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Demain 17 heures Copacabana, Guénane

Ecrit par Cathy Garcia 30.01.16 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Editions Apogée

Demain 17 heures Copacabana, 240 pages, 18 €

Ecrivain(s): Guénane Edition: Editions Apogée

Demain 17 heures Copacabana, Guénane

 

Guénane nous entraîne dans le sillage d’un coup de foudre sous l’égide du poète Saint Pol-Roux, et nous voilà plongés à sa suite dans le Brésil des années 70. Dans ce roman, il y a quatre-vingt pour cent d’autobiographie et vingt pour cent de caïpirinha arrangée, comme elle le confie elle-même, et tout lecteur qui a eu la chance de franchir l’océan pour poser les pieds sur cette terre de braises, sentira frémir en lui les symptômes de cette douce maladie, ce virus brasiliensis dont on ne peut plus jamais se défaire.

Du Maranhão et de l’Amazonie au Minas Gerais, Brasilia, Belo Horizonte et plus au sud encore, Rio de Janeiro, quelques-uns des points les plus névralgiques de ce pays immense, sans oublier le sertaõ mangé de lumière et de désespérance, toute l’âme du Brésil est évoquée dans ces deux cents et quelques pages. Sa beauté, ses disparités, ses rythmes, ses rites, ses mystères, sa folie, sa monstruosité. Romancé ? Mais le pays lui-même est un gigantesque roman, quand il vous prend, il vous tient, ne vous lâche plus, c’est de la magie pure, une obscure sorcellerie.

Même avec toutes ses douleurs, ses laideurs, l’injustice qui frappe, le fossé entre les classes et tout le poids de l’Histoire et des populations broyées : « trop d’enfants à manger dans les poubelles, enfouis jusqu’à la taille, à fouir les décharges, leurs îles aux trésors, à en mourir de torpeur sous les émanations de la décomposition, le ventre enflé à force d’être vide ; (…) Luxo, lixo, étrange langue qui joue sur une seule voyelle pour nommer le luxe et les ordures ».

Brésil qui danse et « ici la nuit les rats mangent les bébés. Clouants tropiques (…), les paradis sont des livres que la vie ne lit pas ».

Et dans les années 70, la dictature… « Mais nous sommes en plein miracle économique, en réalité nous décollons et nous pourrissons en même temps, là est le miracle… », explique l’homme aux yeux deperdition aqueuse qui a enlevé la Bretonne et lui offrira le cercle magique de son nom. Quant à l’y enfermer, c’est une autre histoire. La fille est une Bretonne passée par la Prusse, difficile à soumettre.

Guénane a glissé dans ce livre, outre un vécu très personnel, la langue même du Brésil, fondante, envoûtante, elle l’entremêle à sa langue natale, délicieusement. Les Brésiliens ne parlent pas, ils vibrent, ils se caressent de diminutifs.

On lit et on voyage, on plonge et on souffre aussi, le virus se réveille… Il est inexplicable, mais si vous l’avez attrapé, alors vous savez.

On la suit donc volontiers, pas à pas, cette vive et attachante francesinha, cette pimenta, toute jeune, curieuse et entêtée, faite sans aucun doute du même bois que ce rouge Brésil, rouge sang qui bat aux tempes, qui fouette l’âme, qui fait sursauter, danser et pleurer tout à la fois : « la houille humaine, le radium humain (…). C’est ainsi que Saint-Pol-Roux appelle cette énergie dépensée par les yeux, les mains, les cris, les battements du cœur ».

Terre d’énergie, le Brésil l’est sans aucun doute, riche de tout son sang mêlé, contre lequel nulle suprématie ne pourra rien, diluée, emportée, brassée dans la convergence et l’impétuosité des fleuves, jusqu’à l’océan-femme, la belle Iemanja, qui les accueillent tous en son sein fier.

Et la francesinha, est-ce un Brésilien de quinze ans son aîné qu’elle a épousé ou bien le Brésil tout entier ? Car à ce pays si contrasté, on peut aussi confier ses blessures, ses manques. Il se tisse des liens secrets entre lui et ceux qui ont le cœur boiteux et l’âme à vif.

