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Une sainte fille, Franz Bartelt

Ecrit par Patryck Froissart 03.09.12 dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Folio (Gallimard), Nouvelles

Une sainte fille, Collection Folio 2€, 93 p.

Ecrivain(s): Franz Bartelt Edition: Folio (Gallimard)

Une sainte fille, Franz Bartelt

 

Quelle bonne initiative que la publication chez Gallimard de petits ouvrages dans cette série répertoriée « Folio2€ » !

Une sainte fille est le titre d’une des trois nouvelles de ce recueil, extraites de La Mort d’Edgar, œuvre plus conséquente publiée dans la collection Blanche du même éditeur.

Les personnages principaux de ces trois récits ont un trait commun : ils se caractérisent par leur relation avec autrui.

L’une, bien qu’étant, de nature, l’inverse de ce que le monde croit qu’elle est, passe, durant toute sa vie, pour ce qu’elle n’est pas, et subit de ce fait une célébrité aussi universelle que non voulue. C’est là à la fois une illustration terrible de ce que peut avoir pour conséquence la rumeur publique, et une dénonciation pleine de grinçant humour de l’un des travers les plus fondamentaux de notre société : l’hypocrisie collective.

L’autre s’évertue à être l’écrivain qu’il croit que le public en général et son épouse en particulier veulent qu’il soit, et à ne fonder en conséquence ses romans que sur des sujets qui se situent très précisément dans l’air du temps. Mais il faut « produire » toujours plus et plus vite pour rester à la mode, et le champ des thèmes à succès n’est pas infini. A court, le romancier fait de sa femme l’héroïne d’un roman vivant en la confrontant à des situations susceptibles de lui fournir les épisodes d’une nouvelle œuvre qui plaira à coup sûr. Tout en ciblant, sans nommer quiconque, les romanciers « dans le vent », et, par ricochet, le mercantilisme du monde de l’édition, Franz Bartelt élabore une nouvelle version, singulière, inversée, de « l’émancipation du personnage littéraire ».

Le troisième, habitant marginal d’un village dont toute la population lui est hostile pour des motifs développés jour après jour sur des élucubrations de piliers de bistrot, retourne la situation en annonçant le décès d’un mystérieux cadet que personne n’a jamais vu et par rapport à qui il se crée un personnage de grand frère protecteur. Il attire alors unanimement l’attention, la sympathie, l’estime et le respect. La révélation, bien plus tard, de la vérité sonnera l’heure de sa vengeance, cinglante, contre les fomentateurs de l’animosité initiale.

Figures fortes, situations originales, fins inattendues, expression crue, humour chronique, et cependant, fondamentalement, satire féroce implicite de notre époque sont les points forts de chacun des textes de ce petit volume à savourer sur la plage, dans le train, dans un hamac, assis, debout, allongé, sans se « prendre la tête » comme on dit aujourd’hui…

Franz Bartelt, de toute évidence, s’amuse à écrire, en se donnant pour gageure d’amuser, par contrecoup, le lecteur.

Le pari est réussi : à moins d’être incurablement atrabilaire, on rit.

 

Patryck Froissart


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A propos de l'écrivain

Franz Bartelt

 

Franz Bartlet est né en 1949 de parents d’origine poméranienne installés dans l’Eure puis, quelques années après la naissance de Franz, dans les Ardennes. Il commence à écrire dès l’âge de treize ans et quitte l’école à quatorze ans pour travailler. Il enchaîne les petits boulots et est embauché à dix-neuf ans dans une usine de papier à Givet.

A partir de 1980 il se consacre à temps plein à l’écriture. Poète, nouvelliste, dramaturge et feuilletoniste, il donne également huit pièces de théâtre à France-Culture et des chroniques estivales au journal L’Ardennais. À partir de 1995, il connaît la consécration avec la publication de ses romans, tous applaudis par la critique et, pour certains, sélectionnés pour les prix littéraires : Les Fiancés du paradis ; La Chasse au grand singe ; Le Costume ; Les Bottes rouges (Grand Prix de l’humour noir) ; Le Grand Bercail ; Terrine Rimbaud ; Le bar des habitudes (Prix Goncourt de la Nouvelle) ; La mort d’Edgar.

 


A propos du rédacteur

Patryck Froissart

 

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Rédacteur

Domaines de prédilection : littératures française, indienne, arabe, africaine, créole, étrangère en général

Genres : romans, poésie, éssais

Maisons d’édition les plus fréquentes : Gallimard, Zulma, Actes Sud, JC Lattès

 

Patryck Froissart, originaire du Borinage, à la frontière franco-belge, a enseigné dans le Nord de la France, dans le Cantal, dans l'Aude, au Maroc, à La Réunion, à Mayotte, avant de devenir Inspecteur de l'Education Nationale puis proviseur, et de diriger à ce titre divers établissements à La Réunion et à Maurice.

Professeur de Lettres, il a publié: en 2011 La Mise à Nu, un roman (Mon Petit Editeur); en 2012, La Mystification, un conte fantastique (Mon Petit Editeur); en août 2013, Les bienheureux, un recueil de nouvelles (Ipagination Editions) pour lequel lui a été décerné le Prix Spécial Fondcombe 2014 ; en janvier 2015, La divine mascarade, un recueil de poèmes (Editions iPagination); en septembre 2016, Le feu d'Orphée, un conte poétique (Editions iPagination), troisième Prix Wilfrid Lucas 2017 de poésie décerné par la SPAF.

Il est co-auteur de Fantômes (2012) et de La dernière vague (2012), ouvrages publiés par Ipagination Editions.

Longtemps membre du Cercle Jehan Froissart de Recherches Poétiques de Valenciennes, il a collaboré à plusieurs revues de poésie et a reçu en 1971 le prix des Poètes au service de la Paix.

Actuellement conseiller en poésie et directeur de publication pour les Editions Ipagination, rédacteur de chroniques littéraires, Patryck Froissart est engagé dans diverses actions en faveur de la Francophonie.

Membre de la SGDL (Société des Gens de Lettres), et de la SPAF (Société des Poètes et Artistes de France), Patryck Froissart est également membre du jury du Prix Jean Fanchette, que préside JMG Le Clézio.