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Choses Dites, Entretiens et choix de textes, Louis Calaferte

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) 19.09.15 dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Essais, Le Cherche-Midi

Choses Dites, Entretiens et choix de textes, mai 2014, 211 pages, 16 €

Ecrivain(s): Louis Calaferte Edition: Le Cherche-Midi

Choses Dites, Entretiens et choix de textes, Louis Calaferte

 

« Je veux bien me livrer, et quand on a la gentillesse de me le demander, je suis très content. Cela dit, ça ne me paraît pas d’un intérêt fou. La vérité, c’est que… l’essentiel est là. Dans les livres. Voilà. Je pense que ce qu’il y a de plus… enfin, de meilleur en moi, si vous voulez, “c’est là”. Le reste… Tout ce qu’on peut dire… Les mots… Le littéraire est une chose merveilleuse. Quand on a une plume à la main… »

Ces lignes de Louis Calaferte, qui clôturent ses Entretiens avec Pierre Drachline, expriment toute la place occupée par la littérature chez cet écrivain à la fois auteur de récits, essais, carnets, poèmes, pièces de théâtre. Des Choses dites – dans des Entretiens enregistrés pour France Culture en 1988 et dans des Choix de textes – par une personnalité dont les colères, l’ironie et le regard lucide égalèrent l’envergure d’une vie guidée par les exigences de la création, entièrement vouée dans sa démarche authentique à la littérature et à son écriture.

Des contradictions transparaissent au fil de ces entretiens, fidèles aux multiples facettes de l’écrivain Calaferte, qu’une rigoureuse intégrité ne détournera cependant jamais de ses profondes convictions. « Je ne lâcherai pas. Je m’incrusterai dans la Vie », notait-il dans ses Carnets de 1993 (Dimensions, Gallimard, L’Arpenteur, 2009), poursuivant : « Je déploierai toute ma volonté. Je n’ai pas fini d’être ». Ou encore : « Je sais d’où je viens, je n’ai pas renié ma race ».

Sans concession à l’égard de l’institution littéraire et de « ses marchands », ce « dinosaure » de la littérature comme il acceptait volontiers de se qualifier, décline ici dans ces entretiens heureusement restitués sur le ton de la conversation, sa conception de la littérature – la vraie – ; parle des raisons de son choix de devenir, à l’âge de treize ans, écrivain ; évoque au passage, sans manquer d’en éreinter plus d’un, tel ou tel « confrère » ; dresse le bilan lucide (« mortimiste » pour reprendre ce néologisme créé par Calaferte lui-même pour qualifier sa position), dépourvu de toute compromission ou complaisance, d’un monde littéraire éloigné de la représentation idyllique que l’on en a parfois ou qui se donne pour telle. Calaferte égratigne, gratte les (fausses) apparences, dans une verve sarcastique, ou rend hommage, ardent travailleur passionné. L’homme rend ainsi un très bel hommage à la littérature et au travail d’écriture, vécus comme vocation, passion, avec « une mystique de l’écriture, de l’écrivain » revendiquée, et une conception très puriste de l’Artiste, entièrement assumée. Un Artiste au service de son Art, non de son Égo. Narcisse voit ici ses propres reflets de complaisance et d’autosuffisance se fracasser contre son miroir aux alouettes. La position de Calaferte fut celle d’un auteur engagé dans un acte de création constructif.

Admirateur d’Artaud, lecteur de Léautaud, « oxygéné » par l’écriture, Louis Calaferte aura jusqu’au bout de son parcours écrit à l’instinct, dans l’instant, par périodes, sans construction ni calcul, loin du tapage des baudruches médiatiques, pour le bonheur offert dans l’acte créateur, traversé des pieds à la tête par les forces « inexplicables », « mystérieuses », et presque « magiques », libérées par l’état créatif. Jusqu’au bout de sa « merveilleuse » vie il aura écrit – à l’instar de ces vieilles femmes dont le romancier Jean-Claude Pirotte disait qu’elles tricotaient parce que la mort ne pourrait pas venir les surprendre pendant un tricot – jusqu’au bout des Choses dites, Calaferte aura écrit, travaillé, contre la mort.

