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Carnets d’un fou-XLI - Juin 2016, par Michel Host

Ecrit par Michel Host le 07.07.16 dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

Carnets d’un fou-XLI - Juin 2016, par Michel Host

Bêtise humaine. « Humaine » est de trop : il n’y a que les hommes qui soient bêtes

Jules Renard, Journal, 1898

 

#. Juin. Lassitude. Il est temps de rejoindre la campagne bourguignonne. Il nous faut le silence, la paix et nos voisins lunatiques. Ce sera aux alentours du 20.

*

#. Je rédige mes lectures pour La Cause Littéraire. Travail plus ou moins facile, mais plaisant dès lors que je l’ai commencé. Avec appétit, je pense aux deux ou trois écrits en cours. Là, il me faut poursuivre et terminer. Ce carnet de juin sera bref, c’est probable. À moins que l’herbe, les arbres et le vent me réservent des étonnements nouveaux. Lecteur, je te prépare en douce aux visions champêtres. Au bucolique.

Le 6/VI

*

#. On mitonne pour le peuple français, qui ne demande que cela, un mois entier de balle au pied. Qu’on excuse cette locution, plus usitée en français sous le nom de football. La télévision, un mois entier occupée de ces choses, de leurs gloses et commentaires. Ce n’est pas si grave, on ne la regarde pas et voilà tout. Pour la radio – que j’écoute régulièrement – c’est plus ennuyeux. Il me faudra une thérapie musicale, à moi qui déteste la musique comme soigneuse de l’âme.

En marge de l’événement (qui relève à mes yeux de l’organisation fascisante de l’abrutissement des foules), un footballeur maghrébin, vaguement voyou et escroc, éliminé de la sélection, lance une accusation de racisme à l’endroit de son ex-entraîneur. Sa plainte est que son groupe (ethnique) n’est pas représenté dans l’équipe. Ce qui est faux par ailleurs. On imagine, s’abattant sur le pays, la pluie des réclamations pour non-représentation de la part des Basques, des Bretons, des Vosgiens de souche, des fils de notaires de la Meuse et des unijambistes de la région parisienne ! Ça commence bien ! Ah, foutreboll !

Le 7/VI

 

#. Question de vision. Nous sommes pucerons jetés dans le cosmos, les cirons de Voltaire. Certains, pourtant, persistent à se voir en empereurs, califes, voire pédégés ! (Repris de « Pensées au passage »).

 

#. Depuis la rupture des négociations de bonne entente par les autorités turques, le PKK (Parti autonomiste des Travailleurs du Kurdistan) multiplie les attentats sur le territoire turc. Cela provoque des morts et des blessés par dizaines. Le président autocrate turc Erdogan (Recep Tayyip) aurait déclaré (Le M, 9/VI) : « Nous allons lutter contre le terrorisme jusqu’à la fin du monde ». Le tyran s’imagine donc défait jusque dans l’éternité. Pessimisme noir ? Optimisme insensé ?

 

#. Fait divers, cité ad litteram. Le M, 9/VI : « La serveuse d’un bar du centre de Nice a été violemment agressée par deux individus, lundi 6 juin, au premier jour du ramadan, parce qu’elle avait servi de l’alcool. La serveuse, musulmane, pratiquait elle-même le ramadan ». Ce n’est pas exact : la jeune femme se trouvait seulement dans l’état de pouvoir en servir à des clients éventuels. Tolérance à la musulmane, imposition à tous de la loi de quelques-uns… Je te convaincrai à force de coups ! Cela a déjà commencé, cela va son petit bédouin de chemin. Nos gouvernants islamolâtres, collabos de Mahomet, par leur lâcheté, leur ignorance, leur désir de ne rien voir ni savoir, préparent la guerre des religions d’après-demain. Je serai mort, eux aussi, nos petits-enfants la feront.

Le ramadan, au fait, qu’est-ce donc ? Un rite qui consiste à ne boire ni manger (parfois jusqu’à en tomber d’inanition) ni rencontrer de femme durant la journée, puis à boire, à s’empiffrer et courir la faridondaine dès que l’œil ne distingue plus le fil rouge du fil noir… Est-ce bien Allah qui a prescrit de telles absurdités ? Ses sectateurs ne le prendraient-ils pas pour un imbécile ?

