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Carnets d’un fou : XXVI (mars 2015)

Ecrit par Michel Host le 11.04.15 dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

Carnets d’un fou : XXVI (mars 2015)

 

(Pour la nouvelle présentation de ces « Carnets », lire la première page des Carnets d’un fou-XXIV)

 

« La Bibliothèque n’est pas ce qu’un vain peuple pense. Mais un climat, mais un haut lieu. Elle fascine, elle envoûte, elle fait des vocations. Cent vingt kilomètres d’imprimés y plongent trois cents chercheurs dans de chastes ivresses. Quand on les a connues on n’en guérit jamais ».

Alexandre Vialatte, Chroniques de La Montagne, I, p.87

 

# Il y a eu (des paléontologues le prétendent) un homo habilis et un homo faber. Je veux bien. Tranche-biftecks en silex, armes de poing et de main. Puis vint, dit-on, homo sapiens. Là, je l’avoue, c’est se vanter au-delà de toute raison. Pourquoi alors les flèches et les arquebuses ? Quant à prétendre qu’il fut suivi de homo sapiens sapiens, c’est vouloir cacher la laideur de ses pieds sous la roue du dindon.

Le 6/III/15

 

Les Confessions (Livre III). Retour du jeune voyageur turinois chez Mme de Warens (« Maman ») : petit chef-d’œuvre d’hypocrisie et de pose a posteriori : « Peu d’hommes ont autant gémi que moi, peu ont autant versé de pleurs dans leur vie ; mais jamais la pauvreté ni la crainte d’y tomber ne m’ont fait pousser un soupir ni répandre une larme ». « La prévoyance a toujours gâté chez moi la jouissance ».

Le 7/III/15

 

Le Monde de ce samedi 7 mars : au vide de bien des numéros du quotidien succède ici un riche filon concernant notre temps.

§ Les PE (Perturbateurs endocriniens, p.5) ne cessent d’inaugurer de nouvelles maladies : épuisement des spermatozoïdes chez l’homme, troubles de plus en plus graves et nombreux de l’appareil génital chez les fillettes comme chez les femmes. Nous les consommons ces « perturbateurs », les respirons sans même nous en rendre compte. Un article précédent parlait aussi de l’affaiblissement général des facultés d’apprentissage et de cognition. Sous la poussée des lobbyistes du monde des affaires, leurs serfs, les non-élus gavés et corrompus de la Commission de Bruxelles, tardent à réagir et réagiront mal de toute façon. L’homme entame le dernier tour de piste de l’autodestruction de l’espèce. Une affaire de deux ou trois mille ans, c’est probable.

§ M. Valls, premier ministre, s’en prend aux intellectuels « fatalistes » qui n’osent plus « intervenir dans le débat national », notamment contre le FN. Les auteurs de l’article (p.6) reprochent au PS d’être devenu un « robinet à pensée tiède », de « substituer la communication à la réflexion », bref, d’endormir ou d’« enfumer » la France entière, comme on dit de nos jours. Notons qu’il serait facile aux tenants du pouvoir (hier UMP, aujourd’hui PS) de déclarer hors-la-loi ce parti dont ils prétendent qu’il les dérange moralement, alors que jusqu’ici il les servait on ne peut mieux au moindre de leurs embarras électoraux.

§ L’affaire du barrage de Sivens (Tarn), voulu par les agriculteurs, rejeté par les écologistes, entre lesquels balance le cœur de Mme Royal, ministre de l’écologie, est en  train de tomber à l’eau. De même que s’est perdue dans les marécages nantais la grande réforme fiscale de M. Ayrault. De même que se change en lupanar idéologique aléatoire, voire en fosse commune, la tentative d’inculquer l’ABC de l’égalité entre filles et garçons, dans nos écoles. Des annonces, des intentions, pas de moyens, pas de suivi. Nous sommes gouvernés par les gentils membres d’un Club méditerranée ou d’un Disneyland costumé-cravaté : demain on reverra la question, à l’heure de l’apéro !

