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Sous l’imperturbable clarté, Choix de poèmes 1983-2014, Jean-Marie Barnaud (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx 29.09.21 dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Poésie, Gallimard

Sous l’imperturbable clarté, Choix de poèmes 1983-2014, Jean-Marie Barnaud, Gallimard/Poésie, 2019, préface d’Alain Freixe, poète, 272 pages, 8,60 €

Edition: Gallimard

Sous l’imperturbable clarté, Choix de poèmes 1983-2014, Jean-Marie Barnaud (par Philippe Leuckx)

 

Ce passant, qui explore saison après saison l’univers qui l’entoure, cherche à « y mettre de l’ordre », à y trouver une clarté qui ne soit pas évidente et première.

En de poèmes courts – le plus souvent – et limpides (ce vœu de clarté assigné dès le titre de l’ensemble), le poète se dit aussi passeur d’un quotidien où les éléments tremblent leurs sens, à l’aune de l’eau présente, celle qu’« on entend/ Ruisseler dans la terre noire », « Belle eau du lac » ou encore « l’eau (qui) blanchit/ légère au vent ».

Il s’agit alors de rameuter toute clarté, tout éclat, c’est celle, celui des voyages, la lumière des carnets que l’on tient, pour évincer la mort, l’abandon, l’exil. Les traces désordonnées du réel semblent échapper à quelque rangement, et toutefois le poète sait happer, « sans comprendre », « le peu de clarté/ qui tient à l’est ».

« Poursuivre une clarté », telle est la mission à laquelle s’invite le poète. Être l’hôte qui dispense des leçons de passé, à coups d’imparfait qui ressuscite les absents :

Comme les plus aguerris approchaient

haletants

ils voyaient à travers les fenêtres

monter de salle en salle

la brume de mer

et dans les éclaircies

la rive blanche

le bleu marin

(p.251)

 

La poésie doit pouvoir nommer les choses, détourner du néant « ce visage » qu’éblouit le temps, le temps d’un poème.

« Dire le monde » pourrait suffire, au pas du passant qui « s’attarde/ au bord d’un trottoir », « vivre ici et puis écrire » mais l’hiver est là et l’effroi : « Tu ne sais comment nommer cet écheveau/ des antennes des fils des tuyaux/ luisant sur le vernis des ardoises/ Le tout proche se dédouble » (p.168).

On croit saisir le réel, estomper la fuite du temps, et cette résistante réalité nous laisse là inassouvis, fragiles.

Et qu’est-elle cette clarté à peine conquise ? Un langage ? Un souffle ? Une voix ? Que pousse-t-elle en nous qui nous titille et fasse écrire ?

Sinon « un visage qui nous aime » ? Qui sait ?

Parfois il suffit de « rumeurs de la ville » et d’« oiseaux » pour tenir ce peu de clarté ou de sérénité, quand on sait par ailleurs que tout s’éclipse si facilement.

Une belle sélection de poèmes, tirés d’une œuvre rigoureuse, entre chant de l’impossible et recueil d’impressions vécues au plus près des mots.

 

Philippe Leuckx

 

Jean-Marie Barnaud, né en 1937, est l’auteur d’une œuvre importante, publiée chez Cheyne et Gallimard : Sous l’écorce des pierres Le Beau Temps Celle qu’on attendait. Et a reçu des prix importants : le Prix Georges Perros, et le Prix Apollinaire.

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A propos du rédacteur

Philippe Leuckx

 

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Philippe Leuckx est un écrivain et critique belge né à Havay (Hainaut) le 22 décembre 1955.

 

Rédacteur

Domaines de prédilection : littérature française, italienne, portugaise, japonaise

Genres : romans, poésie, essai

Editeurs : La Table Ronde, Gallimard, Actes sud, Albin Michel, Seuil, Cherche midi, ...