Le 9/VI

 

#. Pot au noir. Deux mandatures présidentielles (Sarkozy, Hollande), des gouvernants inaptes, occupés de leurs seuls profits personnels, ont conduit cette nation jusqu’à ce lieu des océans où règnent brouillards et tornades. C’est ma conviction et celle d’une grande partie de nos concitoyens. Ils n’ont pas innové ni proposé le moindre projet digne des Français, tout affairés qu’ils sont à les figer dans les couloirs étroits de la marchandisation mondialisée, à gommer leurs idéaux spirituels et historiques, à obéir en esclaves aux dictats, règlements, directives et conventions d’une Europe de fonctionnaires déconnectés de la réalité mais liés aux grands groupes de pression. Ils font patienter notre petit monde déboussolé en lui organisant des tournois de tennis, des courses cyclistes, des jeux divers (en ce moment une coupe européenne de balle au pied d’où s’exhalera le beuglement des foules abruties plongées dans les nationalismes crasseux), des concerts gratuits où s’exprime toute la médiocrité créative de l’époque. Dix corporations se sont mises en grève. Lorsque l’épave France s’enfoncera dans le maelström, il lui faudra encore couler au milieu des ordures ménagères : la corporation des éboueurs de plusieurs grandes villes vient, avec diverses stations d’incinération, de rejoindre les grévistes pour arrêter le vote d’une loi inique, certes, mais sur lequel la décision finale n’a pas été prise par les élus.

Permettez que je haïsse et vomisse ce moment, cette époque, ces hommes impuissants qui n’ont fait que rester debout dans la nuit parisienne à jacasser en robots et perroquets qu’ils sont, puisque je n’ai ni la capacité ni le courage de faire mieux que crier.

Le 9/VI

 

#. Les poubelles remplies à ras bord s’accumulent dans certains arrondissements de Paris. Les ramasseurs ne ramassent plus, les incinérateurs n’incinèrent plus. Les commerçants ne commercent plus, les passants ne passent plus qu’en se bouchant le nez. Puisqu’ils aiment tant le mot, cela est réellement « nauséabond ». Cela devient une question de santé publique. Peut-être ce gouvernement d’indécis réquisitionnera-t-il l’armée ; peut-être, comme l’américain Reagan en son temps, limogera-t-il cette troupe d’inconscients pour ne les réembaucher que soumis à un autre statut ?

Le 10/VI

 

#. Hier, un poète vint lire à la chambre des députés la Parabole des ouvriers de la onzième heure (Matth. 20, I-16). Cela prit quelques minutes. Passait par là le commandant en chef de la CGT, M. Martinez, que venait de recevoir Mme El Khomri. S’approchèrent aussi MM. Macron et Sapin, ministres, et deux députés de l’opposition. La lecture terminée, le poète s’enquit de l’avis de chacun. Le commandant cégétiste déclara qu’on l’avait attiré dans un traquenard, qu’il n’était pas d’accord et qu’on referait grève sous peu pour dénoncer l’inique projet évangélique. Mme El Khomri glapit, souriante, que le patronat français freinerait des quatre fers ; MM. Macron et Sapin, qu’on ne réduirait pas de cette façon la multitude des chômeurs. Pour les représentants de l’opposition, ils voyaient mal la logique de l’opération, à moins que le travail de la vigne et la nécessité de boire du vin n’eussent embrumé les cerveaux. Perfides, ils ajoutèrent qu’il était bien regrettable que M. Hollande n’eût pas été présent à cette lecture, car lui seul aurait su en démêler la leçon. Non moins perfides, MM. Macron et Sapin déclarèrent que M. Hollande, visitant actuellement une entreprise de fabrication de yaourt, ne pouvait être présent, et que d’ailleurs il n’avait jamais ouvert les Évangiles, ni aucun livre car il ne savait lire que les rapports statistiques. Pour n’en tirer jamais la moindre leçon, conclurent les opposants.

#. On nous amuse (populairement : on amuse la galerie) avec le Brexit. Dans quelques jours, les Britanniques vont voter à propos de leur divorce d’avec l’Union européenne, ou de la confirmation de leur concubinage avec elle. Qu’on ne craigne rien : le concubinage sera confirmé, car c’est un statut trop avantageux. Un pied dans la maison, l’autre au-dehors. Je travaille à ce qui m’y est profitable, je laisse aux autres tout ce qui pourrait m’y faire laisser des plumes.