Les textes choisis présentés après les Entretiens sont extraits de récits, d’opus de poésie, de pièces de théâtre, des Carnets, et de Perspectives, notes autour de l’expression créatrice.

 

Murielle Compère-Demarcy

 


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A propos de l'écrivain

Louis Calaferte

 

Louis Calaferte est un écrivain français né le 14 juillet 1928 à Turin et mort le 2 mai 1994 à Dijon.

 

A propos du rédacteur

MCDEM (Murielle Compère-Demarcy)

 

Lire toutes les publications de Murielle Compère-Demarcy dans la Cause Littéraire

 

Murielle Compère-Demarcy est tombée dans la poésie addictive (ou l'addiction de la poésie), accidentellement. Ne tente plus d'en sortir, depuis. Est tombée dans l'envie sérieuse de publier, seulement à partir de 2014.

A publié, de là jusqu'ici :

Je marche--- poème marché/compté à lire à voix haute et dédié à Jacques DARRAS, éd. Encres Vives, 2014

L'Eau-Vive des falaises, éd. Encres Vives, 2014

Coupure d'électricité, éd. du Port d'Attache, 2015

La Falaise effritée du Dire, éd. du Petit Véhicule, Cahier d'art et de littératures n°78 Chiendents, 2015

Trash fragilité (faux soleils & drones d'existence), éd. du Citron Gare, 2015

Un cri dans le ciel, éd. La Porte, 2015

Je Tu mon AlterÉgoïste, éd. de l'Ecole Polytechnique, Paris, 5e, 2016

Signaux d'existence suivi deLa Petite Fille et la Pluie, éd. du Petit Véhicule, coll. de La Galerie de l'Or du Temps ; 2016

Co-écriture du Chiendents n°109 Il n'y a pas d'écriture heureuse, avec le poète-essayiste Alain MARC, éd. du Petit Véhicule ; 2016

Le Poème en marche suivi par Le Poème en résistance, éd. du Port d’Attache ; 2016

Dans la course, hors circuit, éd. Tarmac, coll. Carnets de Route ; 2017 ; réédition augmentée en 2018

Poème-Passeport pour l’Exil, avec le poète et photographe ("Poétographie") Khaled YOUSSEF éd. Corps Puce, coll. Liberté sur Parole ; mai 2017

Nantes-Napoli, français-italiano traductions de Nunzia Amoroso, éd. du Petit Véhicule, Cahier d’art et de littératures n°121, vol.2, Chiendents, 2017

dans la danse de Hurle-Lyre & de Hurlevent…, éd. Encres Vives, coll. Encres Blanches n°718, 2018

L’Oiseau invisible du Temps, éd. Henry, coll. La Main aux poètes ; 2018

 

Publications en revues : Phoenix, La Passe, FPM-Festival Permanent des Mots, Traction-Brabant, Les Cahiers de Tinbad, Poésie/première, Verso, Décharge, Traversées, Mille et Un poètes (avec "Lignes d’écriture" des éditions Corps Puce), Nouveaux Délits, Microbes, Comme en poésie, Poésie/Seine, Cabaret, Concerto pour marées et silence, … ; sur espaces numériques Terre à ciel, Le Capital des Mots, Recours au Poème, … Publications en 2018 dans Nunc, la Revue Europe et Galerie Première Ligne, …

 

Anthologies : "Sans abri", éd. Janus, 2016 ; "Au Festival de Concèze", éd. Comme en Poésie, 2017 ; Poésie en liberté (anthologie numérique progressive) en 2017 et 2018 ; citée dans Poésie et chanson, stop aux a priori ! de Matthias Vincenot, aux éditions Fortuna (2017), …

 

Rédactrice à La Cause Littéraire, écrit des notes de lecture pour La Revue Littéraire (éd. Léo Scheer), Les Cahiers de Tinbad, Poezibao, Traversées, Sitaudis.fr, Revues en ligne Texture, Zone Critique, Levure Littéraire, Recours au Poème en tant que contributrice régulière.