§ Université, le voile toutes voiles dehors. Des étudiantes portent le voile dans les amphithéâtres. On ne voit que leurs yeux. Les professeurs font cours devant des fantômes. M. Jupé a pour avis de ne pas légiférer. Position pour le moins empêtrée de l’UNEF (Union des Etudiants de France) : « Notre syndicat est laïque et féministe, et c’est au nom de ces principes que nous nous opposons à l’interdiction du port de signes religieux » ; Mme Boistard, secrétaire d’État aux droits des femmes, n’est « pas favorable » au port du voile à l’université. En fait, est-elle pour ? Est-elle contre ? Ce sera selon les vents dominants. Conviction zéro ! M. Mayol, directeur de l’IUT de Technologie de Saint-Denis, menacé de mort et victime d’une agression physique en 2004 : « Qu’on arrête de nous dire qu’il n’y a pas de problème ». M. Grégoire Lafarge, professeur de droit est pris à parti et « insulté » pour avoir demandé à une étudiante de quitter le voile pendant son cours. M. Salzmann, président de Paris-XIII : « Ce ne sont que quelques cas pour 100.000 enseignants de l’enseignement supérieur ». Les uns relativisent, les autres s’exaspèrent, le poison de la division est à l’œuvre. Le professeur Radier : exaspéré car « le message qui est derrière le voile [c’est] l’appartenance communautaire comme élément premier de l’identité du citoyen », sans parler du statut de la femme : « Comment peut-on afficher une tenue d’esclave et le revendiquer ? » Le professeur Jauffret, historien, dénonce « le renoncement à nos principes républicains » et l’« empoisonnement de l’esprit ». Le comble : « Dans certaines universités, on ne peut plus parler des guerres de religion, de Voltaire ou des croisades parce que des étudiants considèrent que c’est péché ». Le sociologue professeur émérite Jean Baubérot conclut : « Les professeurs d’université se retrouvent à faire leur travail dans des conditions très difficiles. C’est la gestion de la misère… » Certes oui : gestion de la misère de la pensée et de la faiblesse républicaine. Nos politiques ne sont que de pâles politiciens, occupés de leur réélection, indifférents à l’état du pays, des lâches sans principes en somme, qui pourtant se proclament républicains.

Sur la même question, M. Nicolas Gardères, maître de conférence à Science Po : « Avec bien d’autres institutions, notamment occidentales, l’impératif de pudeur féminine matérialisé dans le voile islamique participe totalement de la logique de séquestration du corps des femmes ». « Il y a ainsi quelque chose de profondément inégalitaire dans le voile […] Le voile est un cache-sexe ». Tous ces raisonnements n’empêchent pas le même professeur de se scandaliser d’une éventuelle interdiction du port du voile à l’université au nom des « libertés individuelles ». La seule neutralité est pour lui « axiologique ». Ce professeur de droit ira-t-il, sans dommage pour sa personne, constater publiquement, axiologiquement, que le droit musulman réduit de moitié l’héritage des filles en comparaison de celui des garçons ? Que la fille vaut par conséquent, en droit, la moitié de son frère ? Le laissera-t-on parler ?

Rappelons qu’en matière de laïcité, les présidents des universités sont actuellement livrés à leurs propres réflexions et capacités à édicter des règlementations locales : garantie de la désunion et de la cacophonie. Après la Grande Garabagne, l’Extension du domaine bordélique !

La Terreur et l’inculture. Elles sont en marche. Les assassins de Charlie-Hebdo et de l’hypermarché cascher de la Porte de Vincennes ont inoculé la peste aux intellectuels et aux artistes. Les cas d’autocensure se multiplient, sont révélés, dénoncés. Plus question de brocarder le Prophète, on se rabattra donc sur le Christ, c’est moins risqué. M. Guy Bedos, matamore de l’humour de la gauche chic et bon genre déclare : « Je comprends qu’un dessinateur puisse un peu gommer ce qu’il veut diffuser ». Mme Caroline Fourest, à qui il arrive d’être dans le vrai : « Si les artistes ont peur, l’inculture a déjà gagné ». Le Monde, 7 mars, p.20, art. de Michel Guerrin.