Le 14/VI

 

#. Premières vendanges

Lorsqu’une vigne est plantée, le vigneron attend trois années, je crois, avant de faire sa première vendange. Le vin sera bientôt tiré, il faudra le boire. La vendange est faite depuis plusieurs années déjà, mais pourtant elle semble avoir commencé hier soir, le 13 juin 2016.

Les faits. Plus haut, j’annonçais la guerre de religions que bientôt devraient faire nos enfants et petits-enfants. Quelle naïveté ! La guerre est commencée, et c’est la guerre civile. Je m’étais juré de ne plus consacrer que de brèves notations à ces horreurs dont le salafisme, né de l’islamisme, né de l’islam, né du Coran, né de la Parole sacrée d’Allah, né d’un prophète instable mental, grand pédophile et antisémite déterminé nous habitue depuis un peu plus de 60 ans. Impossible de tenir cette promesse faite à moi-même, qu’on en convienne, car il n’est pas de jour où l’islam ne se rappelle à moi (à nous) par la haine et la cruauté. Hier, non loin de Mantes-la-Jolie ; avant-hier, à Orlando, aux États-Unis : là-bas, il abat comme bétail près de 50 homosexuels ; ici, le musulman armé de son outil de prédilection, le couteau, file et assassine le policier en civil devant la porte de son domicile, entre dans ce même domicile, y assassine de la même façon sa compagne et, pourquoi en douter ?, s’apprête à faire subir le même sort à l’enfant de 3 ans lorsque les gardiens de l’ordre républicain entrent dans la maison et le tuent. On peut l’appeler le terroriste. C’est sans doute exact. Je le vois, moi, en véritable microcéphaleau cerveau éteint et formaté par le Coran et le bourrage de crâne salafiste dispensé dans certaines mosquées. Si ce n’est pas la guerre civile, qu’est-ce donc ? N’est-il pas qualifié de « français », cet assassin ? Je n’avais pas connu de pareils concitoyens avant ces dernières années.

Quelques étapes-clés, que je rappelle à mon propre esprit léger et oublieux. Disons que 1830, avec l’entrée des troupes françaises sur les terres de l’Algérie, ouvrit le feu. Terres peu peuplées, certes, territoire qui n’avait rien d’un véritable État, à peine délivré de la tyrannie ottomane, oui, mais tout de même, c’était un viol. Colonialisme ? Il eût fallu en avoir claire conscience et prompt remords : Rome et les arabo-musulmans eux-mêmes nous avaient montré la voie, elle était en quelque sorte légitimée par l’histoire et les coutumes. Étapes donc, au plus près : droit du sol non remis en question ; organisation du « regroupement familial » ; croissance arithmétique des populations musulmanes sur le territoire français ; impossibilité de leur intégration-assimilation ; naissance des ghettos ethniques et d’une délinquance spécifique dans nos banlieues, et enfin, victimisation et auto-victimisation des populations en question. Viennent ensuite les autorisations de construction de mosquées, la légèreté coupable de nos politiciens islamolâtres, quoique fortement christianophobes, légèreté de ces mêmes politiciens, celle des lois et des juges qui, refusant de stigmatiser l’islamiste (autrement dit de révéler leurs faiblesses humiliantes masquées sous les oripeaux de la Raison), le condamnent à des peines minimes qui lui sont autant d’autorisations de poursuivre ses œuvres et méfaits. Ignorance de tous ou volonté de ne pas savoir : qui a lu le Coran ? Refus obstiné, enfin, dans les médias de tous ordres (sauf rares exceptions), de nommer les choses par leur nom : l’usage est, selon les préceptes non édictés de la pensée correcte, d’user de l’euphémisme, de la litote, de la formule sibylline, édulcorée, voire incompréhensible, et menaces de la loi (Loi Pleven) contre ceux qui, voulant user de leur liberté de pensée, tenteraient de passer outre !