« Si tu savais ne jamais arriver, partirais-tu ? » lit-on dans un poème de Saint-Pol-Roux. La réponse est oui, mille fois oui. Il y a des rendez-vous auxquels on n’échappe pas. Demain 17 heures Copacabana.

 

Cathy Garcia

 

La ville de Lorient ayant été anéantie par les bombes alliées, Guénane est née le 26 juillet 1943, « en exil » au cœur de la Bretagne. Elle a grandi dans la vallée du Blavet, fleuve canalisé par Napoléon, en un lieu où régnait une usine sidérurgique et où continue d’étouffer son enfance. Après des études de lettres à Rennes où elle a enseigné, elle a longtemps vécu en Amérique du Sud. Elle réside aujourd’hui en Bretagne Sud là où le Blavet se jette dans la mer.

Bibliographie :

Poésie : Au-delà du bout du monde, La Porte, 2015 ; L’approche de Minorque, La Porte, 2014 ; Dans la gorge du diable, Apogée, 2013 ; La guerre secrète, Apogée, 2011 ; La ville secrète, Rougerie, 2011 ;Couleur femme, Rougerie, 2007 ; L’Ile Subtile, Rougerie, 2007 ; Ile, Rougerie, 2006 ; L’océan te l’apprendra, Rougerie (2005) ; L’idée d’île, Rougerie, 2003 ; Une île dans le regard, Rougerie, 2002 ;Un fleuve en fer forgé, Rougerie, 2002 ; Poing d’ombre, Rougerie, 2000

Plaquettes : Venise ruse, La Porte, 2012 ; Hoedic (Caneton), La Porte, 2010 ; Le Mot de la fin, Apogée, 2010 ; Sein, La Porte, 2009 ; L’île frôlée, La Porte, 2005

Prose, deux récits : 40 pieds sur le Rhum, G.D Editions, 2003 ; L’ange gardien, éditions Blanc Silex, 2001

Romans, nouvelles : Demain 17 heures Copacabana, Apogée, 2014 ; L’Approche de l’Equinoxe, nouvelle avec bois poli signé Christophe Carmellino ; Carnet des Sept Collines, Jean-Pierre Huguet Editeur, 2007 ; Pax, Amers Editions, 2002

 

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A propos de l'écrivain

Guénane

 

La ville de Lorient ayant été détruite par les Alliés en 1943, Guénane est née au cœur de la Bretagne. Après des études de Lettres à Rennes où elle a enseigné, elle a longtemps vécu en Amérique du Sud. En 1968, elle envoya son premier manuscrit, Résurgences, à l’éditeur René Rougerie. En 2014 devrait paraître son quatorzième recueil, Un Rendez-vous avec la dune. Elle a publié aussi 12 livrets chez La Porte, dont Venise ruse en 2012, des livres d’artiste et une dizaine de récits et romans dont le dernier, Dans la gorge du diable, chez Apogée en 2013. www.guenane.fr

 

A propos du rédacteur

Cathy Garcia

 

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Rédactrice

Domaines de prédilection : littérature française et étrangère (surtout latino-américaine & asiatique)

Genres : romans, poésie, romans noirs, nouvelles, jeunesse

Maisons d’édition les plus fréquentes : Métailié,  Actes Sud

 

Née en 1970 dans le Var.

Premier Prix de poésie à 18 ans. Premiers recueils publiés en 2001.

A Créé en 2003 la revue de poésie vive NOUVEAUX DÉLITS. http://larevuenouveauxdelits.hautetfort.com

Fin 2009, elle fonde l’association NOUVEAUX DÉLITS :

http://associationeditionsnouveauxdelits.hautetfort.com/

Plasticienne autodidacte, elle compose ce qu’elle appelle des gribouglyphes,  mélange de diverses techniques et de collages. Elle illustre plusieurs revues littéraires et des recueils d’autres auteurs. Travail présenté publiquement depuis fin 2008 et sur le net :

http://ledecompresseuratelierpictopoetiquedecathygarcia.hautetfort.com

Elle s’exprime aussi à travers la photo, pas en tant que photographe professionnelle, mais en tant que poète ayant troqué le crayon contre un appareil photo : http://imagesducausse.hautetfort.com/ Ce qui  a donné lieu à trois Livr’art visibles sur internet dans la collection Evazine :

http://evazine.com/livre_art.htm