# L’article est en 19e page du Monde (8-9 mars 2015). Il devrait occuper toute la première page. Mme Florence Evin y commente avec vérité et clarté la destruction « au bulldozer » par l’EI de l’ancienne capitale assyrienne de Nimroud, en Irak. Pillage préalable et destruction, telle est la méthode. Cet effacement du patrimoine humain universel par des autistes religieux atteints de démence sénile est qualifié de « crime de guerre ». C’en est un, en effet, et quel ! C’est aussi un crime contre l’esprit, contre le sens de la communauté humaine. Ces musulmans fanatiques – j’espère, en les nommant, ne pas devoir répondre de ma liberté de penser et dire devant un tribunal de la république française – signent par leurs actes leur retrait volontaire de la communauté des hommes et descendent sous le porc et le chien qu’ils méprisent. Les religions sont à mes yeux les vraies catastrophes de ce monde, la musulmane étant la pire, M. Houellebecq l’a fort bien dit en des termes moins mesurés. Ils ont anéanti Ninive, Mossoul, Nimrud, Hatra. Ils se dirigeraient aujourd’hui vers Khorsabad, la capitale assyrienne. Le berceau de la civilisation est en voie de disparition. Il est à noter que ces bédouins fous, qui n’ont en rien contribué aux progrès des sociétés et des hommes, ni rien inventé depuis le VIIIe siècle, utilisent les armes et les outils (bulldozers, explosifs et marteaux-piqueurs) de leurs ennemis, de ceux que, dans leurs cerveaux archaïques, ils n’ont cessé d’appeler les croisés. On n’entend monter aucune protestation des autorités du CFCM et autres officines musulmanes du territoire Français. Les politiciens français ne produisent que des murmures ou du silence.

# La chaîne de télévision Arte consacrera 28 minutes à la célébration de la langue française, cela dans le cadre d’une « Semaine » consacrée à cette langue. C’est trop ! C’est trop !

# C’est du peuple péruvien que monte la protestation contre la « télé-poubelle ». On réclame, à Lima, « de l’art, de la culture » et non « des programmes aux contenus inacceptables, pleins d’incitations sexuelles et d’images morbides ». Sous des habits peut-être plus élégants, nous diffusons les mêmes. C’est pourquoi je ne les vois qu’exceptionnellement et dans un esprit de vérification. Le Monde, 8-9 mars 2015.

IVG. Abandon de la clause de conscience. Des réglementations et dispositions nouvelles rendent « l’acte » moins automatique, en France du moins. Les féministes s’en plaignent. Je lis « Les femmes sont les premières victimes de cette politique… » Je pense : « Sont-elles les seules ? » (xxxxxautocens.xxxxx) Elles souhaitent, je crois, que soit déclaré inutile le délai de réflexion demandé aux demandeuses d’IVG. Autrement dit, les femmes auront quelques jours de réflexion pour dénoncer la commande d’un canapé, mais s’en passeront pour l’acte en question. Les mêmes féministes souhaitent encore que la clause de conscience autorisée aux médecins soit abolie : autrement dit, ces derniers seront tenus d’agir contre ce qu’éventuellement leur dictera leur conscience (xxxxxautocens.xxxxx).Mes théories en la matière, pourtant loin d’être opposées à l’IVG dans tous les cas et circonstances,n’ont jamais recueilli l’assentiment d’une seule femme de notre temps. Je m’interroge cependant sur leur aversion pour les actes mortifères en mille domaines de la vie ordinaire. L’article de Mmes Mailfert et Serre-Combe (Le Monde, p.17, 8-9 mars) traitant du sujet se clôt ainsi : « Il y a donc urgence pour la France à œuvrer pour le droit d’avorter à l’échelle européenne […] Il en va de la vie de dizaines de milliers de femmes dans le monde ». De la vie d’un grand nombre de femmes, certes ; du confort d’un grand nombre d’autres femmes, et de « l’effacement » de quelques embryons et fœtus. Je trouve pour le moins curieux que le troisième volet du triptyque ne soit jamais ouvert. Mais je me mêle sans doute de ce qui ne me regarde pas, Épictète me le confirme à l’instant. C’est entendu, je ne vous en parlerai plus, ou presque plus !

# M. Hollande reçoit en son palais de l’Élysée « les Frondeurs », ceux qui, de son parti, s’opposent à sa politique depuis plusieurs mois. Il leur annonce qu’il ne changera pas de politique car, selon lui, celle-ci commence à porter ses fruits. En fait, son fruit le plus visible est une citrouille : cinq millions de chômeurs à l’horizon. Retour, donc, aux promesses risquées ! Parmi les invités d’honneur de ces cérémonies du souvenir anticipé, M. Joey Starr, repris de justice, star incertaine d’un art encore indéfini, fondateur d’un groupe musical (?) au nom délicat, NTM (Nique ta Mère). On a beau n’être pas bégueule, n’est-ce pas… J’ai vu ce monsieur, descendant d’une branche ancienne de l’humanité, un soir, par hasard, frapper un singe un jour qu’il était dans un état de grande nervosité – lui, pas le singe ! –, et plus tard être condamné pour avoir battu et blessé une hôtesse de l’air. C’était il y a peu d’années, à la télévision et dans la presse. On a les icônes et les intellectuels que l’on mérite. Il n’est pas exclu que ce M. Starr soit promptement décoré de la légion d’honneur.

