 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Espagne, Jeunesse, Métailié

Histoire d’un escargot qui découvrit l’importance de la lenteur, traduit de l’espagnol (Historia de un caracol que descubrió la importancia de la lentitud) par Anne-Marie Métailié, octobre 2014, dessins de Joëlle Jolivet, 6

Ecrivain(s): Luis Sepulveda Edition: Métailié

Histoire d’un escargot qui découvrit l’importance de la lenteur, Luis Sepúlveda

Un escargot n’est ni une mouette, ni un chat, ni une souris. Eux peuvent voler ou courir, sauter, alors que l’escargot va toujours lentement, très lentement. Pourquoi va-t-il si lentement ? Pourquoi n’a-t-il pas d’autre nom que « l’escargot » ? Ces questions ne cessent de tourner dans la tête de l’escargot qui voudrait tant savoir. Ce n’est visiblement pas auprès des autres escargots, bien installés dans la confortable ombre des acanthes, un peu éloignés des maisons des hommes. Il finit même par agacer avec ses questions. Alors il va partir à la recherche des réponses. Des réponses qui pourront lui permettre de comprendre sa lenteur et peut-être de trouver un nom.

Dans sa lente aventure, il rencontrera des êtres aussi lents que lui, d’autres plus rapides mais que sa lenteur va lui permettre de rencontrer. La tortue saura lui donner ou révéler son nom et il découvrira la menace qui pèse sur le jardin, les acanthes et le refuge des siens. Il choisira alors de faire ce qu’il estime nécessaire, même au prix de dangers inconnus et terrifiants pour au moins sauver ceux qui ont choisi de résister, même si c’est en prenant le chemin de l’exil.

Avec son style et son humanité, Luis Sepúlveda nous conte une nouvelle fable animale dont il a le secret. Une fable à la fois écologique, philosophique et engagée où il est aussi question de résistance et de solidarité, de conformisme et d’aveuglement. On rira ou sourira, pour éveiller le sens critique des plus jeunes, à la découverte de la presse que fait notre héros, en laissant sa traînée sur une feuille de journal abandonnée. On pourra être aussi touché par les efforts surhumains (ou plutôt « surgastéropodiens ») qu’il accomplit pour parvenir à l’objet de sa quête, n’hésitant pas à gravir le haut arbre où perche un hibou un peu las de tout, mais toujours clairvoyant et prêt à se mobiliser pour les belles causes. Comme le titrait il y a quelques années une publication pour la jeunesse, de 7 à 77 ans, et sans doute même avant et au-delà ! On pourra y trouver des références implicites à tels ou tels personnages, mais surtout à des façons d’être, de vivre, d’être attentif ou ignorant de l’autre. On peut aussi simplement apprécier une belle histoire, pleine de « lentes » péripéties, à lire et conter à ceux pour qui le plaisir d’entendre et d’écouter prime encore sur celui de lire par soi-même…

Un livre court, que des adultes toujours pressés pourront avoir tendance à lire vite… ce qui serait une ironique maladresse, une pratique « à l’envers »… Qu’ils apprennent alors la leçon de Rebelle l’escargot : la lenteur est utile, elle est même peut-être indispensable, voire salvatrice. Prenons donc le temps de savourer cette belle invitation à la lenteur. Si l’on y réfléchit un peu… on se convaincra assez « vite » que le temps pris ne peut-être perdu, que le prendre c’est en gagner. Pour soi et pour les autres.

Pour cette édition, les mots de l’auteur chilien, traduits par l’éditrice elle-même, sont servis dans l’écrin des dessins de Joëlle Jolivet, qui se fondent avec souplesse dans le récit pour porter et faire résonner avec force mais sans violence cette histoire de rébellion tranquille et résolue aux plus jeunes lecteurs (de corps ou d’esprit !).

 

Marc Ossorguine


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A propos de l'écrivain

Luis Sepulveda

 

Luis Sepúlveda est un écrivain chilien né le 4 octobre 1949 à Ovalle. Son premier roman, Le Vieux qui lisait des romans d’amour, traduit en trente-cinq langues et adapté au grand écran en 2001, lui a apporté une renommée internationale. 1975 : il a vingt-quatre ans lorsque, militant à l’Unité populaire (UIP), il est condamné à vingt-huit ans de prison par un tribunal militaire chilien pour trahison et conspiration. Son avocat, commis d’office, est un lieutenant de l’armée. Il venait de passer deux ans dans une prison pour détenus politiques. Libéré en 1977 grâce à Amnesty International, il voit sa peine commuée en huit ans d’exil en Suède. Il n’ira jamais, s’arrêtant à l’escale argentine du vol. Sepúlveda va arpenter l’Amérique latine : Équateur, Pérou, Colombie, Nicaragua. Il n’abandonne pas la politique : un an avec les Indiens shuars en 1978 pour étudier l’impact des colonisations, engagement aux côtés des sandinistes de la Brigade internationale Simon-Bolivar en 1979. Il devient aussi reporter, sans abandonner la création : en Équateur, il fonde une troupe de théâtre dans le cadre de l’Alliance française. Il arrive en Europe en 1982. Travaille comme journaliste à Hambourg. Ce qui le fait retourner en Amérique du Sud et aller en Afrique. Il vivra ensuite à Paris, puis à Gijon en Espagne. Le militantisme, toujours : entre 1982 et 1987, il mène quelques actions avec Greenpeace. Son œuvre, fortement marquée donc par l’engagement politique et écologique ainsi que par la répression des dictatures des années 70, mêle le goût du voyage et son intérêt pour les peuples premiers.

 

A propos du rédacteur

Marc Ossorguine

 

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Rédacteur

Domaines de prédilection : littérature espagnole (et hispanophone, notamment Argentine) et catalane, littératures d'Europe centrale (surtout tchèque et hongroise), Suisse, littératures caraïbéennes, littératures scandinaves et parfois extrême orient (Japon, Corée, Chine) - en général les littératures non-francophone (avec exception pour la Suisse)

Genres et/ou formes : roman, poésie, théâtre, nouvelles, noir et polar... et les inclassables!

Maisons d'édition plus particulièrement suivies : La Contre Allée, Quidam, Métailié, Agone, L'Age d'homme, Zulma, Viviane Hamy - dans l'ensemble, très curieux du travail des "petits" éditeurs

 

Né la même année que la Ve République, et impliqué depuis plus de vingt ans dans le travail social et la formation, j'écris assez régulièrement pour des revues professionnelles mais je n'ai jamais renié mes passions premières, la musique (classique et jazz surtout) et les livres et la langue, les langues. Les livres envahissent ma maison chaque jour un peu plus et le monde entier y est bienvenu, que ce soit sous la forme de romans, de poésies, de théâtre, d'essais, de BD… traduits ou en V.O., en français, en anglais, en espagnol ou en catalan… Mon plaisir depuis quelques temps, est de les partager au travers de blogs et de groupes de lecture.

Blog : filsdelectures.fr