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Vers le silence, Max Pons

Ecrit par Cathy Garcia 27.07.11 dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Poésie

Vers le silence, Editions de la Barbacane, 2011, 88 pages, 15 €

Ecrivain(s): Max Pons

Vers le silence, Max Pons


Max Pons est un amoureux, un grand amoureux de l’humain et des pierres, amoureux au sens le plus courtois du terme, comme les troubadours de langue d’Oc. Dans ce recueil, admirablement préfacé par Michel Host, il nous offre un cheminement de haut vol poétique  « Vers le silence ».

Fidèle à sa passion minérale, le recueil s’ouvre sur la pierre, mais une « Pierre de caresse/ Pierre maternelle ». Max Pons, qui fut pendant si longtemps gardien et guide du Château de Bonaguil, un château-fort, allégorie de la forteresse quasi imprenable du féminin, connaît mieux que personne les liens secrets qui se tissent entre la pierre et les forces de la nature et ce que je retiens de l’ensemble de ce nouveau recueil, ce rassemblement de fragments, de morceaux de ce territoire qui est le sien, c’est que tout, de la pierre à la chair, de la terre au ciel, transpire et conspire un puissant chant d’amour.

« Arc en pleine caresse

Ton plaisir pointe vers le ciel

Ton désir vient de la terre

Et l’homme hésite

À franchir le seuil ».


Le poète déploie ses antennes en toutes directions, attentif et précis, c’est un amant d’expérience, porteur d’histoire, la sienne, mais aussi de celle des Hommes :


« Voici des portes qui s’ouvrent sur d’autres portes.

Voici des fenêtres qui croisent leurs bras puissants sur la nudité blessante de la lumière.

Et puis voici d’autres yeux encore. D’autres croisées de lumière ».


Et de tous leurs questionnements :


« En ces lieux de foudre, à l’odeur d’Histoire, retournant à la domination de l’élément aquatique, quelle est donc cette force sauvage qui habite la somptueuse gésine minérale dans la quiétude des mousses ».


En homme avisé, le poète sait que malgré tout le chemin parcouru, il n’y a pas de réponse, mais que l’essentiel reste encore et toujours à vivre :


« Inventer la survie

Débusquer le mouvant

Jusqu’à l’immobilité lucide

Au seuil du sanctuaire ».


Et que la vie est désir, sans cesse renouvelé, comme le fleuve va à la mer :


« Je te parlerai des libellules des premiers émois

et des éclairs de chaleur sur la robe mouillée des soirs.

Et de cette cascade qui bat de sa chevelure

le dur silence ».


Et le poète chante et honore la Source :


« Devant ce val délicatement veiné

À la naissance d’un fleuve d’ombre et de feu

Estuaire au limon de vie

Devant ces meules lourdes de louanges

Cette fête de courbes

Ce langoureux ballet

Paysage pour la grande faim du dehors et du dedans ».


Un chant qui se fait « profond » et « vérité primitive ». « Faire l’amour », voilà la « Pureté retrouvée » et revient l’homme qui savait parler aux pierres :


« Du fond de ma caverne charnelle

Je te bâtis ».


Que le poète se donne tout entier à son chant ne l’empêche nullement d’être lucide et ô combien !


« Inéluctable marche

D’ultime vérité ».


Et son regard saisit le moindre détail qui témoigne de l’infime et infinie beauté :

 

« La marmite ronronne

Près du chat ».


Comme seuls savent le faire ceux qui ont envisagé la mort en face, car nul n’est plus habile qu’elle à nous faire ressentir le bonheur de l’instant :


« Au fil,

Le linge blanc

– Lessive de l’œil –

Le linge qui raconte des êtres ».


Mais si le temps, à Max Pons comme à nous tous, est compté, le poète magicien a plus d’un tour dans sa plume :


« – Il faut bien passer le temps,

Dit l’un.

– Non, lui répond l’autre :

Il faut l’agrandir ».

 

La lucidité sans l’humour serait torture. Max Pons sait qu’il est bon de garder l’œil amusé et le sens de la facétie :


« Il y a sur la table

Une salière à lunettes

Ne manquant pas de sel.

Il y a l’éclatement même

De la vérité. Personne ne

S’y retrouve.

(…)

Et c’est ainsi qu’il voit le monde

Tel qu’il est, au grand étonnement

De la réalité

Et des paroles rassurantes… »


Et le poète, une main sur la chair, l’autre sur la pierre, tel un vieux sage sur la terrasse nous suggère de :


Tourner longuement

La petite cuiller.

Deux sucres, voulez-vous ?

La poésie est infusion… »


Et nullement pressé de nous voir partir, il nous donne à boire encore et encore de sa belle et bonne poésie, dans un recueil qui s’étire comme un chat :


« Et vient le petit jour, longue robe flottante.