Pour ce qui est des faits, les étapes les plus proches de nous, on ne peut plus significatives, furent celles-ci. Qu’on se souvienne : M. Mohamed Mehra massacre des militaires en pleine rue (dans l’espace public donc), puis pénètre dans une école juive (dans l’espace privé), y tuant à bout portant plusieurs enfants et leur père… Une fillette est attrapée aux cheveux et exécutée. La qualification est partout celle de « barbarie ». C’est inouï : la barbarie, c’est tout autre chose que la microcéphalie criminelle ici à l’œuvre. Il faut un bataillon de militaires pour mettre hors d’état de nuire ce robot de la mort.Viendront ensuite, œuvre des frères Kouachi, le massacre de toute la rédaction de l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo, l’assassinat d’un policier musulman achevé sur le bord d’un trottoir, la tuerie de plusieurs clients juifs d’un supermarché cascher, l’exécution par un tir dans le dos d’une policière occupée à dresser une contravention. Là encore, il faudra une poursuite et un mini Fort Chabrol pour venir à bout de ces malades du virus islamique. On connaîtra d’absurdes attaques de commissariats, au couteau, ouvrage d’esprits sans doute éclairés par Allah, et enfin les grandes tueries parisiennes du Stade de France, puis aux terrasses de divers cafés, et pour mettre un terme à la démonstration artistique, à ce nouvel art de la rue, la grande tuerie du Bataclan, salle où l’on a le mauvais goût de se distraire en écoutant de la musique : ce sont quelque 130 morts recensés, un nombre effrayant de blessés. Dernière note : un certain Aballa, notre fort aimable concitoyen, exécute à l’arme blanche un policier rentrant à son domicile, égorge sa compagne au domicile même, démontrant qu’il n’a rien oublié des méthodes ancestrales, puis est mis hors d’état de nuire par les forces de sécurité juste avant qu’il ne s’en prenne à l’enfant du couple, un garçon de trois ans, aujourd’hui transi de terreur au fond d’un grand hôpital parisien ! Je n’ignore pas que pour l’assassin et ses semblables, la terreur inoculée à un enfant orphelin de chez nous, ne compensera jamais celle que les crimes de la famille Bush inoculèrent aux petits orphelins de là-bas, chez eux, en Irak, en Afghanistan… La haine pour au moins cent ans, avais-je écrit alors.

Exemple, aujourd’hui-même, sur une radio commerciale (France-Inter ?), ceci vient d’être dit par uninterviewé : « Tous les musulmans ne sont pas des terroristes, mais tous les terroristes sont des musulmans ». Pour ma part, je substitue microcéphales nocifs à terroristes. L’entretien est aussitôt interrompu. L’homme allait, je crois, passer aux remèdes radicaux qu’il pensait devoir appliquer à ces radicaux du crime. De quelles atrocités verbales et de pensée allait-il se rendre coupable ? On l’a arrêté à temps, avant que les Robots (dont les proches n’ont que rarement été touchés par la bêtise religieuse criminelle), élevés dans le mépris de leur propre histoire, la haine du chrétien (fût-il pourchassé et martyrisé au Moyen-Orient, fût-il l’homme apaisé, collaboratif et repentant qu’il est devenu aujourd’hui, n’élèvent leurs chants d’amour idolâtre pour l’admirable et merveilleux islam.

On  me suivra, on vous suivra donc dans la rue, jusqu’à votre porte, on vous tuera sur son seuil, puis le tueur entrera chez vous, exterminera votre épouse, votre compagne, vos proches et jusqu’à vos enfants. C’est la rue Transnonain souvenez-vous de la gravure de Daumier –, mais dans un contexte rajeuni. N’est-il pas rafraîchissant ce bégaiement de l’histoire, son braiement d’âne bâté ? L’islam nous comble de ses bienfaits. M. le magistrat, qui avez condamné trop durement le petit Mohamed ; Mme la Journaliste qui avez déclaré que l’enfermement de la femme musulmane sous le niqab et dans sa cuisine est un asservissement ; M. le médecin qui avez prétendu examiner Mme Ali dont le mari exigeait que cela fut fait par un médecin femme ; M. le professeur, qui avez dans votre classe prétendu faire lire une page de Diderot, un paragraphe de Voltaire stigmatisant l’intolérance religieuse, ou même demandé une minute de silence après quelque attentat répugnant, eh bien, figurez-vous qu’il est arrivé le temps où l’on vous filera jusqu’à votre appartement, votre maison, pour venir vous y surprendre et vous y passer au fil de la lame, vous et ceux de votre famille. Nous vivons les premiers jours de cette délicieuse époque. Vous avez déclaré mortel le péché de stigmatisation, vous avez cru les droits de l’homme universellement adaptables et reçus, certains d’entre vous pensent amadouer les tueurs en en rabattant sur la laïcité… on vous en manifestera reconnaissance en vous éliminant de la surface de la terre. Quand vous y croirez enfin, vous ne pourrez plus bouger, vous serez morts. L’islam est une idéologie admirable qui use du Coran que peut-être vous avez oublié de lire ; de la taqîya, dont probablement vous ne savez rien ; de la charia, que vous avez écartée de votre esprit ; du silence enfin sur ses propres crimes vus comme d’efficaces et utiles actions contre les kouffars et les idiots utiles que vous êtes. J’ignore si ce nouveau pas franchi dans la terreur et l’intolérance religieuse durera plus de trois jours dans vos mémoires de moineaux.

