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Zuhayra, Quatre poèmes à sa fille sur la vieillesse et la mort, Abû Kabîr Al-Hudhalî

Ecrit par Patryck Froissart 07.03.14 dans Sindbad, Actes Sud, La Une Livres, Critiques, Les Livres, Poésie, Pays arabes

Zuhayra, Quatre poèmes à sa fille sur la vieillesse et la mort, édition bilingue arabe et française, traduction, présentation et annotations Pierre Larcher, janvier 2014, 76 pages, 15 €

Ecrivain(s): Abû Kabîr al-Hudhali Edition: Sindbad, Actes Sud

Zuhayra, Quatre poèmes à sa fille sur la vieillesse et la mort, Abû Kabîr Al-Hudhalî

 

 

Ce court dîwân est composé, comme l’indique le sous-titre de l’ouvrage, de quatre poèmes, de longueur variable, comprise entre 15 à 48 vers, tous centrés sur le thème de la vieillesse et de la mort.

Le poète arabe, sentant sa fin prochaine, adresse à sa fille chérie, Zuhayra, une longue complainte en laquelle il regrette ce qui a été et qui ne sera plus, ce qu’il a vécu et ne revivra pas, l’homme qu’il a été et qu’il ne peut plus être.

Dans la trame de cette nostalgique évocation se dessine le tableau de la vie des Bédouins d’avant l’Islam, et apparaissent des éléments essentiels de leur culture, de leurs mœurs, de leurs valeurs :

– La guerre, la vaillance, la force du guerrier, valeurs primordiales :

« Zuhayra ! Si ma nuque a blanchi, pourtant

Que d’escadrons vaillants j’ai l’un à l’autre unis ! »

– L’amour, qui, pour l’homme, se décline au pluriel :

« Guéri je suis des belles […] ! Finie,

Ma vie : j’ai renié, ce matin même, mes folies ! »

– Les plaisirs festifs :

« Ou n’est-il point de voie vers la jeunesse, plus chère

A ma mémoire que le vin pur et gouleyant ? »

Le poème exprime intensément tout au cours des distiques la souffrance du vieil homme constatant son impuissance à freiner la fuite du temps. Le ton, tragique, est donné dès la première adresse à Zuhayra :

« Zuhayra ! De la vieillesse peut-on dévier

Ou n’est-il point de voie vers la prime jeunesse ? »

Et redonné à chacune des entrées des trois poèmes suivants, ce qui confère à l’ensemble un poignant caractère incantatoire :

« Zuhayra ! A la vieillesse échappe-t-on ?

Ou n’est-il point de voie vers jeunesse qui fuit ? »

Cette édition érudite, présentée et annotée par Pierre Larcher, offre au lecteur, en sus du plaisir que procure à tout amateur de poésie la lecture d’un texte de grande et pure beauté, une mine d’informations sur les caractéristiques de la poésie arabe, bédouine, d’avant l’Islam et sur le raffinement spirituel de ces cultures nomades antiques.

 

Patryck Froissart


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A propos de l'écrivain

Abû Kabîr al-Hudhali

 

Abû Kabîr al-Hudhali (VIe-VIIe siècles) est l’un des deux plus célèbres poètes d’une tribu du Hedjaz, les Hudhayl. Il appartenait aux Banū Saʿd, ou, d’après certains, aux Banū Ḏjurayb. Son véritable nom est Āmir (ou Uwaymir) ben al-Ḥulays. D’après d’autres indications, ce serait ʿĀmir ben Djamra, mais il fut toujours nommé d’après sa kunya.

Pierre Larcher, docteur es lettres, est professeur de linguistique arabe à l’université d’Aix-Marseille.

 

A propos du rédacteur

Patryck Froissart

 

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Patryck Froissart, originaire du Borinage, a enseigné les Lettres dans le Nord de la France, dans le Cantal, dans l’Aude, au Maroc, à La Réunion, à Mayotte, avant de devenir Inspecteur, puis proviseur, et de diriger divers établissements à La Réunion et à Maurice. Longtemps membre du Cercle Jehan Froissart de Recherches Poétiques de Valenciennes, il a collaboré à plusieurs revues de poésie et a reçu en 1971 le prix des Poètes au service de la Paix. Il est membre de la SGDL, de la SPAF, de la SAPF.

Il a publié : en 2011 La Mise à Nu, un roman (Mon Petit Editeur); en août 2013, Les bienheureux, un recueil de nouvelles (Ipagination Editions), Prix Spécial Fondcombe 2014 ; en janvier 2015, La divine mascarade, un recueil de poèmes (Editions iPagination); en septembre 2016, Le feu d'Orphée, un conte poétique (Editions iPagination), troisième Prix Wilfrid Lucas 2017 de poésie décerné par la SPAF; en février 2018, La More dans l'âme, un roman (Ipagination Editions); en mars 2018, Frères sans le savoir, Bracia bez wiedzy, Brothers without knowing it, un récit trilingue (Editions CIPP); en avril 2019, Sans interdit (Ipagination Editions), recueil de poésie finaliste du Grand Prix de Poésie Max-Firmin Leclerc.