Le 12/III/15

 

# L’éditorial du Monde n’est plus signé depuis plusieurs mois. J’en conclus qu’il est écrit par le fondateur du quotidien, M. Hubert Beuve-Méry, revenu des Enfers de l’Outre-Monde. Sa pensée au sujet de l’EI et des « hordes djihadistes » est en passe de rejoindre la mienne : « un objectif : éradiquer toute trace des anciennes civilisations. L’islamisme est un nihilisme totalitaire », « la version pathologique de l’islam… » ; « Ici, le crime contre l’Histoire accompagne une folie destructrice que l’on peut comparer à celle du projet nazi… », « par l’épuration religieuse, en pourchassant et massacrant toutes les populations non islamiques – chrétiens, yazidis et autres –, de créer une entité arabe sunnite pure, dans un environnement épuré de toute référence à l’autre et à l’avant »…, « une sorte de génocide spirituel… » (Le Monde, 12 mars). Il s’agirait néanmoins de voir que l’islam est en soi « pathologique ». Que le mythe de la « pureté » conduit à l’auto-dévoration, car il ne peut avoir de fin : il y aura toujours matière à découvrir moins pur et plus pur que soi. En témoigne l’acharnement qui conduit les islamistes à massacrer aujourd’hui autant, sinon plus de musulmans que d’adeptes d’autres croyances. Les nazis ont disparu avant d’avoir pu faire la complète démonstration de l’empoisonnement des esprits par la volonté de purification. Encore un effort, M. Beuve-Méry !

Le 13/III/15

 

Dans une vidéo, l’État islamique met en scène un enfant bourreau, titre Le Monde en page 3. Fait avéré ou mise en scène, ils savent parfaitement ce qui va lever le cœur des occidentaux dits civilisés. Ils savent aussi que les mêmes occidentaux voient, criaillent quelques instants, puis oublient et se taisent. D’où, sans doute, la permanente surenchère dans les atrocités. Au prétexte qu’il n’en existerait actuellement que deux en France, on plaiderait au PS pour la création d’écoles musulmanes nouvelles. Des enseignants s’en inquiètent, certains même s’en scandalisent et protestent. Selon moi, étrange conception de la laïcité, qui consiste à ouvrir l’espace à la religion mortifère, porteuse d’un virus mal connu, contre lequel on ne sait encore lutter efficacement. Comme ils savent nous amuser, nos actuels gouvernants !

14/III/15

 

# Je reviens sur mon obsession franchement antimusulmane. Elle peut indisposer, irriter, que sais-je encore… Je le sais, il me faut donc m’expliquer un instant. Les choses sont assez simples. Nous sommes, en ce pays-ci, la France pour ceux qui l’auraient oublié et à laquelle je tiens plus qu’au grandsupermarché européen, les héritiers d’une autre tradition : elle est, qu’on le veuille ou non, chrétienne. Seuls M. Vincent Peillon et ceux de son bord pensent que notre histoire commence en 1789. Je ne le crois pas, c’est à Roncevaux, avec l’appel de Roland, qu’elle s’ouvre. Et, à bien y réfléchir, c’est à Jérusalem, à Athènes et à Rome qu’elle était à l’état d’embryon. Ensuite, les monothéismes sont pour le moins agaçants. Ils sont violents et s’excluent les uns les autres, excipant de l’unique et seule authentique divinité, la leur. Pour cela ils furent et sont encore agressifs, sanglants (les menaces d’attentats, les égorgements et les crimes de L’EI et de Boko-Haram le démontrent chaque jour) comme le démontrèrent autrefois les violences du catholicisme et du protestantisme. J’aurais préféré le polythéisme des anciens Grecs, mais les chrétiens fanatisés d’antan ont chassé le grand Pan des rivages de la mer Égée. Pour ces raisons, et quelques autres, je suis athée. Quant à l’islam, il me fait peur, c’est une conséquence, non un a priori : je suis islamophobe selon la peur et je ne vois pas ce qui pourrait empêcher ma peur. La raison de celle-ci : l’islam est injuste. Il discrimine les femmes après avoir, sous sa forme bédouine, longtemps fait disparaître les nouveau-nés de sexe féminin dans le sable. Aujourd’hui, il fait disparaître les femmes sous la burqa, et dans l’inégalité de l’héritage amputé de sa moitié. En outre, je considère que de cacher une femme belle (ou même moins belle) est un crime contre elle, contre la beauté et le bonheur, contre l’harmonie du monde et contre le Dieu que l’on prétend honorer et servir. Et singulièrement une injure faite à Allah si je croyais en son existence. Un non-musulman est contraint à se convertir s’il veut épouser une musulmane, et il lui sera interdit d’abandonner sa nouvelle religion s’il le souhaite : il aurait alors le nom d’apostat et mériterait la mort. C’est la réciprocité aux couleurs de l’islam, dont le projet est de jeter son voile de deuil sur la terre entière : Combattez ceux qui ne croient pas en Dieu et au Jour dernier ; ceux qui ne déclarent pas illicite ce que Dieu et son Prophète ont déclaré illicite ; ceux qui, parmi les gens du Livre, ne pratiquent pas la vraie Religion. Combattez-les jusqu’à ce qu’ils payent directement le tribut après s’être humiliés(Sourate IX, verset 29) (1).