Je crie comme le fou que je suis, je sais… c’est intolérable de crier comme ça quand on a tellement envie de dormir, mais ne comptez pas sur moi pour aller présenter ma gorge au couteau !

C’est terminé pour ce mois-ci, à moins que quelque sanglante merveille nous offre une fois encore l’un ou l’autre bienfait du « miséricordieux » !

Le 16/VI

#. On a défilé, déposé des fleurs, non loin de la maison où viennent d’être assassinés un policier et sa compagne, et fait orphelins leurs deux enfants. La population ordinaire, dirons-nous, de son côté. Les policiers, de leur côté. Des musulmans, à juste titre soucieux de n’être pas confondus avec les assassins, de leur côté. Cela s’appelle le vivre-ensemble. Une parfaite réussite des islamolâtres relevant des deux idéologies actuellement dominantes dans ce pays, Les Républicains, Les Socialistes.Pour les communistes, ils portent la traîne de Madame la Mort.

Le 22/VI

 

#. Brexit 1

Les Anglais ont voté. Ils quittent l’Europe, détachent du continent les amarres de leur bateau. Pas si grave : ils n’avaient qu’un pied (levé !) au-dedans, l’autre déjà au-dehors. Dans le supermarché européen, pornocrates et ploutocrates s’agitent follement. Les valeurs en bourse déchantent, dégringolent, dégoulinent… Les rats s’agitent dans les trous du gruyère de la phynance. Aux petits écrans, dans les stades, on s’abrutit avec délices de foutreballe. C’est l’autre religion. Le croyant est inoxydable.

#. Brexit 2, ou comment j’ai perdu la tête. Lettre à un ami éditeur à Londres :

Cher ami,

Il me semble que nous sommes condamnés à « voir », à voir venir ce que les oligocrates, pornocrates et ploutocrates nous envoient à la figure ; la délégation de pouvoirs que suscite la démocratie, c’est la réduction des pouvoirs du citoyen.

Il vote, certes, mais entre bêtise et ânerie. Aucun nuancement possible. Ses « représentants » ne le représentent qu’en apparence, ou formellement.

Les Anglais sont des êtres étranges : très compréhensibles et très incompréhensibles. Mais ce sont d’excellents rugbymen et ils étaient fantastiques en 1940, 41, 42… etc.

Je viens de perdre ma tête, je suis donc acéphale désormais, ou guillotiné : j’avais parié (donné ma tête à couper !) que le pragmatisme anglais ferait que le IN l’emporterait. J’ai perdu mon pari. Je ne suis donc pas mieux loti intellectuellement que M. David Cameron !

Cela dit, j’espère que la nouvelle situation va permettre de nettoyer le grand supermarché européen. Opération écuries d’Augias ! Votre M.H.

#. Brexit 3, ou des avantages et inconvénients de l’acéphalie. J’avais assuré les miens, depuis des années, de la perte de mon cerveau : « Mon crâne est vide, je n’ai jamais eu de cerveau. Voyez pourtant tout ce que je fais (j’écris des livres, pour l’essentiel) en dépit de cette pénible ablation naturelle. Vous, qui possédez un cerveau, que ne serez-vous capables de réaliser dans votre vie ! Gardez espoir ». Avec ce Brexit, les choses ont pris une autre tournure. J’avais donc « donné ma tête à couper » que dans leur majorité (j’avais prévu 52% de votes positifs) les Anglais voudraient ne pas quitter l’Europe : dedans et dehors à la fois, avec le contrôle de leur monnaie, de leurs frontières, cela me semblait très pratique. C’est le vote inverse qui a eu lieu : à 52%, ils veulent s’enfuir de la géhenne bruxelloise où des fonctionnaires non élus, n’ayant jamais travaillé de leur vie, régentent à coups de décrets et règlements celle de 350 millions d’humains qui travaillent pour peanuts comme ils disent. J’ai donc honoré mon pari ce vendredi matin. Ma tête fut tranchée par mes proches dans le salon de notre appartement. Mes premières impressions sont très favorables : esprit aéré, idées neuves se présentant libres et nombreuses, vision céleste panoramique, aucune lourdeur de tête… Bref, c’est bien mieux que ça n’était. Je ne voudrais pas mettre à profit cette situation inattendue pour aiguiser mon pessimisme naturel. Oui, wait and see.

