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Une enquête philosophique, Philip Kerr

Ecrit par Léon-Marc Levy 10.07.11 dans La Une Livres, Le Masque (Lattès), Les Livres, Recensions, Iles britanniques, Polars

Une enquête philosophique. Trad. De l’anglais par Claude Demanuelli. 390 p. 22 €

Ecrivain(s): Philip Kerr Edition: Le Masque (Lattès)

Une enquête philosophique, Philip Kerr

Toute traque policière d’un serial killer a forcément quelque chose d’un dédale pour l’esprit : indices volontaires ou accidentels au long de la piste, déductions psychologiques, profilage, anticipation… Il faut avouer néanmoins que la traque de « Ludwig Wittgenstein », assassin de « Descartes », « Hegel » et quelques autres dans le cadre d’un programme d’ « encadrement » de tueurs en série dénommé « Cesare Lombroso », ça n’arrive pas tous les jours dans la carrière d’un flic. Même si ce flic est une grande flic, « Jake » Jacowicz, séduisante quadra et limier hors pair.

Philip Kerr, l’auteur de « La Trilogie Berlinoise », lue par des millions de lecteurs dans le monde entier, nous emmène cette fois sur un surprenant toboggan logique ou les énoncés du « tractatus logico-philosophicus » du vrai Wittgenstein orchestrent en permanence le rythme du roman. Jeu d’échanges et de défis entre un tueur particulièrement érudit et malin et une enquêtrice tenace, audacieuse et intelligente. Le duel est fascinant, de bout en bout, établissant, comme c’est souvent le cas dans ces chasses au serial, une relation étrange de haine/fascination entre le « gibier » (qui est-ce ?) et le « chasseur » (même question). Une sorte de respect mutuel qui s’instaure dans la violence des échanges, l’obstination à vaincre, comme dans une sorte de partie d’échecs entre deux grands maîtres.

Kerr a situé l’action en 2013. Au moment où il a écrit ce livre (première édition en 1992) c’était un polar SF. C’est une autre source de plaisir que de noter, tout au long du récit, ce que l’auteur, à la manière d’un Jules Verne, avait parfaitement anticipé du progrès technologique : SMS, mails, portables, face Time, Internet généralisé etc.

Vous vous laisserez porter par le jeu de pistes et d’esprit, jusqu’à un dénouement décalé et inattendu.

Ecoutez « Wittgenstein » :

« Descartes ? Jusqu’ici je l’avais gardé en réserve. Mais il y avait toutes ces sottises à propos de l’existence de Dieu comme preuve du monde perceptible. Et puis d’une certaine façon, c’était un peu sa faute si nous en étions là. Allons, c’était décidé ; ce serait Descartes. Le père de la philosophie moderne. Il s’agirait là d’un meurtre perpétré par pur scepticisme. Il ne vivra pas. Voyez : d’un trait, je le condamne.

Je tue , donc je suis. »


Léon-Marc Levy


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A propos de l'écrivain

Philip Kerr

Philip Kerr (né en 1956 à ÉdimbourgÉcosse) est un auteur britannique. Il a étudié à l'université de Birmingham et a travaillé en tant que rédacteur publicitaire pour Saatchi and Saatchi avant de devenir un écrivain à temps plein. Il a écrit par ailleurs pour le Sunday Times, le Evening Standard et le New Statesman. Il vit maintenant à Londres avec sa femme, Jane Thynne, auteure également, et leurs trois enfants.

Il produit principalement des romans policiers et/ou des thrillers, mais également, sous le nom P.B. Kerr, une série pour la jeunesse, "Les Enfants de la lampe magique".

Auteur de la "Trilogie Berlinoise".


A propos du rédacteur

Léon-Marc Levy

 

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Directeur du Magazine

Agrégé de Lettres Modernes

Maître en philosophie

Auteur de "USA 1" aux éditions de Londres

Domaines : anglo-saxon, italien, israélien, maghrébin

Genres : romans, nouvelles, essais

Maisons d’édition principales : Rivages, L’Olivier, Joëlle losfeld, Gallimard, Seuil