Demeure un goût d’amour, tel un oiseau perdu

De ses ailes frappant la cage de nos gorges »


En s’inspirant aussi de gravures de Maya Mémin et quelques dessins que son ami Zadkine lui avait confiés, avant de poser un point que l’on espère non final, en faisant sienne cette phrase de Cocteau :


« On ne se consacre pas à la poésie, on s’y sacrifie ».


Cathy Garcia


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A propos de l'écrivain

Max Pons

Max Pons est né le 24 février 1927 aux alentours de Fumel. Il passe les premières années de son enfance à Vitry-sur-Seine en banlieue parisienne. Sa famille rejoint le sud-ouest de la France dont elle est originaire juste avant 1939. Dès lors, avec les terres, situées entre Quercy et Périgord, vont commencer un dialogue ininterrompu avec cet homme qui aime à répéter avoir vu le jour sous le signe des Poissons et du calcaire. « C’est à l’âge de cinq ans que je fis connaissance avec Bonaguil, lors d’un déjeuner sur l’herbe en famille, nous devions être dix-sept, oncles, tantes, cousins et mes parents ». C’est dans le cadre de ces pierres qu’il rencontrera de très nombreux poètes devenus par la suite ses amis comme André Breton, Eugène Guillevic, Pierre Albert-Birot, Jean Follain, Jean Rousselot venus visiter le château dont il est à la fois l’historien, le conservateur et le poète de 1954 à 1992. Au service des autres et de la poésie, il fonde en 1963 la superbe revue La Barbacane et quelques temps après l’édition du même nom, dont le poète Charles Dobzynski dans la revue Europe a pu écrire à juste titre : « Ce sont très souvent, on le sait, les petits éditeurs qui font grandir la poésie, qui font surgir le neuf vierge et vivace là où on ne l’attendait pas. La Barbacane est une de ses revues qui édite des ouvrages d’une qualité bibliographique exceptionnelle, bien qu’à des prix tout à fait abordables, ce qui est en soit une performance ». A près de cinquante ans, la revue est toujours vivante ! Et la revue Nouveaux Délits née dans le Lot 40 ans après, a eu le plaisir d’inviter Max Pons et la Barbacane pour une rencontre poétique à St Cirq-Lapopie en septembre 2009. Max Pons est depuis 2011 citoyen d’honneur de la ville de Fumel. Il a reçu le Grand Prix de Poésie de la SGDL pour l’ensemble de son œuvre en 2011. Amoureux de la culture espagnole, il a séjourné une dizaine d’années à Barcelone et il est aussi un traducteur hors pair.

Bibliographie :

Vers le Silence, itinéraire poétique, Préface de Michel Host, Éditions La Barbacane 2011

Une Bastide en Quercy : Montcabrier, La Barbacane, 2009.

Les Armures du silence, La Porte, 2002

Poésie de Bretagne, aujourd’hui, anthologie, La Barbacane, 2002

Formes et paroles, poèmes de Salvador Espriu, trad. Du catalan, La Barbacane, 1978

Voyage en chair, Regards sur Bonaguil, La Barbacane, 1975

Ecriture des pierres, étude sur des graffitis XVIe et XVIIe siècles, La Barbacane, 1971 (épuisé)

Calcaire, Rougerie, 1970 et 1981

Bonaguil, château de rêves, Privât, 1959

Evocation du vieux Fumel, Privât, 1959 (épuisé)

A propos de Douarnenez, La Barbacane, 1999

Le Château des mots, La Barbacane, 1988

Vie et légende d’un grand château fort, La Barbacane, 1987

Nouveaux regards sur Bonaguil, La Barbacane, 1979

A propos du rédacteur

Cathy Garcia

 

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Rédactrice

Domaines de prédilection : littérature française et étrangère (surtout latino-américaine & asiatique)

Genres : romans, poésie, romans noirs, nouvelles, jeunesse

Maisons d’édition les plus fréquentes : Métailié,  Actes Sud

 

Née en 1970 dans le Var.

Premier Prix de poésie à 18 ans. Premiers recueils publiés en 2001.

A Créé en 2003 la revue de poésie vive NOUVEAUX DÉLITS. http://larevuenouveauxdelits.hautetfort.com

Fin 2009, elle fonde l’association NOUVEAUX DÉLITS :

http://associationeditionsnouveauxdelits.hautetfort.com/

Plasticienne autodidacte, elle compose ce qu’elle appelle des gribouglyphes,  mélange de diverses techniques et de collages. Elle illustre plusieurs revues littéraires et des recueils d’autres auteurs. Travail présenté publiquement depuis fin 2008 et sur le net :

http://ledecompresseuratelierpictopoetiquedecathygarcia.hautetfort.com

Elle s’exprime aussi à travers la photo, pas en tant que photographe professionnelle, mais en tant que poète ayant troqué le crayon contre un appareil photo : http://imagesducausse.hautetfort.com/ Ce qui  a donné lieu à trois Livr’art visibles sur internet dans la collection Evazine :

http://evazine.com/livre_art.htm