Le 25/VI

 

#. La campagne, enfin ! Arrivés en Bourgogne du nord. Voyage sans encombre dans une voiture coréenne. Nouveau modèle, boîte de vitesse automatique. Impression de changer d’ère. J’ai l’exotisme de mes moyens un tantinet limités. Le compteur indique néanmoins les 240 km/h, ce qui me rassure.

Le 26/VI

 

#. Journaux locaux. Ils sont dans la boîte aux lettres, déposés par une voisine. Nouvelles rafraîchissantes, comme aux temps de Jules Renard.

L’Yonne Républicaine : « À Perrigny, les écoliers visitent la mairie. À Vermenton Le Boule vermentonaise organise un concours de doublettes ». Tu seras un citoyen, mon fils, puis un lanceur de boules ! À Authiou (quelque part dans le Haut Nivernais) se donnent les deuxièmes Envolées chorégraphiques : des dames rebondies, un monsieur en culottes courtes, lancent des coussins en l’air : vingt siècles de vie française et y avoir pensé si tard ! Dans le village de Tultepec (nord du Mexique) ont été mis au jour les restes d’un mammouth vieux de 14.000 ans. En voilà un qui aura fait de vieux os.

Le Bien public, quotidien de la Côte-d’Or : à Venarey-les-Laumes, commune proche d’Alésia, on répare et recycle les vélos abandonnés à la déchèterie. Jules César : « Ah si mes légions étaient arrivées en vélo, l’affaire eût été réglée plus vite ! » Divers chefs d’entreprises se sont rassemblés à Dijon pour célébrer le courage des « repreneurs d’entreprises », parmi eux la dirigeante de Bourgogne escargots. On l’aura trompée, car ici les colimaçons, gavés de pesticides, décèdent dans les fossés et les prés. Cette dame reçoit sans doute les siens d’Europe centrale au prix d’un changement de nationalité. Quant au concours de « Miss ronde Bourgogne 2016 », qui eut lieu à Auxonne, dans la salle événementielle – fichtre Dieu ! – l’élue est Charlotte C.-T., photographiée avec ses trois « dauphines » : enfin des dames qui ressemblent à des dames, sur les poitrines desquelles il doit être doux de rêver et se reposer. Dans les deux organes de presse il est signalé qu’un « incendiaire en série », un homme agressif et armé, sillonne les deux départements et que la gendarmerie est à ses trousses… Serait-ce le lointain Far-west. Vive la Bourgogne !

Le 28/VI

 

#. D’une lecture à tort abandonnée-1. Retrouvé dans la maison de Bourgogne l’essai d’Alain Nadeau, Dieu est une fiction. Il dort ici depuis une année. Son éditeur (Serge Safran) me l’avait envoyé sans que je le lui demande. D’autre part, son titre m’avait semblé un truisme. Je l’avais feuilleté rapidement, constatant qu’il était très bien écrit. Alain Nadeau est décédé en Grèce, il y a un peu plus d’une année, d’une crise cardiaque a-t-on dit.

Je reviens aujourd’hui à cette source de réflexion. La préface me parle d’« invention » : « Dieu n’existe généralement – Pourquoi généralement ? – que dans et par les textes ; il est donc, au sens large du terme, une invention à caractère le plus souvent littéraire… ». Qui s’opposera à cette vérité ? Plus loin l’écrivain se dévoile : « Son auteur [celui de cet ouvrage] qui fut en son temps romancier, a lui aussi eu maille à partir avec la croyance. Par exemple, il reconnaît avoir cru en la « Littérature ».

Cela me parle directement. Nadaud a cessé d’écrire « littérairement », il a délaissé la fiction. Je le comprends admirablement : outre qu’elle n’est reçue que dans les cadres des coteries et des idéologies dominantes, souvent par des imbéciles qui entreprennent de disserter sur ce qu’ils ne comprennent pas, elle n’est d’aucune utilité réelle. L’essai philosophique ne va pas beaucoup plus loin. À ma connaissance, seule la diatribe J’accuse ! d’Émile Zola a pu infléchir les tristes suites d’une affaire d’injustice. Ailleurs, en d’autres temps, ni les Caton, ni les Flaubert, ni les romans de Hugo à Romain Rolland n’ont rien changé à la bêtise maléfique des humains.