Enfin, l’islamolâtrie doublée de la christianophobie pathologiques de nos gouvernants et de nos élites depuis le milieu du XXe siècle me rendent islamophobe. J’ai en horreur le « deux poids deux mesures », surtout lorsque l’on prétend marcher sous l’étendard de la laïcité. Touchez un seul cheveu d’un musulman et vous verrez ce que vous verrez ; insultez un chrétien, sa croyance, frappez-le, crachez aux parvis des églises… et vous ne verrez rien du tout ! Peut-être même vous applaudira-t-on. En ce qui me concerne, ce n’est pas du tout mon genre, et cela me suffit. Ma coupe est pleine. J’ai vu cette horreur innommable du châtiment du pilote jordanien brûlé vif dans une cage de fer, puis enseveli sous une benne de gravats. J’ai eu quelque difficulté à reconnaître la marque d’une civilisation dans cette vengeance atroce. Le Ku Klux Klan n’agissait pas autrement, il avait autrefois très mauvaise presse chez nous. Des autorités musulmanes ont condamné cette abomination au nom d’un autre islam. Je veux bien… Je veux bien… Des autorités musulmanes de France, je n’ai entendu qu’une presque inaudible protestation. Ce « vivre-ensemble », je l’appelle un « vivre-à-côté », et M. Manuel Valls un « apartheid » dont je serais l’un des responsables.

De bonnes âmes, nombreuses en notre pays, se montrent plutôt réticentes, voire hostiles aux âmes mauvaises de mon espèce, qui stigmatiseraient de pauvres musulmans silencieux, voudraient les empêcher de vivre en paix quand d’abord ils vivent en silence. Ces âmes mauvaises, en effet, ont l’air de faire la morale à tout le monde dans une époque où toute morale de quelque nature qu’elle soit est d’avance récusée. Qu’on aille lire la dernière chronique de Kamel Daoud, dans La Cause Littéraire (2), et on verra qu’un peu de morale n’est pas à négliger. Quant à l’image de « moraliste » que l’on peut me coller ou m’accoler, elle m’importerait peu si, par un vice singulier de mon esprit, je ne la considérais comme honorable et même honorifique. Je n’ai cure de ce que pensent ceux qui ne veulent voir ni entendre. Mais enfin, c’est promis, je ne vous en parlerai plus, ou presque plus.

Le 20/III/15

 

# Le premier tour des élections départementales (ce dimanche 22 mars) laisse présager un désastre sans précédent pour les socialistes français. Commentaire au second tour. On récolte parfois le fruit d’un obstiné travail.

