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A propos de Infiniment à venir, Henri Meschonnic, par Didier Ayres

Ecrit par Didier Ayres le 15.03.17 dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques, Poésie

Infiniment à venir, Henri Meschonnic, Arfuyen, février 2017, 88 pages, 11 €

A propos de Infiniment à venir, Henri Meschonnic, par Didier Ayres

 

Poésie de la grâce

Je connais Henri Meschonnic d’abord pour sa poésie. Ainsi, avec ce recueil posthume que publient les éditions Arfuyen, je découvre une partie de l’appareil critique de l’auteur et sa parole de penseur de la poésie. Et même dans l’intellection de sa poétique, on retrouve une voix frappante et personnelle. Car, on peut voir dans la poésie elle-même, le centre de sa pensée critique, notamment son travail très singulier de traducteur

vides de moi

vides de toi

un champ où se cultive

l’oubli

Nous sommes donc convoqués à un moment de grâce. Grâce qui fertilise, qui féconde la poésie et qui ouvre peut-être à un monde de l’au-delà, à une autre vie métaphysique. Et cela, comme la cendre de la cendre chez Jacques Derrida, le il y a, là, cendre, comme si le vocabulaire pouvait brûler l’être et le rendre meilleur à lui-même, dans une activité transcendante du temps et des heures, au-delà de la phrase muette

les pierres

ne se réveillent pas

et tant et tant

sont fondus

dans les pierres

Les vingt-cinq poèmes de ce recueil posthume interrogent une vision du monde avec une langue et une voix contemporaines, une sorte de voix de la voie/x chère à Alain Astruc

des voix en moi

n’ont pas

de nom

du sans nom

parle par

moi

Puis, à la moitié du livre, s’ouvre l’univers prosaïque du penseur, portant le titre bien trouvé de Pour le poème et par le poème, texte qui reprend la conférence de Meschonnic prononcée à Strasbourg en 2006, lors de la remise du prix Jean Arp. On y reconnaît l’importance chez l’auteur de la question de la traduction, et des phénomènes de continuité et de discontinuité à l’œuvre dans le travail de traduire, et plus essentiellement dans tout acte d’écriture qui interroge le signe.

Alors il faut penser le continu corps-langage comme poème de la pensée. Il s’agit de travailler à cesser de penser signe pour travailler à penser poème. Parce que le signe ne sait que penser signe, et laisse impensé le continu.

Nous sommes donc en compagnie d’une escorte intellectuelle de grande qualité. Infiniment à venir laisse paraître sans affectation, comment dire, avec cette sorte de langage dépouillé, une escorte susceptible de saisir le poète, dépassant les limites du poème, dénotant qu’écrire sur la poésie représente à la fois un effort dialectique et ici, poétique, la pensée nourrissant le poème et inversement. Et là, figure toute l’originalité de ce beau livre, qui a pris pour couverture quelques formes géométriques noires sur fond blanc – réalisées à l’encre sur papier –, qui sonnent un peu comme les travaux de recherches suprématistes, minimalisme que l’on peut reconnaître aussi dans la poésie de Meschonnic, en tout cas, dans une poésie quintessenciée, cherchant le dénuement, la clarté et la simplicité.

 

Didier Ayres

 


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A propos du rédacteur

Didier Ayres

 

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Rédacteur

domaines : littérature française et étrangère

genres : poésie, théâtre, arts

période : XXème, XXIème

 

Didier Ayres est né le 31 octobre 1963 à Paris et est diplômé d'une thèse de troisième cycle sur B. M. Koltès. Il a voyagé dans sa jeunesse dans des pays lointains, où il a commencé d'écrire. Après des années de recherches tant du point de vue moral qu'esthétique, il a trouvé une assiette dans l'activité de poète. Il a publié essentiellement chez Arfuyen.  Il écrit aussi pour le théâtre. L'auteur vit actuellement en Limousin. Il dirige la revue L'Hôte avec sa compagne. Il chronique sur le web magazine La Cause Littéraire.