On compare et se compare, forcément : pour moi, je me passe fort bien de toute utilité. Je ne vis pas dans l’utile (Baudelaire !) mais dans le seul plaisir : écrire de brèves fictions – vanité des pavés romanesques coulant au fond du marécage ! –, des nouvelles par exemple, des poèmes quand l’âme y est, et ces chroniques du temps comme il ne va pas, voilà qui me procure les plus vifs plaisirs intellectuels et esthétiques. J’y soigne mes intenses nostalgies, j’y ressuscite des pans du passé, et jusqu’à des êtres humains. Par ailleurs, il me reste ce brin de croyance dans le fait que la fiction indique des chemins de traverse et l’hypothèse d’autres voies éventuelles. C’est dans ce seul sens que je crois encore en la « Littérature ».

Le 30/VI

 

À Rigolade House :

On se réunit au salon de Rigolade House en ces derniers jours de printemps. La ville s’est apaisée. Les manifestants défileront de la place de la Bastille à la place de la Bastille, en exécutant une promenade circulaire autour du Bassin de l’Arsenal. Les Anglais voteront s’ils restent dans l’Europe ou quittent ce merveilleux supermarché où l’idéal humain consiste à vendre et à acheter des marchandises de toutes provenances. Il s’agit, à Rigolade House, d’écarter l’ennui ordinaire de l’été, non pas de réconcilier les futurs duellistes, le professeur Purgon et le comte des Immeubles-d’En-Face. On décidera d’une activité estivale pouvant réunir plusieurs membres de la maison, ou du club, comme on voudra. Afin d’engager le débat dans des chemins qui supposent des choix acceptables, peut-être même agréables pour la majorité – notons ce souci inattendu des formes élémentaires de la démocratie dans une société somme toute aristocratico-bourgeoise – sont servies au bar et aux tables les meilleures boissons et rafraîchissements disponibles entre Moselle et Haute Garonne. Un champagne sec des terroirs d’Épernay fait promptement pétiller les esprits.

Le professeur Purgon, ayant réclamé le pardon de tous pour l’indigne conclusion de la précédente assemblée, se propose de diriger les débats et aussi l’activité dont on décidera. Au passage, il précise que le duel aura bien lieu à l’automne, car l’honneur n’admet ni le renoncement ni les atermoiements. « Vous savez bien que le duel est interdit par la loi » clame le Robot de service. Le professeur n’hésite pas à répondre que l’honneur exige que l’on défie la loi elle-même, et qu’il ne reviendra pas sur sa décision. Après le vote à main levée, il est décidé à l’unanimité qu’on partira visiter les campagnes françaises, inconnues de la plupart des présents, dans le courant du mois de juillet.

 

Définitions express :

IDÉE : Denrée rare. « Gloire du long désir, Idées… », Mallarmé, qui voyait grand !

IDENTITÉ : Si peu certaine sous nos climats qu’on l’inscrit sur une carte.

IDIOT : Souvent et à tort confondu avec l’imbécile. En dépit de l’expression courante, « faire l’idiot » est impossible. L’idiot l’est, il ne peut feindre. En revanche, « faire l’imbécile » est très courant, et c’est souvent la méthode de ceux qui ne sont pas idiots.

ILLUSION : Croire être quelque chose ou quelqu’un.

IMPARTIAL : Qui n’a aucun intérêt en l’affaire.

IMPOSITION : Des mains de mon percepteur uniquement.

IMPOSTEUR : Qui exerce les mêmes activités que les miennes et en tire de meilleurs profits. Artiste contemporain.

IMPUNI : Certain vice le serait. On aimerait davantage de vicieux.

INACTIF : Il meurt aussi, mais beaucoup moins fatigué.

INADMISSIBLE : Ce qui fait obstacle à mes ambitions, à mes projets.

INCONNU : Gagne ou gagnera à le rester. « L’inconnu est une exception, le connu une déception » (Francis Picabia).

INDÉFINI : Dont la nocivité ne s’est pas encore clairement déclarée.

INDÉCISION : Comportement sage précédant le retrait.

INDIGNATION : État de mauvaise humeur libératrice qui ne dure guère plus d’une demi-minute. Lavertueuse indignation peut durer une minute entière.