 

Les Confessions, Livre IV. Une journée à la campagne en compagnie de deux jeunes « demoiselles » de la bonne société – Melles de Graffenried et Galley – font un récit délicieux, quasiment édénique, sans aucun doute embelli dans le souvenir qu’en avait Jean-Jacques : « en général les objets font moins d’impression sur moi que leurs souvenirs… » Des cerises tombées dans un corsage, une chevauchée en croupe nous mettent aux lisières de la coquinerie sans y tomber jamais. On aurait aimé en être. À la fin, les inévitables regrets : « Qui m’eût dit que je ne les reverrais de ma vie, et que là finiraient nos éphémères amours ? » Autre épisode marquant, celui de Rousseau s’improvisant compositeur de musique et chef d’orchestre dans le salon d’un « professeur en droit ». Il se couvre de ridicule, on le moque sans l’accabler ni le chasser à coups de pied au derrière. Aménité d’un siècle pourtant aussi cruel que les autres. Le voyage à pied est pour le jeune Rousseau celui qu’il préfère. À aucun moment il ne semble s’inquiéter des détrousseurs : il est vrai que sa bourse est très plate. Son arrivée à Paris par le faubourg Saint Marceau : la Babylone imaginaire s’avère n’être que « petites rues sales et puantes… ». Le retour à Chambéry, dans le but de retrouver Maman n’est que plaisir et agréments. Jean-Jacques nous fait désirer d’avoir vécu les derniers temps de l’ancien Régime. Lui vit dans ses rêveries : « Je pouvais m’enfoncer à mon gré dans le pays des chimères, car il ne restait que cela devant moi ». Chemin faisant, il nous éclaire sur son sentiment personnel de la nature, qui va aux paysages tourmentés et montueux bien plus qu’aux « pays de plaine ». Il nous emmène dans l’espace et le temps de son époque avec art, sans avoir l’air d’y toucher, et l’on sent qu’il en est lui-même ému.

23/III/15

 

# Le ministre britannique des affaires européennes, David Lidington, a dénoncé à la Chambre des lords, à propos des erreurs d’appréciation de la situation en Russie, « la perte de capacité analytique collective ». Simplement dit, les experts ne comprennent plus rien à rien. Si nous regardons les choses comme elles sont, nous observerons qu’ils ne sont pas les seuls. Cela se comprend : apprécier, estimer, mesurer… tout cela exige des efforts de réflexion, la capacité de voir et de dire ce qui est.

Double nationalité. Inspirons-nous des Australiens, qui souhaitent supprimer la « double nationalité » aux individus liés à des organisations terroristes et vivant sur leur territoire. Précaution élémentaire. Déjà j’imagine M. Hollande offrant l’accueil de la France à ces malheureux accablés d’un sort contraire (repris du 24/II/15).

 

# « Ce drame a coûté la vie à cent cinquante morts » : on rirait de cette annonce d’une catastrophe aérienne faite par Internet-SFR, si la chose n’était aussi tragique. Un jeune copilote allemand s’est enfermé seul dans la cabine de pilotage de son AIRBUS avant de précipiter l’avion sur une montagne des Alpes. On apprend que l’homme souffrait de différents troubles dont il niait la réalité, parmi lesquels une sévère dépression chronique. Il aurait annoncé à l’une de ses amies que bientôt il se rendrait célèbre. C’est fait, semble-t-il, mais ce genre de célébrité me paraît peu durable. Cet homme eût dû y réfléchir davantage lors de ses périodes d’accalmie mentale. M.D.B. me fait observer que les Allemands ont cette bizarre manie de ne rien entreprendre qu’en groupes nombreux ! Ce cynisme angélique m’effare.

28/III/15

 

# M. Laurent Fabius redore son blason. Il demande aux nations de se préoccuper du sort des chrétiens menacés d’éradication au Moyen-Orient. M. Hollande lui aura glissé, entre deux portes, entre deux avions : « Allez-y ! Faites donc, mon cher ».

Élections départementales. Ladite droite enlève 67 départements, dont 28 pris à ladite gauche, laquelle n’en remporte qu’une trentaine. Le FN, ennemi commun, n’en prend aucun quoique son électorat progresse notablement. Question de proportionnelle… bombe à retardement ! La défaite socialiste est sévère, mais n’est pas encore une totale catastrophe. Les raisons me paraissent tenir à quelques réalités indéniables.

– Le parti gouvernemental, divisé, ne gouverne rien : les promesses présidentielles concernant la diminution du chômage furent illusoires : nous avons aujourd’hui près de 4 millions de chômeurs, cent divisions de pauvres, une foule d’assistés et chaque jour nous annonce la mise sur le pavé de centaines de travailleurs et d’employés. La France vit dans l’angoisse de cette insécurité fondamentale. Pour la masquer, chaque matin on nous annonce une mesure nouvelle dont chacun sait qu’elle ne sera pas appliquée.