INFIDÈLE : Celui qui ne se soumet pas à ma religion et mérite donc d’être exterminé comme une vermine. Après le catholicisme et la religion hébraïque (quoique à un degré moindre), seule aujourd’hui la religion musulmane se connaît des infidèles.

INGRAT : Celui qui, ayant reçu quelque indemnité de la Sécurité sociale, ne m’en adresse aucun remerciement personnel.

INIMITIÉ : Celle des médiocres est d’un grand réconfort. Son avantage : il est inutile de la susciter, elle nous vient sans que nous l’appelions.

INNÉ : Le crétinisme, vertu naturelle la plus libéralement distribuée. L’instruction n’arrange rien : le crétin instruit épuise toute patience.

INNOCENT : Celui qui ne nuit pas. On le cherche.

INSENSÉ : Substantif, ou attribut, ou épithète adaptable à la totalité des champs sémantiques.

INSENSIBLE : Mon voisin devant les maux qui m’accablent.

INSTRUCTION : Cache-sexe de l’inculture.

INTELLIGENCE : Aptitude éventuelle du cerveau. Yahvé-Dieu la distribua aux humains avec une sordide parcimonie.

INTENTION : Prélude à quelque inconvénient, ou pis encore.

INTÉRÊT : Mort de l’élégance, flétrissure de la beauté. « Les vertus se perdent dans l’intérêt, comme les fleuves se perdent dans la mer », La Rochefoucauld.

INVISIBLE : Ce que nous ne voulons pas voir.

IRASCIBLE : Qui se permet une observation à mon endroit.

IRCAM : Institut Rhapsodieux des Cafardeuses et Accablantes Musiques.

IRONIE : Fille de l’interrogation (eirôneia), elle n’est plus guère accessible en notre époque de seule affirmation.

ISLAM : Religion qui, comme les autres, allie l’obscurantisme à l’intolérance. Il n’est pas d’islam réformable, la parole d’Allah ne pouvant l’être.

 

Fin du Carnet d’un fou XLI-juin 2016

 

Michel Host

 


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A propos du rédacteur

Michel Host

 

(photo Martine Simon)


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Rédacteur. Président d'honneur du magazine.


Michel Host, agrégé d’espagnol, professeur heureux dans une autre vie, poète, nouvelliste, romancier et traducteur à ses heures.

Enfance difficile, voire complexe, mais n’en a fait ni tout un plat littéraire, ni n’a encore assassiné personne.

Aime les dames, la vitesse, le rugby, les araignées, les chats. A fondé l’Ordre du Mistigri, présidé la revue La Sœur de l’Ange.

Derniers ouvrages parus :

La Ville aux hommes, Poèmes, Éd. Encres vives, 2015

Les Jardins d’Atalante, Poème, Éd. Rhubarbe, 2014

Figuration de l’Amante, Poème, Éd. de l’Atlantique, 2010

L’êtrécrivain (préface, Jean Claude Bologne), Méditations et vagabondages sur la condition de l’écrivain, Éd. Rhubarbe, 2020

L’Arbre et le Béton (avec Margo Ohayon), Dialogue, éd. Rhubarbe, 2016

Une vraie jeune fille (nouvelles), Éd. Weyrich, 2015

Mémoires du Serpent (roman), Éd. Hermann, 2010

Une vraie jeune fille (nouvelles), Éd. Weyrich, 2015

Carnets d’un fou. La Styx Croisières Cie, Chroniques mensuelles (années 2000-2020)

Publication numérique, Les Editions de Londres & La Cause Littéraire

 

Traductions :

Luis de Góngora, La Femme chez Góngora, petite anthologie bilingue, Éd. Alcyone, 2018

Aristophane, Lysistrata ou la grève du sexe (2e éd. 2010),

Aristophane, Ploutos (éd. Les Mille & Une nuits)

Trente poèmes d’amour de la tradition mozarabe andalouse (XIIe & XIIIe siècles), 1ère traduction en français, à L’Escampette (2010)

Jorge Manrique, Stances pour le mort de son père (bilingue) Éd. De l’Atlantique (2011)

Federico García Lorca, Romances gitanes (Romancero gitano), Éd. Alcyone, bilingue, 2e éd. 2016

Luis de Góngora, Les 167 Sonnets authentifiés, bilingue, Éd. B. Dumerchez, 2002

Luis de Góngora, La Fable de Polyphème et Galatée, Éditions de l’Escampette, 2005