– Les enfants d’aujourd’hui n’ont plus la moindre assurance quant à leur avenir, ils savent que celui-ci se déroulera peut-être à l’étranger. Le collège unique, prôné par l’éducation nationale, aboutit à une médiocrité remarquable et remarquée de la masse des étudiants ayant pourtant, à 80%, réussi leur baccalauréat. Former des plombiers, des électriciens et des carreleurs capables, même ceux qui le souhaiteraient, serait aller contre notre devise d’égalité.

– Autre insécurité : des dizaines de repris de justice, de nombreux délinquants récidivistes parmi lesquels des assassins, errent dans nos rues, incontrôlés, incontrôlables car les moyens font défaut. Les victimes les voient passer sous leurs fenêtres, devant leur porte. Si elles tentent de se prémunir contre leurs menaces, elles sont condamnées.

– La Sécurité sociale, notre premier ciment de fraternité (rappelons que le terme figure dans la devise nationale), est chaque jour rongée par le déséquilibre de ses comptes et l’assaut constant de la finance libérale qui ne demande qu’à s’emparer de ce juteux marché.

– Le patronat français engrange les soutiens gouvernementaux, promet des embauches sans tenir ses promesses, est aux aguets, espérant la reconquête du pouvoir par une droite plus favorable encore à ses espérances de dérégulation dans tous les domaines.

La prochaine défaite électorale du parti au pouvoir (« Une bourgeoisie d’État », selon M. de Montebourg, qui la connaît de l’intérieur !) est pour le mois de novembre (Élections régionales), inscrite dans ces faits. On dit que M. Hollande ne pense qu’à sa réélection à la présidence. On ne sait si on a envie de rire ou de pleurer. Le dernier mot reste à l’optimisme cependant, M. Valls ayant annoncé qu’il n’y aura aucun changement de la ligne politique gouvernementale.

« Dansons la Carmagnole, vive le son, vive le son… »

Le 31/III/ 15

 

Michel Host

 

([1]) Le Coran. Traduction de D. Masson

(2) Contre les caricatures et pas contre Daech ?, par Kamel Daoud, La Cause Littéraire, semaine du 23 mars 2015

 

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A propos du rédacteur

Michel Host

 

(photo Martine Simon)


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Rédacteur. Président d'honneur du magazine.


Michel Host, agrégé d’espagnol, professeur heureux dans une autre vie, poète, nouvelliste, romancier et traducteur à ses heures.

Enfance difficile, voire complexe, mais n’en a fait ni tout un plat littéraire, ni n’a encore assassiné personne.

Aime les dames, la vitesse, le rugby, les araignées, les chats. A fondé l’Ordre du Mistigri, présidé la revue La Sœur de l’Ange.

Derniers ouvrages parus :

La Ville aux hommes, Poèmes, Éd. Encres vives, 2015

Les Jardins d’Atalante, Poème, Éd. Rhubarbe, 2014

Figuration de l’Amante, Poème, Éd. de l’Atlantique, 2010

L’êtrécrivain (préface, Jean Claude Bologne), Méditations et vagabondages sur la condition de l’écrivain, Éd. Rhubarbe, 2020

L’Arbre et le Béton (avec Margo Ohayon), Dialogue, éd. Rhubarbe, 2016

Une vraie jeune fille (nouvelles), Éd. Weyrich, 2015

Mémoires du Serpent (roman), Éd. Hermann, 2010

Une vraie jeune fille (nouvelles), Éd. Weyrich, 2015

Carnets d’un fou. La Styx Croisières Cie, Chroniques mensuelles (années 2000-2020)

Publication numérique, Les Editions de Londres & La Cause Littéraire

 

Traductions :

Luis de Góngora, La Femme chez Góngora, petite anthologie bilingue, Éd. Alcyone, 2018

Aristophane, Lysistrata ou la grève du sexe (2e éd. 2010),

Aristophane, Ploutos (éd. Les Mille & Une nuits)

Trente poèmes d’amour de la tradition mozarabe andalouse (XIIe & XIIIe siècles), 1ère traduction en français, à L’Escampette (2010)

Jorge Manrique, Stances pour le mort de son père (bilingue) Éd. De l’Atlantique (2011)

Federico García Lorca, Romances gitanes (Romancero gitano), Éd. Alcyone, bilingue, 2e éd. 2016

Luis de Góngora, Les 167 Sonnets authentifiés, bilingue, Éd. B. Dumerchez, 2002

Luis de Góngora, La Fable de Polyphème et Galatée, Éditions de l’Escampette, 2005